Procès de Youcef Atal : dix mois de sursis requis contre le joueur de l’OGC Nice


jeudi 21 décembre 2023 à 16:324 min

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Le footballeur algérien comparaissait ce lundi devant le tribunal correctionnel de Nice pour « provocation à la haine à raison de la religion ». Le jugement a été mis en délibéré au 3 janvier 2024. Le JSS a pu s'entretenir avec l'un des avocats du joueur.

Des terrains de football au tribunal de Nice… Le joueur de l’OGCN, Youcef Atal, a été jugé, ce 18 décembre, pour provocation à la haine. On lui reprochait d’avoir relayé sur ses réseaux sociaux une vidéo de 35 secondes d’un prédicateur islamiste appelant à un « jour noir » pour le peuple juif. Le partage de cette publication qui véhicule un message de haine intervenait dans le délicat contexte du conflit israélo-palestinien, tout juste après l’attaque du Hamas contre Israël et le début des bombardements israéliens sur la bande de Gaza.

Le joueur niçois, déjà suspendu sept matchs par la Ligue de Football Professionnel (LFP) et sanctionné par son club, l'OGC Nice, a affirmé lundi ne pas avoir pleinement saisi la portée du message qu'il a partagé sur son compte Instagram suivi par plus de 3 millions d'abonnés.

Ce qui n’a pas empêché le ministère public de requérir à son encontre une peine de dix mois de prison avec sursis, une amende de 45 000 euros (somme calculée par rapport à son salaire estimé à près de 100 000 euros par mois), ainsi que la diffusion de la décision de justice sur son compte Instagram pendant un mois, rapporte Nice-Matin. Le jugement du procès étant mis en délibéré, la décision sera rendue le 3 janvier 2024 à 13h30.

La défense plaide une maladresse

Pour la défense de Youcef Atal, tout se résumerait à une question de maladresse. Au cours de son procès, le joueur algérien a expliqué qu'il pensait que la vidéo véhiculait un message de paix, exprimant le regret de ne pas l'avoir regardée jusqu'à la fin, soit là où apparaissaient les passages jugés problématiques. Le footballeur a également ajouté qu'il ne connaissait pas le prédicateur qui s’exprime dans la vidéo et qu’il n’avait « pas eu [l]e réflexe » de vérifier qui était l'homme en question). L'un de ses avocats, Tom Michel,  explique aujourd’hui au JSS que « pour le condamner, il faudrait que le tribunal prouve qu’il a vu toute la vidéo et qu’il avait l’intention d’inciter à la haine ».

Lors de l’audience, le joueur niçois a également insisté sur le fait qu'il n'avait pas l'intention de susciter la controverse : « Moi, je ne suis qu'un joueur de foot, je n'essaie pas de rentrer dans la politique (…) J'ai envoyé un message d'excuses. Des excuses sincères », rapporte RMC Sports. Des excuses qui n'émanaient pas directement de lui, mais de son club, comme il l’a néanmoins précisé. « Il n'a pas envie de s’exprimer sur un autre sujet que le foot. Il a bien compris les répercussions que cela peut avoir lorsque l’on ne maîtrise pas un sujet » nous affirme son avocat.

Tom Michel indique avoir invoqué durant le procès que les juridictions françaises ne sont pas compétentes : il souligne que le joueur de Nice est de nationalité algérienne, et qu'au moment où la vidéo a été partagée, Youcef Atal était à l’étranger - d'autant que le message était exclusivement en arabe, sans sous-titres français. Néanmoins, le tribunal a rejeté cet argument en rappelant que le joueur réside à Nice et s'adresse à un public français.

En outre, la langue utilisée dans la vidéo, l'arabe littéraire, est aussi un point de questionnement, car l'Algérien explique qu'il ne la comprend pas très bien, accentuant ainsi la possibilité d'une mauvaise interprétation du message.

Le joueur face à quatre organisations juives portées parties civiles

Au cours de son procès, le footballeur de 27 ans s'est retrouvé confronté à quatre importantes organisations juives qui se sont portées parties civiles : l'Organisation juive européenne, l'Organisation juive de France, la Licra (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme) et le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Lorsqu’il a été question de sa relation avec Israël, Youcef Atal a affirmé qu’il n’avait aucun problème avec le pays. « Je suis contre la haine. On a déjà joué en Israël (contre le Maccabi Tel Aviv), j’ai joué là-bas sans aucun problème. Comme je le dis depuis le début, je voulais juste passer un message de paix », peut-on ainsi lire dans le live produit par RMC Sport. Ce à quoi l’un des avocats de ces organisations a répliqué en exprimant son souhait que le joueur adopte « une position moins lâche » et plaide coupable plutôt que « d'insulter [leur] intelligence ».

La relaxe attendue par les avocats

Si la défense a plaidé en faveur de la relaxe, indiquant au JSS qu’elle n’a « pas discuté de la peine » et n'a « aucune déclaration à faire sur les réquisitions du procureur », croyant « sincèrement que [Youcef Atal] doit être innocenté », reste la question de son statut à l’OGC Nice. 

Ce mercredi 20 décembre, Nice affrontait Lens, marquant la fin de la suspension de l’international algérien, sanction infligée par la LFP. Malgré cela, sa place dans l'équipe n’est pas garantie, bien que son entraîneur, Francesco Farioli, reste ouvert à son retour. « Pour l'instant, nous attendons la décision de justice, ensuite nous verrons. Mon client a été interrogé sur sa volonté de rester à Nice après cette affaire, il a précisé qu'il ne répondrait pas à la question », précise l’avocat Tom Michel.

Le footballeur restera-t-il à Nice ? Bénéficiera-t-il d'une relaxe ? Réponse le 3 janvier 2024.

[MAJ du 3 janvier 2024 : Le tribunal a finalement condamné Youcef Atal à huit mois de prison avec sursis et 45 000 euros d’amende. Cette condamnation va être publiée dans Nice-Matin et Le Monde, aux frais du joueur. Ce dernier dispose de 10 jours pour faire appel]

Romain Tardino

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