« Overdose pénitentiaire » : la surpopulation carcérale bat de nouveau tous les records

AVEC AFP. Les prisons françaises comptaient 89 668 détenus au 1er août, en augmentation de 6,5 % sur un an. Alors que cette sur-occupation «  impact[e] l’ensemble des aspects de la vie » des détenus, selon le Comité européen pour la prévention de la torture, les syndicats pointent aussi des personnels «  épuisés  ».


mardi 1 septembre à 19:143 min

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Un détenu dans sa cellule du quartier des prévenus de la prison de Fleury-Mérogis, le 16 juillet 2026. Photo Simon Wohlfahrt / AFP

Au 1er août, les prisons françaises comptaient 89 668 détenus. Un nouveau record, selon les statistiques officielles du ministère de la Justice que l’AFP a pu consulter.

« Depuis 30 ans, on construit toujours plus de prisons sans jamais résorber la surpopulation. Parce que le problème est ailleurs : on incarcère toujours plus, toujours plus longtemps. Il est temps de revoir nos politiques pénales et notre recours à la prison » a réagi l’Observatoire international des prisons sur le réseau social Bluesky.

Dans le détail, le nombre de détenus a augmenté de 6,5 % sur un an, alors que le nombre de places opérationnelles était au 1er août de 63 303 (+1,5% sur un an), et celui de matelas posés au sol, faute de lits, s’est établi à 7 956, en hausse de 43,5% par rapport au 1er août 2025. La densité carcérale était de 175 % dans les maisons d’arrêt, où sont détenues les personnes condamnées à de courtes peines ou celles en attente de jugement et donc présumées innocentes. Le taux de sur-occupation globale était de 141,6 %.

Un des plus mauvais élèves d’Europe

La France est ainsi l’un des plus mauvais élèves en Europe en matière de densité carcérale, ex-aequo avec la Turquie (131 personnes détenues pour 100 places), devant la Croatie (123) et l’Italie (121) notamment, selon les chiffres de 2025 du Conseil de l’Europe.

En 2024, son Comité européen pour la prévention de la torture avait d’ailleurs visité 14 postes de police et de gendarmerie, quatre établissements pénitentiaires dont Fleury-Mérogis et Marseille-Baumettes, ainsi que l’établissement pénitentiaire pour mineurs de la Valentine-Marseille. Dans un rapport rendu en début d’année, ce dernier avait dénoncé l’état des prisons françaises, mettant en garde sur le risque d’une évolution vers un « entrepôt humain ».

« Cellules suroccupées, insalubrité, rats, punaises de lit » : le document mettait en exergue des conditions indignes dans certains établissements. « La surpopulation impact[e] l’ensemble des aspects de la vie en détention : promiscuité, tensions, manque d’activités et d’opportunités de travail, et difficultés d’accès aux soins de santé » constatait par ailleurs le Comité.

Absence de « mesure d’envergure nationale »

Plus récemment, en juillet dernier, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, avait déploré l’absence de « mesure d’envergure nationale » pour enrayer la surpopulation carcérale, dans un avis publié au Journal officiel.

Le ministère de la Justice entend ouvrir 3 000 places supplémentaires dans des prisons modulaires, réputées moins chères et plus rapides à construire, dont la moitié dès 2027, alors que moins d’un tiers des 15 000 places de prison additionnelles prévues dans un plan national lancé en 2018 ont été livrées.

« La construction de nouveaux établissements ne saurait constituer une réponse pertinente : au regard du rythme actuel de progression de la surpopulation, il conviendrait, pour l’absorber, de mettre en service un centre pénitentiaire toutes les six semaines », alertait cependant Dominique Simonnot dans son avis.

« Les dispositifs d’aménagement de peine et les alternatives à l’incarcération, bien qu’indispensables, demeurent sous-utilisés ou entravés par des conditions de mise en œuvre restrictives », ajoutait-elle.

Une « overdose pénitentiaire » pour les personnels

En parallèle, l’UFAP UNSa Justice dénonce une « overdose pénitentiaire » après « une nouvelle saison en enfer », évoquant des « établissements asphyxiés » et des « personnels épuisés ». « Pendant que la DGAP compte les matelas au sol, les personnels, eux, encaissent ! », martèle-t-elle dans un communiqué publié ce 1er septembre.

L’organisation syndicale de surveillants pénitentiaires réclame donc « des mesures d’urgence » pour faire baisser la population pénale et « la pression » sur les établissements, ainsi qu’une revalorisation « significative » de la prime de surpopulation et son extension. « La surpopulation frappe tous les personnels » souligne-t-elle.

Présent hier à une réunion avec l’administration pour évoquer le plan de prévention des agressions – qu’il chiffre à 5 000 par an -, le syndicat aurait « quitté la table » face à « l’inaction orchestrée par l’administration », indique-t-il dans une autre publication, estimant que le plan présenté n’apportait pas de réponses nouvelles.

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