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Yoann et Sonia, prévenus de violences réciproques, se rejettent mutuellement la faute. Leur couple s’est éteint dans une ambiance de haines recuites et de rancœur, et la scène semble se prolonger à la barre.

Sonia et Yoann étaient ensemble depuis 18 mois, quand la relation s’est achevée dans des torrents d’insultes et de menaces. C’était le 17 septembre 2025 aux Ulis, plus précisément dans le pavillon de Sonia où Yoann s’était installé, et dont il est parti en vociférant, le doigt en l’air, menaçant d’aller déposer plainte. Et c’est ce qu’il l’a fait. « Elle m’a devancé ! » regrette-t-il. Il a été convoqué et placé en garde à vue, et à son tour, Yoann a porté plainte. Elle a été placée en cellule et entendue. Ils sont tous les deux jugés pour violences réciproques. Sonia est en plus jugée pour menace d’un crime.
Yoann, 42 ans, affiche un sourire avenant au premier rang tandis que Sonia, 39 ans et terrée au fond de la salle au côté d’un homme à la mine patibulaire, fait franchement la tête. Elle comparaît avec une mauvaise volonté affichée, complètement désabusée de devoir encore se retrouver à côté de « lui ».
Ce que Yoann dénonce : Sonia l’a étranglé dans la cuisine, la frappé aux parties génitales en lui disant qu’elle allait « le tuer en silence ». Il s’est vu attribué deux jours d’ITT. Sonia ne nie pas.
Ce qu’il dénonce encore : Sonia est filmée dans la salle de bain, en sous-vêtements, ivre et en train de vomir. Elle tient un couteau et lui hurle dessus : « Et hop, y’a plus de Yoann ! » Il tente de lui faire admettre on the record qu’elle l’a violenté. Il lui lance : « Si je finis en GAV, je déposerai plainte ! »
Au tribunal qui aimerait entendre ses explications, elle répond : « Il a rien à foutre chez moi, je me défends. C’est normal qu’il me filme à moitié nue sous la douche ?
-Madame, ce n’est pas de ça qu’on parle.
-Mais je perds des jours de travail pour des conneries comme ça.
-Madame, vous êtes devant un tribunal.
-(Procureur) Vous devriez faire profil bas. »
Sonia grogne.
La sœur de Sonia n’aimait pas Yoann, un alcoolique et « un boulet ». La nièce de Sonia ne l’a vu qu’une fois, trois semaines avant les faits. Il l’insultait de grosse vache. « Ils se disputent sans arrêt », témoignent les voisins.
Aux policiers, Sonia a dénoncé des violences : il lui arrache son téléphone de force et la bouscule. « C’est pas vrai », conteste Yoann. « J’ai cru qu’elle parlait avec un autre homme et je voulais voir son téléphone.
-Est-ce que vous pensez que c’est légitime ?
-Oui ! »
L’intarissable Yoann enchaîne : « J’ai vu qu’il y avait plein de messages écrits à un autre homme. » Il pointe l’ami de Sonia. « C’est le monsieur dans la salle !
Ouais c’est moi », répond l’autre, défiant. « C’est mon beau-frère, il était est train de se séparer de sa copine, c’est n’importe quoi », indique Sonia, ulcérée. Yoann reprend : « Je lui ai envoyé des messages, au monsieur. »
« C’étaient que des messages d’insultes que tu m’as envoyés, fils de pute va ! »
La présidente intervient : « Monsieur vous allez sortir », il est escorté à l’extérieur. « Je peux aller aux toilettes ? » demande Sonia. La présidente écarquille les yeux mais le lui accorde. Yoann continue à raconter comment la dispute monte parce qu’il envoie des messages au « monsieur » qui, en fait, est le beau-frère de son frère à elle, « et c’est là qu’elle m’a étranglé, coups de genoux dans les testicules, doigts tordus ! »
Sonia revient dans la salle, mais se rassoit au fond de la salle, emmitouflée dans son épais manteau noir. La présidente interroge Yoann : « Pourquoi vous la filmez le 24 août ?
-Je ne l’ai pas filmée.
-Y’a des vidéos.
-Je me suis filmé moi-même.
-On la voit dans la salle de bain. En sous-vêtements.
-Je la filmais pas elle, je filmais le vomi.
-Et dans quel but ?
-Pour me protéger. »
La juge préfère en rester là et passer à son casier. Quatre mentions, et constate : condamné en 2024 pour violences conjugales, en récidive. « Donc vous êtes sous sursis probatoire ?
-Ouais je vois une CPIP.
-Ça vous fait pas réfléchir ? »
La dernière fois qu’il a vu son enfant de 12 ans, C’était fin 2023. En écoutant, Yoann astique ses bagues dorées avec son pouce.
« Vous avez conscience d’avoir un problème avec la gestion de la violence ?
-Ouais, c’est pour ça que je vois une psy. »
Sans emploi, déjà incarcéré, il vit chez sa mère depuis six ans.
Pour Sonia, quatre condamnations au casier : vols, recel de biens, et menaces sur des policiers. Placée de 11 mois à 12 ans, puis rendue à son père, qui l’a violée. Adulte, elle s’est mariée deux fois, à chaque fois à des étrangers qui cherchaient à régulariser leur situation administrative. Elle travaille dans une crèche, est suivie par un psychiatre, prend des anti-dépresseurs et s’exclame : « j’en ai marre qu’on profite de moi ».
Le procureur distribue les points : « Un bel exemple d’immaturité, c’est ce que je retiens de l’un et de l’autre. Madame qui fuit, Monsieur qui est dans une logorrhée, ni l’un ni l’autre ne ressort grandi de cette audience. Moi ce qui m’inquiète c’est leur progression judiciaire. » Surtout Monsieur, qui a un « double sursis probatoire violence », et qui légalement ne peut pas en avoir un troisième. Il demande 8 mois ferme aménagés ab initio en semi-liberté pour lui, 6 mois ferme sous la forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique, pour elle.
Sans avocats en défense, elle dit : « Je voulais juste qu’il parte de chez moi. Je veux pas perdre mon travail. » Lui : « Moi j’aurais préféré ne pas avoir de peine. J’ai rien d’autre à dire. » Il est condamné à 8 mois sous bracelet, elle écope de 6 mois de prison avec sursis probatoire. Interdiction de contact pour les deux, de port d’arme pour elle.
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