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La 14e chambre correctionnelle de Bobigny juge, une fois par semaine, les affaires de diffamation. Jeudi 19 février, plusieurs personnes faisaient face au tribunal pour répondre de ce délit.

Sur les quatre affaires : un homme se désiste, une procédure s’écroule à la suite d’une fausse manipulation informatique du parquet ayant tronqué la citation à comparaître (le média StreetPress était attaqué par trois policiers mis en cause dans l’un de leurs articles), et les deux suivants sont jugés au fond.
La tyrannie du like, le culte de l’avis Google, peuvent amener quelqu’un devant un tribunal correctionnel. Ce qui oblige David B., 43 ans, à se présenter à la barre, c’est un tas de commentaires très négatifs à l’égard d’une médecin du sport, qui a estimé que l’homme tapis derrière son écran avait dépassé les limites de la critique admissible et l’a assigné au tribunal.
David B. est accompagné par ses parents, ces deux septuagénaires parlant à haute voix au fond de la salle, sourds aux récriminations de la commissaire de justice (l’huissière) qui les fixe avec de grands yeux en passant son index sur sa bouche.
Le prévenu, lui ne parle pas assez fort. Sa haute voix éraillée hoquète au-dessus de la barre, le juge, la peau du front plissée, se penche pour entendre. David en préambule essaie d’expliquer qu’il est suivi pour d’importants troubles psychiatriques. « D’accord, dit le juge qui ne voit pas le rapport, mais c’est un médecin du sport, là », mais ce que David B. veut souligner, c’est qu’il n’a pas de souvenir exact d’avoir écrit ces messages, d’ailleurs il réfute en être l’auteur.
« Médecin généraliste nulle, n’ausculte pas. J’avais un problème aux parties intimes et elle n’a pas pris le temps de m’examiner. Peut-être n’ausculte-t-elle pas les hommes ? »
C’est ce commentaire qui a fait bondir la médecin, qui en remontant le fil de sa patientèle, a pu trouver un David B. venu consulter quatre ans auparavant. Il réfute être ce patient. D’ailleurs, pourquoi le commentaire aurait été posté quatre ans après la consultation ?
L’avocat de la partie civile plaide : « Quand il dit qu’elle n’ausculte pas les hommes, c’est une atteinte, et puis ces personnes qui se croient protégées derrière un écran, c’est un fléau. » Il demande 5 000 euros de dommages et intérêt pour le préjudice moral, et 3 000 pour se payer.
La procureure est dubitative : « La diffamation suppose des allégations suffisamment précises, or, là, c’est flou. » Le médecin est nul ? Trop vague. « ‘Peut-être qu’elle n’examine pas les hommes ?’ Le propos fait preuve d’une certaine prudence. » Elle conclut à une relaxe.
L’avocat de David B. ajoute que, lorsqu’un patient a mal aux parties génitales, le médecin se doit de l’examiner. « C’est un avis qui rapporte uniquement les faits. »
Le tribunal se rallie à l’avis de la procureure, et relaxe David dans une salle complètement vide, car le prévenu, ses parents, et tout le monde, avaient déjà quitté les lieux.
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