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Jeudi 2 avril, la 14e chambre correctionnelle a condamné Gino S. à 8 mois de prison avec sursis probatoire, pour harcèlement et agressions sexuelles sur deux policières municipales de Livry-Gargan, alors qu’il était leur supérieur hiérarchique.

Bien que son avocat soit à Pointe-à-Pitre, le tribunal a décidé de retenir le dossier de Gino. Mains dans les poches, tignasse grise, l’air blasé, l’ancien policier municipal de Livry-Gargan comparaît pour harcèlement et agressions sexuelles sur deux ex subordonnées, deux jeunes femmes assises sur un banc, à gauche de la salle.
Pendant plus de trente minutes, la juge assesseur, qui instruit le dossier à l’audience, va réciter la litanie de SMS graveleux que Gino a envoyé à Asma* entre octobre 2024 et juillet 2025, 23 pages de capture d’écran, qui contiennent ce type de messages :
« Je t’imagine allongée sur le canapé, tu te confis à moi, hum quelle beauté, je t’aurais bien croqué » ;
« S’il n’y avait pas Sarah je t’aurais roulé une pelle » ;
« Mon bas ventre se transforme » ;
« Tes fesses hummm » ;
« Tu as dormi toute nue ».
Il y en a des dizaines. Asma répond essentiellement par des émojis, que la juge décrit : « smiley qui se pose des questions », « smiley qui crie », et qui traduit à l’évidence une gêne, voire le malaise de cette femme décrite comme timide et gentille, pas du genre à avoir la capacité de repousser les avances répétées, d’une infinie lourdeur, de son supérieur hiérarchique.
La juge note : « On ne peut pas dire qu’elle vous chauffe. » Elle lit encore :
« Je te coince quand ? » ;
« Humm ce popotin ».
« Qu’est-ce que vous pensez de tous ces messages que vous envoyez ?
-C’est la personne que j’estimais le plus au poste, je ne sais pas quoi vous dire de plus. »
Gino avait le béguin pour Asma, et a interprété ses émojis et les quelques réponses qu’elle lui a adressées comme une invitation à poursuivre sa cour.
La plaignante s’avance à la barre, maintient ses accusations. La juge parle : « Il explique que vous étiez dans une relation de drague.
-Non. Je m’enfermais dans la voiture de service et dans mon bureau pour lui échapper ».
Au fil du temps, Asma, si guillerette habituellement, se renferme. Sa collègue Lucie*, au tempérament opposé (fougueuse, langue bien pendue), le remarque et vient la réconforter. Asma s’ouvre à elle, Lucie ne tombe pas des nues : elle subit un harcèlement semblable.
A Lucie, Gino, a proposé d’avoir une relation sexuelle dans le local de ménage. Il a dit d’elle qu’elle était de la chair fraîche (ce à quoi Lucie a répondu qu’il était de la « chair avariée »), et lui a montré une courgette en lui disant : « Ça te fait rêver, ça. » Gino réagit : « C’était la personne la plus vulgaire du poste !
-La courgette, c’est très symbolique, ça », remarque la juge.
Lucie rebondit : « Effectivement, je suis très grossière, mais je ne pense pas que ce soit mon procès à moi. » Elle témoigne de son mal-être : « J’avais la boule au ventre à chaque fois qu’il était dans la pièce. » Comme Asma, elle est suivie par un psychologue.
En plus de ce harcèlement, Asma a été victime d’agressions sexuelles : des caresses sur les fesses, administrées après l’avoir appelée dans son bureau, et des caresses sur le sexe à travers l’uniforme, lorsqu’ils patrouillaient en voiture. Gino nie que ces épisodes aient existé.
L’enquête a permis de réunir d’autres témoignages. Deux ex-collègues du commissariat de Meaux, où le prévenu était en poste auparavant, rapportent des commentaires déplacés. « D’une manière générale, il avait ce genre de comportement avec toute la gent féminine », témoigne l’une d’elle.
Visiblement interloquée par le comportement général du prévenu, la présidente demande à Gino sa situation matrimoniale à l’époque. « Je suis marié depuis 1994, j’ai quatre enfants.
-Alors pourquoi draguer Madame ?
-Parce qu’elle me plaisait ! » lâche-t-il, avec un naturel désarmant.
On demande à Gino ce qu’il en pense, en fin de compte. « Je n’aurais pas dû envoyer ces messages, je n’en serais pas là. J’étais con, la preuve, je suis devant vous. » Plus tard, il ajoute : « Cette histoire est allée beaucoup trop loin, mais moi j’ai jamais rien fait. Après vous allez prendre votre décision, moi je suis déjà pratiquement mort. »
Gino a été révoqué par une décision disciplinaire en date du 19 mars 2026 – il a annoncé qu’il ferait appel, mais il est sans activité professionnelle, suspendu depuis la révélation des faits.
La procureure requiert 8 mois de prison avec un sursis probatoire d’une durée de deux ans (obligation de soins et d’indemniser les victimes), s’inquiétant que le prévenu ne regrette les ses agissement qu’en ce qu’ils l’ont conduit devant ce tribunal. Gino a simplement demandé s’il pourrait faire appel, puis, après un court délibéré, le tribunal l’a condamné à la peine requise.
*Prénoms modifiés à la demande des plaignantes.
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