OpenAI face aux limites de son modèle : « Une introduction en Bourse imposerait des obligations de transparence susceptibles de révéler une situation financière plus fragile qu’on ne l’imagine »

INTERVIEW. Pertes colossales, valorisation vertigineuse et concurrence de plus en plus agressive : la perspective d’une introduction en Bourse d’OpenAI concentre toutes les tensions d’un secteur encore en quête d’un équilibre économique. Pour Frédéric Fréry, professeur de stratégie à l’ESCP Business School, ce virage financier ressemble moins à un signe de maturité qu’à la révélation d’une fragilité structurelle.


mardi 12 mai à 16:0314 min

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Sam Altman s’exprime pendant le Snowflake Summit 2025 au Moscone Center, en juin 2025 à San Francisco, en Californie. Justin Sullivan/Getty Images/AFP

Journal Spécial des Sociétés : Le procès intenté par Elon Musk contre Sam Altman intervient au moment où OpenAI envisage d’ouvrir davantage son capital. En quoi ce contentieux éclaire-t-il la transformation de l’organisation, passée d’une structure d’intérêt général à un modèle hybride ?

Frédéric Fréry : C’est précisément le cœur du litige. Elon Musk explique avoir quitté OpenAI lorsque l’organisation a quitté sa vocation d’intérêt général pour devenir une structure hybride. Aujourd’hui, une fondation demeure actionnaire d’une Benefit Corporation, c’est-à-dire une forme américaine proche de la société à mission, mais plus souple. Le projet consiste désormais à aller plus loin en ouvrant le capital en Bourse.

Jusqu’ici, les principaux actionnaires restaient des partenaires industriels comme Microsoft ou Amazon, qui ont soutenu OpenAI pour éviter sa disparition malgré des pertes très importantes. Un secteur toutefois de plus en plus difficile.

JSS : La pression concurrentielle joue-t-elle un rôle dans cette stratégie d’introduction en Bourse ?

F. F. : Oui, clairement. La concurrence s’est fortement intensifiée, notamment avec les avancées de Google et la montée d’Anthropic. Dans ce contexte, les partenaires industriels peuvent hésiter à financer une entreprise qui perdrait environ 2 milliards de dollars par mois. Faire appel aux marchés financiers devient donc une solution logique. Mais pour séduire les investisseurs, OpenAI doit aussi réduire ses pertes les plus spectaculaires, par exemple en fermant certains services extrêmement coûteux, comme son service de génération de vidéo, Sora, qu’il semblait normal d’arrêter. Une vidéo ne rapportait quasiment rien, mais devait coûter des centaines voire des milliers de dollars.

Une introduction en Bourse imposerait par ailleurs des obligations de transparence susceptibles de révéler une situation financière encore plus fragile qu’on ne l’imagine. L’attaque judiciaire d’Elon Musk intervient à un moment où l’entreprise paraît plus vulnérable, ce qui n’est sans doute pas un hasard.

JSS : Cette transformation vers un modèle plus lucratif marque-t-elle la fin de l’ambition philanthropique initiale ?

F. F. : C’est précisément ce que beaucoup reprochent à Sam Altman. L’arrivée d’actionnaires privés, puis potentiellement boursiers, implique une exigence de rentabilité rapide, difficilement conciliable avec un projet présenté au départ comme d’intérêt général. D’autres acteurs sont moins exposés à cette tension. Google dispose par exemple de multiples sources de revenus, notamment la publicité liée à son moteur de recherche, qui lui permettent d’intégrer l’IA dans un écosystème déjà rentable.

Concernant Claude, il semble moins évident de parler d’une organisation philanthropique ; les informations sur son financement restent limitées, si ce n’est une forte incitation à l’abonnement et une proportion plus faible d’utilisateurs gratuits. Le véritable enjeu pour OpenAI reste la masse d’utilisateurs gratuits. L’entreprise évoque près d’un milliard d’utilisateurs mensuels, mais la part d’abonnés payants demeure floue, tout comme celle des revenus issus des contrats entreprises. Par ailleurs, les abonnements les plus coûteux – autour de 200 dollars – seraient eux-mêmes déficitaires, leur coût réel se chiffrant en milliers de dollars. Autrement dit, les prix ne sont pas alignés sur les coûts, ce qui constitue un problème structurel majeur.

JSS : Malgré la croissance des abonnements, le modèle économique d’OpenAI reste-t-il fragile ? L’arrivée d’offres plus accessibles, comme le nouvel abonnement ChatGPT Go à 8 euros par mois, traduit-elle une stratégie de monétisation progressive ?

F.F. : À mon sens, ce tarif se situe probablement en dessous du coût réel, mais il a au moins le mérite de rassurer les actionnaires : il prouve qu’un modèle économique existe. Et surtout, c’est un modèle qui génère des revenus récurrents, ce qui, en termes de trésorerie, peut suffire à tenir la route.

L’argument qu’avance OpenAI, c’est que ces déficits ne sont pas des pertes à proprement parler, mais des investissements : acquisition de clients, développement en R&D… Ce raisonnement tient la route. La vraie question, c’est de savoir jusqu’à quand il peut tenir dans la durée.

JSS : Certains comparent la stratégie d’OpenAI à celle d’Amazon à ses débuts. Cette analogie est-elle pertinente ?

F. F. : Elle est souvent exagérée, notamment dans les milieux start-ups. Certes, Amazon a longtemps fait primer la croissance sur les profits, mais l’entreprise a en réalité été rentable très tôt. Pendant près de vingt ans, ses pertes sont restées infinitésimales rapportées à l’explosion de son chiffre d’affaires : on parlait de pertes en millions pour un chiffre d’affaires en milliards.

Et surtout, c’était délibéré. Le résultat était volontairement maintenu proche de zéro : certaines années positives, d’autres négatives. Ce n’était pas la conséquence d’une activité déficitaire, c’était une stratégie assumée de réinvestissement permanent. Jeff Bezos avait convaincu ses actionnaires qu’ils s’enrichiraient par la plus-value à long terme, plutôt que par des dividendes. Avec OpenAI, on est sur une tout autre échelle. Les pertes actuelles semblent sans commune mesure avec ce qu’Amazon a traversé à ses débuts et c’est là que l’analogie trouve ses limites.

JSS : Dans quelle mesure les coûts colossaux liés aux infrastructures remettent-ils en cause la promesse de rentabilité de l’IA générative ?

F. F. : Les data centers, c’est devenu une folie totale et avec des effets de bord inattendus : aux États-Unis, l’un des principaux freins à leur construction est tout simplement le manque d’électriciens pour brancher les câbles. Pendant ce temps, tout cet argent remplit les poches de Nvidia, qui fournit les puces GPU et la RAM, et de Dell, qui vend les serveurs et les disques durs. C’est la vieille histoire de la ruée vers l’or : ceux qui s’enrichissent, ce ne sont pas les prospecteurs, ce sont ceux qui vendent les pelles.

Jusqu’ici, l’approche des grands acteurs comme ChatGPT, c’est la force brute : des systèmes de calcul monstrueux, des tokens – ces unités élémentaires du langage traitées par l’IA, directement liées à la consommation de puissance de calcul – déversés à n’en plus finir. C’est gourmand en tout. Mais DeepSeek en Chine et Mistral en France explorent des voies plus frugales. Et si le financement venait à manquer, les Américains n’auraient de toute façon plus le choix.

JSS : Les discours alarmistes sur un possible essoufflement financier du secteur traduisent-ils une fragilité réelle ?

F. F. : Du secteur dans son ensemble, je n’y crois pas vraiment. OpenAI est un peu une exception. La valorisation a été multipliée par 60 en deux ans. Pour absorber un choc pareil, il faut une solidité hors normes. C’est un peu ce qui est en train d’arriver à Claude, dans une certaine mesure. En revanche, ce n’est pas du tout la situation de Google, qui contrôlait déjà 95 % du marché de la recherche, ni de Microsoft, qui déploie des efforts considérables pour imposer Copilot, mais avec l’impression que personne ne s’en sert, d’autant que c’est ChatGPT qui tourne derrière.

Apple avait signé avec OpenAI pour intégrer ChatGPT dans ses iPhones, mais l’interconnexion avec Siri s’est révélée catastrophique. Résultat : ils ont quasiment arrêté de travailler avec OpenAI et se sont tournés vers Google. La prochaine version, iOS 27, intégrera un Siri dopé à Gemini. Et franchement, je suis prêt à croire que ça va changer beaucoup de choses, car l’expérience de Google en matière d’IA est incommensurablement supérieure à celle d’OpenAI. C’est quand même Google qui a inventé les modèles de langage et le deep learning. Ils ont une puissance considérable sous les pieds.

JSS : Faut-il pour autant parler de bulle ?

F. F. : Une bulle générale de l’IA ? Je n’en ai pas l’impression. Je pense que c’est vraiment parti pour durer. Mais dire qu’à l’intérieur de cette mutation profonde, certaines entreprises ont fait l’objet de bulles spécifiques, ça, c’est incontestable. OpenAI en est l’exemple le plus flagrant.

JSS : Pour autant, l’économiste Sebastian Mallaby estime qu’OpenAI ne disposerait que d’une fenêtre d’environ 18 mois avant un possible effondrement financier. Comment interpréter ce type de projection ?

F. F. : Ce n’est pas le seul à dire ça. Si le modèle économique n’évolue pas, une faillite d’ici 2030 est effectivement envisageable. Aller chercher des investisseurs en permanence, c’est un pansement sur une jambe de bois, ça ne règle rien au fond. Le vrai problème est structurel : ils ne vendent tout simplement pas assez cher.

Cela dit, je me méfie des pronostics trop tranchés. J’ai travaillé sur Uber pendant des années, et quand ils sont entrés en bourse, j’ai déclaré à un journaliste de ne pas acheter leurs actions, persuadé que l’IPO ne servirait qu’à financer les déficits… J’avais tort. Quiconque aurait acheté à l’époque aurait réalisé une plus-value significative. Uber a fini par s’imposer dans une position quasi monopolistique, au point que plus personne n’a intérêt à les voir disparaître.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec Uber, j’aurais dû parier sur l’irrationalité du marché. Je ne l’ai pas osé. Je me suis dit : une boîte qui perd l’équivalent de son chiffre d’affaires, on ne peut pas investir dedans, c’est grotesque, eh bien si. Les entrepreneurs ont tous en tête le concept formulé par le fondateur de LinkedIn, Reid Hoffman : le blitzscaling. En clair : grossir tellement vite que la rentabilité devient un non-sujet. On met tout sur la croissance, on gagne en visibilité, en poids, et les investisseurs suivent. On rattrapera, on absorbera les concurrents — et peut-être qu’on sera rentable au bout. Mais ce n’est pas le problème immédiat. Le problème, c’est d’être identifié comme le futur leader.

Photo ESCP

« OpenAI a débarqué avec une offre grand public et pris tout le monde par surprise. Ce n’était pas le but initial, personne ne s’était fixé pour mission de donner l’IA au grand public pour qu’il fasse des vidéos de chats.« 

Frédéric Fréry

La comparaison avec OpenAI a ses limites. Uber opère sur des marchés multilocaux : avoir le monopole à Paris ne vous donne pas celui de Lyon. Une faillite n’affecterait finalement qu’une minorité de voyageurs internationaux – ceux qui tiennent à conserver la même application d’un pays à l’autre. Les chauffeurs et les clients migreraient simplement vers les concurrents locaux. OpenAI, lui, évolue sur un marché mondial sans frontières, et en dehors de la Chine et de la Russie, il n’existe pratiquement aucune barrière. Ce qui rend les enjeux d’une éventuelle chute autrement plus significatifs.

JSS : Dans un autre registre, comment l’entrée d’actionnaires publics pourrait-elle transformer les arbitrages stratégiques d’OpenAI ?

F.F. : Les questions que les actionnaires vont poser – notamment sur les montants investis en R&D et en matériel pour maintenir la position – me paraissent légitimes, surtout que tout ça se fait à perte. Mais si on veut une rentabilité rapide, on ne peut plus continuer la course face à Google ou Anthropic.

Et si on reste dans la logique du blitzscaling, il faut continuer à être le plus gros. Pour l’instant, c’est OpenAI qui compte le plus d’utilisateurs, mais ça dépend de la façon de compter. Chez Google, en dehors de la France pour des raisons juridiques, Gemini est directement intégré à la page d’accueil du moteur de recherche. Si on commence à comptabiliser les utilisateurs du search Google, ils enfoncent instantanément ChatGPT.

JSS : Comment justifier une valorisation aussi élevée sans cashflow, et ce pari sur la croissance infinie vaut-il pour tous les acteurs du secteur ?

F. F. : La valorisation, c’est l’actualisation des cashflows futurs, c’est ce que l’entreprise va rapporter demain, ramené à aujourd’hui. Pour l’instant, OpenAI n’en a pas. C’est embêtant. Mais si vous annoncez une croissance virtuellement infinie, vous pouvez vous permettre des cashflows nuls aujourd’hui. Et c’est exactement le pari de Sam Altman : il estime que bientôt, plus personne ne travaillera sans intelligence artificielle. Si tout le monde finit par en être convaincu, la croissance potentielle est tellement démentielle que ça tient la route, peu importe qu’on ne soit pas rentable aujourd’hui.

Anthropic, c’est une autre histoire. Des partenaires industriels continuent d’y investir, mais une introduction en bourse me semble peu probable : ses fondateurs sont viscéralement attachés à la dimension philanthropique de leur mission. Cela dit, à partir d’un certain niveau de besoins financiers, il n’y a parfois que la bourse pour vous offrir ces derniers.

JSS : Comment l’intensification de la concurrence recompose-t-elle les rapports de force entre pionniers, géants technologiques et nouveaux entrants ?

F. F. : Il faut remettre les choses dans leur contexte. Juste avant le lancement de ChatGPT, les grands modèles de langage étaient réservés à des usages scientifiques : cancer, réchauffement climatique, fusion nucléaire. OpenAI a débarqué avec une offre grand public et pris tout le monde par surprise. Ce n’était pas le but initial, personne ne s’était fixé pour mission de donner l’IA au grand public pour qu’il fasse des vidéos de chats.

En revanche, si ChatGPT a lancé la première IA grand public, ce n’est pas pour autant le pionnier de l’intelligence artificielle. Le vrai pionnier, c’est Google, qui avait toute la puissance nécessaire pour faire aussi bien voire mieux. Quand ils ont vu ChatGPT se lancer, il leur a fallu un an et demi pour réagir. Mais une fois la décision prise, ils ont proposé des offres équivalentes, voire supérieures. Les schémas classiques – le disrupteur contre le géant endormi – ne s’appliquent pas vraiment ici. Ce qu’OpenAI a réussi, c’est un coup de poker. Mais les autres avaient les moyens de répondre, et ils l’ont fait.

« En termes géostratégiques, contrôler l’IA, c’est un peu comme contrôler l’arme nucléaire. » Frédéric Fréry, professeur de stratégie à l’ESCP Business School

JSS : Quels effets cette évolution pourrait-elle produire sur les acteurs français et européens de l’IA ?

F.F. : Je ne fais pas de prévisions – c’est même une règle dans mon métier de professeur de stratégie : ne rien dire sur le futur, parce que la seule chose dont on est sûr, c’est de se tromper. Ce qui est certain, c’est que l’approche américaine – la force brute, le tapis de bombes – consomme énormément de ressources.

Mais elle n’est peut-être pas la bonne. Il n’est pas inenvisageable que la frugalité – la capacité à obtenir de bons résultats en consommant moins de tokens, moins de ressources – devienne tout aussi intéressante que le nombre de serveurs à disposition. Et que nous, contraints par des ressources significativement inférieures, nous développions des solutions alternatives qui ne soient pas moins bonnes voire plus intelligentes. L’approche américaine, c’est : je te donne des ressources illimitées, fais ce que tu veux. Mais la contrainte nous oblige peut-être à être plus malins.

JSS : Mistral peut-il incarner une voie européenne face aux géants américains ?

F. F. : Mistral a des partenariats avec des industriels américains, ce n’est pas ridicule, ça prouve qu’on peut faire de l’IA souveraine. Toutefois, c’est toujours plus complexe qu’il n’y paraît : les serveurs, on ne les fabrique pas. Cela dit, les machines qui produisent les puces chez Nvidia sont conçues par ASML, une société hollandaise. Notre vrai problème, c’est l’absence de fabricant de hardware.

Mais on a des gens extrêmement compétents, et avec cette vision de l’efficience et de la frugalité, on peut obtenir des résultats tout à fait satisfaisants. Est-ce que tout le monde a besoin des prouesses que génèrent les modèles américains au quotidien ? Je ne suis pas convaincu. Si demain je n’avais plus accès qu’à Mistral pour travailler, honnêtement, pour l’usage que j’en fais, ça ne changerait pas grand-chose.

JSS : L’écart d’investissement est-il vraiment rédhibitoire ?

F. F. : L’écart d’investissement s’explique d’abord par des choix de société : les Américains n’ont pas de retraite par répartition comme nous et placent leurs économies en bourse, c’est de là que vient l’essentiel de cet argent. Mais avec des moyens illimités, on gaspille. OpenAI en est probablement un bon exemple. La contrainte européenne nous oblige peut-être à mieux gérer.

Les Américains foncent, et si ça ne marche pas, ils passent à autre chose, quitte à laisser des entreprises disparaître. Ce n’est pas notre mentalité. C’est plus lent, certes, mais je ne suis pas certain que ce soit significativement moins bon pour nos sociétés. Et si Mistral venait à partir, la faute serait collective.

Je reste très surpris qu’on puisse envisager de le laisser partir, ne serait-ce que pour des raisons militaires. L’IA dans les conflits armés est déjà une réalité, et elle va s’intensifier. Sans IA souveraine en cas de conflit, on est très mal. C’est une question de survie du pays.

JSS : En quoi la financiarisation d’un acteur de l’IA soulève-t-elle des enjeux de gouvernance spécifiques ?

F. F. : Ce qui m’embête, c’est qu’on dépasse là le simple cadre financier. De plus en plus de voix estiment que l’importance stratégique de l’intelligence artificielle est du même ordre que celle de la bombe atomique. En termes géostratégiques, contrôler l’IA, c’est un peu comme contrôler l’arme nucléaire. La vraie question est donc : est-ce aux marchés financiers de contrôler les bombes ? Avec des gens comme Elon Musk ou Sam Altman à leur tête, c’est une question qui mérite d’être posée sérieusement.

« Imaginons un monde où les armes nucléaires seraient possédées par des sociétés cotées en bourse, tenues de dégager une rentabilité : c’est effrayant.« 

Imaginons un monde où les armes nucléaires seraient possédées par des sociétés cotées en bourse, tenues de dégager une rentabilité : c’est effrayant. Or, c’est un peu la situation dans laquelle on se trouve avec l’IA. L’impact géostratégique est tellement gigantesque, qu’on peut légitimement se demander s’il est bien prudent de le confier à des acteurs financiers dont le rôle premier est, par nature, d’optimiser la rentabilité à court terme.

JSS : Un contrôle étatique de l’IA serait-il la solution ?

F. F. : Je n’en sais rien. Si c’était étatisé, ça prendrait une autre tête, ou ça ressemblerait à ce qui se passe en Chine. La vraie question : est-il prudent de laisser une transformation aussi profonde de nos sociétés uniquement entre les mains de l’appât du gain ? De là à dire qu’il faut nationaliser, je ne suis pas certain que ce soit la meilleure solution. En revanche, être collectivement plus prudent dans la manière de gérer ces technologies, ne pas laisser la rentabilité dicter toutes les décisions : oui.

L’appât du gain est un moteur de croissance formidable, mais ça reste l’appât du gain. J’aime bien cette image : le capitalisme, c’est utiliser un taureau de combat comme vache à lait. Une puissance d’enfer, sauf que de temps en temps, ça fait n’importe quoi. Il faut tenir la bête. Et l’administration américaine, en ce moment, laisse à peu près tout se faire.

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