Article précédent

REPORTAGE. Mercredi 11 mars, le Bus du Cœur des femmes a investi le parc des Berges à Argenteuil, transformé en mini-centre de dépistage. Entre électrocardiogrammes et prises de sang, le dispositif itinérant rappelle un enjeu fondamental : le droit à la santé et à l’information pour toutes les femmes, encore trop souvent exclues des parcours de soins et des campagnes nationales de prévention.

« Je vais vous piquer un petit peu le doigt. Ça picote seulement, ça ne fait pas mal ». Mercredi 11 avril, à l’intérieur du Bus du Cœur des femmes stationné au fond d’un espace aménagé du parc des Berges d’Argenteuil, Mathilde se concentre.
L’étudiante en deuxième année à l’Institut de formation en soins infirmiers d’Argenteuil prélève une goutte de sang au bout du doigt de Betty, 29 ans. « C’est pour vérifier votre taux de sucre dans le sang et effectuer un bilan lipidique afin de calculer votre taux de cholestérol », lui explique la bénévole.

Assise près de sa fille de six ans sur une banquette du petit sas d’attente situé au centre du bus — transformé pour l’occasion en un espace de soins multifonctionnel — la participante acquiesce timidement. Celle qui est arrivée peu avant 13h30 a été mise au courant de l’événement par son assistante sociale. « Elle m’a conseillé d’y aller, alors je suis venue », raconte cette coiffeuse de métier, qui a réalisé six des onze étapes du parcours de dépistage proposé ce jour-là par le Bus du Cœur des femmes.
Cette opération nationale de sensibilisation, de dépistage et de prévention des maladies cardiovasculaires – première cause de mortalité chez les femmes – s’inscrit également dans un enjeu plus large : celui de l’accès effectif au droit à la santé, consacré en France par le Code de la santé publique et reconnu comme un principe fondamental des politiques publiques de prévention.
À l’origine de l’initiative, la Fondation Agir pour le Cœur des femmes, créée en 2020 par la cardiologue Claire Véhier-Mounier, spécialiste des maladies cardiovasculaires féminines au CHU de Lille, et Thierry Drilhon, ancien dirigeant d’entreprise.
Depuis le lancement du Bus, « 22 200 femmes ont été dépistées et réorientées dans des parcours de soins », souligne la cardiologue lors de la conférence de presse de lancement de l’édition 2026, au cours de la matinée, en présence du maire d’Argenteuil Georges Mothron et du mécène de la Fondation, l’industriel Marc Ladreit de Lacharrière.
« Comment peut-on accepter qu’en France, 200 femmes meurent chaque jour de maladies cardiovasculaires ? C’est inacceptable. Et il est tout aussi inacceptable que les pouvoirs publics ne prennent pas davantage ce problème en charge », dénonce l’entrepreneur, venu inaugurer une « maison de l’automesure tensionnelle », nouvel espace de prévention intégré au dispositif.
À l’échelle locale, les élus entendent toutefois bien rappeler leur mobilisation sur ces questions de santé publique. « À l’hôpital, nous essayons de faire en sorte que la santé publique soit la meilleure possible sur notre bassin d’habitat », souligne le maire d’Argenteuil.
Alors que l’Île-de-France est le premier désert médical du pays, selon l’ARS, la question de l’égal accès aux soins demeure un enjeu majeur. Pour de nombreux habitants, les initiatives mobiles comme le Bus du Cœur des femmes permettent de pallier, au moins temporairement, les difficultés d’accès à un médecin ou à un parcours de dépistage. Cette année, le Bus – déjà passé par Argenteuil en 2024 – fera étape dans 16 villes.
Consultation avec un médecin, une sage-femme ou un nutritionniste, électrocardiogramme, prise de tension… Les participantes suivent un parcours de dépistage complet, organisé entre le bus et trois remorques médicalisées. En deux à trois heures, elles bénéficient d’un bilan de santé global.
A l’entrée du parcours, Fatna, 59 ans, originaire de Bezons, est soulagée. Elle vient de récupérer un sac contenant tous les résultats de son dépistage ainsi qu’un diagnostic bilan et un tensiomètre. « Côté santé, ça va, tout va bien, je fais un peu d’arthrose, c’est dû à l’âge. On m’a conseillé de maigrir un peu mais ce n’est pas évident », s’exclame la mère de sept enfants.
De son côté, Béatrice, 63 ans, venue de Saint-Gratien, a depuis longtemps pris le réflexe d’aller consulter un médecin dès qu’elle a mal quelque part. « C’est systématique », assure cette maman de quatre garçons qui a été informée de l’opération à la suite d’un mail de la Sécurité sociale. « Je suis plutôt contente, on m’a dit que je devais diminuer certains aliments pour le cholestérol ».
Autour du dispositif, des stands associatifs mis en place par la Ville proposent également de l’information sur la prévention et différentes pathologies, comme le cancer du sein ou du côlon. Aux yeux de Sandra, venue accompagnée de ses deux cousines, ce niveau de prévention est « plaisant et positif ».
Si la quinquagénaire voulait « voir ce qu’il se passait au niveau de son cœur », elle constate que le Bus du cœur des femmes ne concerne pas seulement cet organe, mais la santé en général. « J’ai aimé qu’on ait les résultats de nos tests tout de suite après, qu’on puisse poser des questions, apprendre des choses sur la santé et le monde médical ».
Entre 60 et 80 professionnels de santé seront mobilisés tout au long de la tournée nationale. Pascale Atlan, infirmière à la retraite, est chargée de coordonner leur planning. « L’objectif est de pouvoir accueillir 300 femmes durant ces trois jours », précise-t-elle. « Il s’agit en général de femmes qui sont en dehors des parcours de santé, pas à jour de leur dépistage, tels que la mammographie ou le frottis, et qui n’ont pas vu de médecin depuis très longtemps. »
Derrière ces situations apparaissent en effet les inégalités sociales de santé, qui se traduisent notamment par un accès plus tardif aux soins ou au dépistage pour certaines populations. Un constat encore plus marqué pour les maladies cardiovasculaires : « Quand on explique à ces personnes les risques liés à l’hypertension ou au cholestérol, pour la majorité d’entre elles, ce sont des choses qu’elles découvrent. Voilà pourquoi nous faisons vraiment de l’éducation sur la prévention. »
Si elle n’avait pas participé à un webinaire d’entreprise sur les risques cardiovasculaires, Catherine, assistante de direction à la Défense, ne serait pas présente aujourd’hui. « C’était l’occasion ou jamais. Même si je prends soin de moi, le cœur, je n’y ai jamais pensé. Je pensais que pour consulter, il fallait avoir mal ou des symptômes liés à l’hérédité », raconte-t-elle.
La patiente s’étonne aussi que son médecin ne lui ait jamais conseillé de consulter pour les risques cardiovasculaires. « Et pourtant, je suis un petit peu âgée ».

Médecin généraliste dans un centre municipal de santé de la commune, le Dr Louahidi est bénévole pour la deuxième fois dans le cadre de l’événement. Depuis le début de la journée, la praticienne a consulté une vingtaine de patientes au sein de box aménagés dans une remorque. « Les femmes se font très peu dépister sur le plan cardiovasculaire parce qu’on pense que ces maladies sont plutôt masculines, ce qui est de moins en moins le cas ».
Pour Pascale Atlan, les femmes doivent davantage prendre soin de leur propre santé, souvent reléguée au second plan face aux responsabilités familiales et professionnelles. « On conseille aux femmes de prendre soin d’elles car pour pouvoir s’occuper des autres, il faut d’abord s’occuper de soi-même ». Prochaine étape du Bus du cœur des femmes : Le Mans, les 8,9 et 10 avril.
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *