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La 6e chambre correctionnelle versaillaise s’est récemment penchée sur une série d’exhibitions sexuelles dans les transports en commun. L’expert psychiatre qui a examiné le prévenu a conclu à l’abolition de son discernement.

En janvier dernier, Olivier D., quinquagénaire à l’élocution on ne peut plus pâteuse, a été placé en détention provisoire dans l’attente d’une expertise psychiatrique. Il comparaît pour trois exhibitions sexuelles commises dans le train, entre les gares de Paris-Montparnasse et de Versailles-Chantiers.
Bien que mineures, ses trois victimes ont plus de 15 ans, ce qui n’a donc pas d’incidence sur la peine encourue : un an et 15 000 €. Au mois d’août 2025, Émilie* a pris place vers le milieu de la rame du Transilien, et quand elle a levé la tête, elle a remarqué Olivier D. faisant des mouvements de bassin en la fixant du regard, une main dans le short : elle a eu le temps de le prendre en photo avec son portable, et a déposé plainte.
Quatre mois plus tard, Inès* attendait son train sous un abri, hors du champ des caméras, quand Olivier D., assis sur le même banc, a commencé à « se gratter par-dessus son pantalon ». Lorsque le train est arrivé à quai, il est monté dans la même voiture qu’elle et, là encore hors du champ des caméras, a entrepris de se masturber en la regardant. Ce n’est donc qu’un mois plus tard qu’Olivier D. a été interpellé par la surveillance générale de la SNCF (SUGE), après avoir suivi exactement le même mode opératoire en face de Cassandre*.
« Ces faits, vous vous en souvenez ?
-Oui.
-Vous étiez en train de vous masturber ou pas ?
-Un peu.
-Elles vous excitaient ?
-Non.
-Mais vous vous masturbez uniquement devant des mineures, monsieur.
-Je ne sais pas comment l’expliquer ».
Dans son portable, on a retrouvé des tonnes de contenus porno autour de l’exhibitionnisme dans les transports en commun. « C’est un fantasme », admet Olivier D. « Un fantasme que vous avez réalisé sur ces jeunes filles », corrige le président. « Mais sans le vouloir », affirme le prévenu.
L’une des trois victimes a adressé un courrier au tribunal : « J’ai vécu une situation traumatisante qui m’a fait peur et m’a profondément choquée ». Une autre est présente et avance à la barre : « Maintenant, je fais attention dans les transports. Beaucoup plus qu’avant. » « Je m’excuse auprès de cette personne-là », bredouille Olivier D.
De son dossier de personnalité, il ressort qu’il est célibataire, sans enfants, qu’il a été diagnostiqué schizophrène il y a une vingtaine d’années, qu’il consomme alcool et cannabis, qu’il perçoit l’allocation aux adultes handicapés (AAH), et qu’il est sous curatelle.
Il y a trois ans, il a été condamné pour une agression sexuelle sur mineure de 15 ans, dont on comprend qu’il s’agissait probablement déjà d’une exhibition, vu l’orientation du dossier à l’époque : dans le cadre d’une composition pénale, il a écopé d’une injonction de soins. Pendant plusieurs mois, il s’est ainsi administré un « freinateur de libido », dans le cadre d’un protocole d’injections supervisées qui semblait fonctionner. Puis le traitement a été modifié, on l’a laissé le suivre en autonomie, et la situation s’est de nouveau dégradée : « C’est peut-être pas assez fort », intercale Olivier D.
« Tu m’étonnes », semble penser toute la salle. La curatrice, qui le suit depuis 5 ans, avance à la barre : « Il a un suivi psychiatrique, il suit très bien ses rendez-vous, les documents arrivent comme quoi le suivi est fait. Il est très capable de dire ses difficultés, on est en lien avec le commissariat. Mais il a besoin de stabilité, et le moindre changement peut être très dur à gérer. »
On en vient à la fameuse expertise psychiatrique, qui relève un « repli sur soi », des « délires » et un « contexte dyssocial ». L’expert conclut à une abolition du discernement, et préconise « une hospitalisation complète en milieu fermé ». « Les faits, ils sont à mon sens parfaitement constitués », entame la procureure, « mais le problème, c’est que pour répondre pénalement d’une infraction, il faut être responsable pénalement. (…) Donc vous ne pourrez pas, en vertu de notre droit, condamner Monsieur ».
Même ligne, naturellement, du côté de la défense : « Il reconnaît parfaitement les infractions reprochées, ou en tout cas, il reconnaît le principe de ce qui lui est reproché. Maintenant, on est sur une pathologie qui l’a empêché, à l’instant T, d’avoir conscience d’offenser ces jeunes filles. (…) Mais il demande à pouvoir être accompagné parce qu’il n’a jamais fui cette problématique. (…) Il a pu échanger [avec l’expert] sur un nouveau traitement, il est parfaitement soucieux de canaliser tout cela ». « J’en ai marre de cette libido. Je vais me faire soigner », confirme le prévenu dans son dernier mot.
Le délibéré est un peu plus long qu’à l’accoutumée. À la reprise, le président constate l’irresponsabilité, et explique, tout autant à l’attention des parents des victimes qu’à celle d’Olivier D. : « Cela veut donc dire que le tribunal constate que les faits ont été commis. Mais que vous allez être conduit en hôpital psychiatrique pour qu’un suivi puisse être mis en place et que vous puissiez enfin combattre les démons qui vous animent. »
* Les prénoms des victimes ont été modifiés.
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