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CHRONIQUE JUDICIAIRE. Le parquet a requis 20 mois d’emprisonnement à l’encontre de l’ancien cadre, prévenu de harcèlement sexuel et moral sur huit plaignantes, dont six étudiantes.

Les étudiants sont venus en nombre au procès témoigner de leur solidarité. En ce mois de juillet, le tribunal correctionnel de Melun juge l’ancien directeur adjoint de l’IUT de Sénart pour des faits de harcèlement sexuel et moral, survenus entre septembre 2022 et décembre 2025. Les plaintes ont été déposées par plusieurs étudiantes et deux membres du personnel de l’université.
Lors d’épreuves d’admissibilité, de partiels, de soutenance de stage ou d’entretiens individuels de « coaching » – soit à des moments-clés d’un parcours étudiant – le directeur chargé de la pédagogie aurait profité de son autorité pour s’offrir des moments d’intimité inappropriés et malsains avec plusieurs jeunes femmes.
Aux enquêteurs, elles sont six à faire le même récit. Elles décrivent des baisers – sur la joue, le front, les cheveux ou dans le cou – , des étreintes prolongées, des effleurements inappropriés et des propos ambigus. Leur malaise face à ces agissements. « Tu me fais quoi si je te donne la réponse » figure parmi les propos libidineux rapportés aux enquêteurs. « Il savait très bien normaliser son habitude », dénonce encore l’une des victimes dans sa déposition.
Ce procès est aussi celui du harcèlement moral subi par deux employées administratives. Elles affirment que leurs conditions de travail ont été volontairement dégradées, après qu’elles se sont, d’une manière ou d’une autre, opposées à la volonté de M. X. La première parce qu’elle aurait refusé ses avances. L’autre son management colérique et agressif.
Le prévenu conteste l’ensemble des faits. Pour lui, cette affaire relève du complot, de la « vengeance professionnelle » orchestrée par ces deux agentes, après un refus de promotion. Son attitude envers les étudiantes ? Elle tient à une nature « méditerranéenne » et « tactile ».
« Vous arrivait-il de faire des hugs ?, débute la présidente.
– Oui, un peu comme à mes enfants. J’ai pu faire quelques tapes dans le dos ou sur les épaules. Je suis dans l’encouragement des étudiants, affirme l’homme de 61 ans.
– Concevez-vous que certains de vos gestes aient pu être mal interprétés par les étudiantes ?
– Probablement. Mais, elles ne m’ont jamais dit que cela les gênait.
– Ne pas dire non ne veut pas spécialement dire oui. C’est un apprentissage de SVT, niveau 4e.
– Si cela a été mal interprété, je présente toutes mes excuses. »
La juge poursuit :
« Vous parlez de tapes sur l’épaule. Mais une jeune femme évoque des mains qui effleurent ses seins, ses genoux. Une autre rapporte que vous êtes à deux centimètres de son visage lors d’une épreuve de partiels et qu’elle sent votre souffle dans son cou.
– Lors des examens, pour ne pas déranger les étudiants qui composent, je chuchote donc je m’approche. »
Un enregistrement audio – capté par une étudiante lors d’un entretien dans le bureau du cadre – est amené dans le débat. Il y est question d’un arrangement obtenu par M. X. sur une des notes de la jeune femme. Dans cet audio que la juge reprend, le directeur insiste sur le service rendu : « Tu mesures ce que j’ai fait pour toi », fait-il remarquer. Par la suite, on distingue le bruit d’un baiser.
« C’était sur le front, se défend le prévenu.
– En quoi est-ce différent de la joue ou du cou ?
– Le front, c’est le respect, le côté paternaliste. Je n’ai rien en tête de sexuel.
– Et le ‘je peux te faire un petit câlin?’ qu’on entend dans l’enregistrement, c’est aussi une tape sur l’épaule ? Elle vous répond ‘oui, non, pas trop’. Vous répondez ‘Ah bon ? Tu n’es pas tactile ? Pourquoi tu n’aimes pas ça ?’ Pourquoi vous insistez ?
– Une déformation professionnelle. Un enseignant, ça pose des questions. »
Calme et déférent, l’ancien directeur – suspendu de ses fonctions d’enseignement et de direction depuis décembre 2025 – se laisse rarement déstabiliser. À la barre, ce fonctionnaire au casier judiciaire vierge fait valoir 33 ans de carrière dans l’enseignement public, une « vocation » qu’il ne compte pas abandonner : « je n’ai jamais eu de problèmes avec mes collègues », précise-t-il. Si une dizaine de femmes prennent la peine de porter plainte contre lui aujourd’hui, « c’est parce qu’elles se connaissent et ont été instrumentalisées », estime-t-il.
A l’invitation de la juge, deux étudiantes prennent à leur tour la parole. Toutes deux pour rejeter en bloc l’image de « papa ours » que défend le directeur.
« Pourrait-on qualifier l’attitude de Monsieur C. de coaching paternaliste selon vous ?, demande le tribunal.
– Je maintiens le caractère sexuel de ses allusions. Et je rejette complètement l’image du bon père de famille, assène l’une d’elles.
Puis elle raconte, à l’invitation de son avocate, comment sa parole a été mal reçue par les autres étudiants et par ses parents : « En Algérie, les études, c’est sacré. Ma mère n’a pas compris ; elle a eu peur des répercussions. Quant à mon père, j’ai eu trop peur de sa réaction pour oser lui en parler », témoigne-t-elle en pleurs.
« Il faut saluer le courage des étudiantes qui ont parlé dans un climat d’omerta », lance une avocate des victimes, avant de s’attaquer à la théorie de la cabale. L’expertise psychologique montre « des personnes éclairées » et donc peu manipulables, le mode opératoire est « daté et circonstancié », l’enregistrement audio « incriminant » : « tout relève d’une implication malsaine et inappropriée », insiste-t-elle.
Pour l’avocat de la défense, il convient de juger « sans amalgame » dans « une société post-Me too dans laquelle le moindre contact physique peut être gênant ». Plaidant une affaire « politique » au sein de l’université, il met en avant un directeur surinvesti et un audit externe faisant état du bien-être étudiant à l’IUT de Sénart. Les reproches sont « fantaisistes », les explications « fumeuses » : « ces femmes se sont monté le bourrichon », ajoute inélégamment l’avocat.
« Cette affaire dépasse le cadre de la familiarité paternaliste », estime pour sa part le procureur. Il dénonce un mode de fonctionnement « habituel » et « une perte totale des repères déontologiques ». « On est sur le spectre haut du harcèlement », accuse-t-il. « M. X a conscience de son comportement inapproprié et de ses demandes saugrenues ». Son attitude à l’audience est « décevante » : « Monsieur est incapable de se regarder en face, face à une attitude massive et répétée » : « qu’est ce qui prouve aujourd’hui qu’il saura mieux se positionner ? ».
Il requiert 20 mois d’emprisonnement, dont 14 avec sursis, assorti d’un suivi psychologique et d’une interdiction de contact avec les victimes. Le jugement, mis en délibéré, sera rendu le 10 septembre prochain.
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