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Un policier d’Aubervilliers aurait mis deux gifles à un jeune homme qu’il contrôlait. Le policier reconnaît un geste réglementaire et plaide le contexte tendu d’une mission dangereuse. Le tribunal ne l’a pas entendu.

Mickael est policier, Eli* est un adolescent qui rentre du foot, le 5 novembre 2024 à Aubervilliers, avec ses camarades. Ils sont cinq à attendre le bus. Comme tous les jeunes du coin, ils sont habillés en noir et portent des cache-cous, car le froid perce ce mois de novembre et que, la nuit tombée et l’effort passé, il est préférable de se prémunir de la brise glaciale.
Avec son équipage, Mickaël voit des suspects : des jeunes cagoulés qui pourraient correspondre à une bande de cambrioleurs dont on leur a signalé la présence par radio. Deux autres équipages sont montés dans les étages des immeubles environnants. Il décide de contrôler Mickaël et ses amis. Les trois policiers conduisent les cinq jeunes vers un hall d’immeuble pour les fouiller. Mickaël est agressif et, soudain, gifle Eli à deux reprises.
Le contrôle est levé et Eli est rentré chez lui. Honteux, il a raconté l’épisode à ses parents, qui décident de « ne pas laisser passer ». Deux jours plus tard, Eli et son père dénoncent les faits au commissariat central d’Aubervilliers. L’IGPN est saisie.
Pas de caméra piéton (« il n’y avait plus de batterie quand j’ai pris mon service »), mais un équipage facile à identifier. Eli fait une description très précise du policier qui l’a frappé, tatouages compris. Entendu par la commissaire centrale en compagnie de son adjoint, Mickaël aurait concédé avoir mis une gifle à l’adolescent. Il aurait accepté un changement de service.
C’est avec ces éléments que le tribunal de Bobigny doit juger le dossier, et devant la justice, Mickaël tient un autre discours. « Il n’y a pas eu de gifle, d’accord ? Il y a eu un contact, un contact bref afin de capter son attention car ce jeune homme était très agité lorsqu’on est arrivés sur les lieux.
-Votre main a touché le visage de ce jeune homme pour attirer son attention ? »
Mickaël vient de reconnaître la gifle en pensant l’avoir contesté. Il ajoute alors un peu de contexte pour justifier son attitude : « On était sur une quinzaine de jeunes cagoulés potentiellement armés qui forçaient des locaux d’habitation dans les immeubles. » Eli était « trop agité » et ne se laisser pas palper. La présidente reprend : « Vous les trouviez dangereux, menaçants, ces jeunes ?
-Quand on arrive sur le contrôle, on ne sait pas comment ça va se passer. On nous a dit à la radio qu’ils étaient potentiellement armés. »
Eli, qui passe le bac dans quelques semaines, n’est pas à Bobigny pour se défendre, mais son père a quelque chose à ajouter. « Mon fils sortait du foot à Pantin, il allait prendre le bus à Fort d’Aubervilliers. Il n’a jamais eu de problème. Il est rentré, il pleurait. Au début je n’étais pas trop chaud pour déposer plainte, mais ma femme a dit qu’il ne fallait pas laisser passer. »
La procureure requiert la condamnation du policier, principalement parce que le fait que Mickaël ait accepté son transfert de service vaut, pour elle, reconnaissance des faits, mais aussi parce qu’il n’a pas mentionné l’incident dans son procès-verbal. Mickaël conteste cette lecture : il dit avoir subi ce transfert, y avoir été contraint, et explique l’absence de mention de l’accrochage par le fait qu’il n’a pas lui-même rédigé ce rapport d’intervention. Elle demande trois mois avec sursis.
L’avocat du policier est « effrayé par l’évolution de la politique pénale du parquet à l’égard de la police », qui accable son client sur la base d’un témoignage fragile (« pourquoi le plaignant n’a-t-il pas pris une photo de la marque laissée sur sa joue ? »), uniquement parce qu’il est policier et qu’il subit cette « justice d’exception », plaide-t-il. « S’il avait été agent de sécurité, ça aurait été classé sans suite », pense-t-il. Il rappelle que les collègues de Mickaël n’ont pas vu de gifle, et demande la relaxe.
En fin de compte, le tribunal double les réquisitions : 6 mois avec sursis et un an d’interdiction de voie publique, sans exécution provisoire, pour Mickaël.
*Le prénom a été modifié
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