Article précédent

Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a publié, le 17 juillet, son rapport de suivi sur la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy. Ses recommandations de 2022, dont la suspension des incarcérations, sont restées lettre morte, dans un établissement occupé à 208 %.

Près de quatre ans après avoir exigé la suspension des incarcérations à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, et après un rapport au vitriol paru en 2023, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) est retourné dans l’établissement des Yvelines pour un suivi des recommandations, en octobre 2025. Et dans son rapport de suivi, publié le 17 juillet dernier, l’institution dépeint une situation qui ne s’est pas du tout améliorée.
Le 7 octobre 2025, le quartier maison d’arrêt de l’établissement accueillait 983 détenus pour 472 places, soit un taux d’occupation de 208 %, contre 148 % en 2010 et 165 % en 2015. Le tribunal administratif de Versailles était pourtant intervenu deux fois, en avril 2023 et en août 2025, en demandant de meilleures conditions de détention. Loin d’une suspension, les incarcérations se sont au contraire accélérées.
Si certaines recommandations matérielles ont été suivies d’effet, comme l’installation de plaques de cuisson et de réfrigérateurs dans presque toutes les cellules, il n’y a en revanche toujours pas de douche en cellule. Les douches collectives restent quant à elles « incrustées de rouille et de moisissures », et la cuisine, « structurellement vétuste et insalubre ».
Pour le CGLPL, les conditions de détention sont susceptibles de caractériser une violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui prohibe les traitements inhumains ou dégradants. Plus de 150 cellules de 10 m² accueillent trois détenus, et 33 personnes dorment dans ces cellules sur un matelas au sol. Les cellules de 20 m² peuvent accueillir quatre, voire cinq détenus. La durée moyenne de détention est passée de six mois et demi en 2022 à dix mois.
Le manque d’agents paralyse particulièrement l’établissement. Sur les huit premiers mois de 2025, il manquait ainsi un directeur, six officiers et 38 surveillants sur les 287 prévus, auxquels s’ajoute un taux d’absentéisme de 28,14 % . Les surveillants ont par ailleurs régulièrement la charge de deux coursives chacun. « Une coursive est donc nécessairement laissée à l’abandon, durant plusieurs dizaines de minutes, voire plusieurs heures », assure le rapport.
Et ces conditions se traduisent par des drames. En décembre 2024, un détenu agressé en promenade par cinq autres est laissé pour mort, avant d’être repéré par des agents et emmené à l’hôpital. En janvier 2025, un prisonnier est hospitalisé avec un pronostic vital engagé après une bagarre avec son codétenu. En mai 2025, un détenu placé le jour même en cellule doublée meurt sous les coups de l’autre occupant. L’agression n’est signalée que par un tapage des autres détenus, faute d’interphonie en cellule.
Faute de pouvoir contacter l’administration à l’intérieur de leurs cellules, 922 personnes n’ont aucun moyen d’alerter le personnel, et se signalent par des cris ou en agitant un drapeau. Un dispositif dont « ni les détenus, ni certains agents pénitentiaires ne connaissent la signification ». En 2024, l’établissement a recensé 80 violences entre détenus sur la seule base des poursuites disciplinaires, soit une tous les quatre jours et demi.
LIRE AUSSI
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *