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Après Lisbonne, Varsovie et Barcelone, la 4e édition du Women Leaders Summit s’est tenue à Paris, les 18 et 19 mars. Organisé par le Conseil national des barreaux (CNB) et la Fédération des Barreaux d’Europe (FBE), l’événement a mis ministres, avocates, femmes politiques et diplomates autour de la table. Au cœur des échanges : la promotion du leadership féminin, et surtout la puissance d’un droit international à réanimer contre les menaces contre la paix.

« Je crois que c’est la dernière fois que je vais parler dans cette salle alors vous imaginez pour moi, c’est assez particulier ». Alors qu’elle s’apprête à quitter ses fonctions de maire de Paris après le second tour des élections municipales de ce dimanche 22 mars, Anne Hidalgo a lancé le coup d’envoi du Women Leaders Summit, au sein de la salle du Conseil. Ce discours, adressé à des professionnelles du droit venus de tout le continent, lui tenait lieu d’au revoir.
Au cœur de sa prise de parole, son expérience : celle d’une femme immergée pendant 25 ans dans la vie politique française. « Nous avons toutes d’une certaine façon ici, brisé ce plafond de verre, et nous savons toutes ce que cela signifie ». Malgré son parcours, Anne Hidalgo a dénoncé un travers qui perdure : « Les femmes sont toujours confrontées à la preuve de leur légitimité et de leur compétences » lorsqu’elles arrivent à un poste à responsabilité.
Encore aujourd’hui, « nous ne sommes pas traitées comme les hommes, parce que le regard qui est porté sur ce que nous faisons est jugé à l’aune de critères, de stéréotypes, de représentations, rarement innocentes, raccrochées à des stratégies ». L’édile a pointé une perception biaisée de l’autorité : « Nous ne parlons pas de l’autorité des femmes, mais de leur autoritarisme. »
Après avoir salué l’engagement des professionnels du droit, « sans qui la place des femmes ne serait pas ce qu’elle est » et encouragé ses consœurs issues de tous domaines à ne pas renoncer, Anne Hidalgo a appelé à soutenir les nouvelles générations ; car « notre responsabilité est d’ouvrir la porte aux plus jeunes, les aider à ne pas franchir les mêmes barrages ».
« La famille judiciaire parisienne t’est et te reste très attachée », a lancé ensuite Julie Couturier, la présidente du Conseil national des Barreaux (CNB). L’avocate a mis en garde la soixantaine de professionnels présents – une majorité de femmes – contre le « backlash ». Ce terme « revenait en permanence dans chacun des discours prononcés à l’ONU » lors de la 70e Commission de la condition de la femme à New-York, à laquelle elle a participé.
En ces « temps troublés », l’ancienne Bâtonnière de l’Ordre des avocats de Paris a rappelé le rôle crucial que « nous, les avocats, les juristes, nous qui connaissons, qui comprenons, qui parlons au droit, nous avons incontestablement à jouer ». Car le chemin est encore long. Malgré les principes d’égalité inscrits dès 1957 dans le traité de Rome – « à travail égal, salaire égal entre les femmes et les hommes » –, les avocates représentent 48 % de la profession dans le monde, et elles ne sont que 38 % à occuper une position senior. En France, « après 7 années d’exercice, demeure un écart annuel de revenus de l’ordre de 27 000 euros entre les avocates et leurs confrères hommes », a encore souligné la présidente du CNB.
Face à ces constats, Julie Couturier a alerté : « N’oublions jamais que nous avons entre les mains le plus bel outil de résistance qui soit, le droit. Sa force est inépuisable à condition que nous continuions d’y croire. »
Isabelle Rome, ambassadrice des droits de l’homme et ancienne ministre de l’égalité entre les femmes et les hommes, a voulu mettre la lumière sur un contexte mondial marqué par « une internationale réactionnaire » cherchant à imposer la loi du plus fort au détriment du droit international, également « discrédité » à l’échelle locale, où il est présenté comme un frein à l’action publique et politique.
Rappelant les fondements juridiques construits après la Seconde Guerre mondiale, elle a insisté : « La force n’apporte jamais la paix. » Pour la magistrate, « le droit reste la plus fiable des boussoles », indissociable de la paix, tout comme la place des femmes. Celles-ci doivent être pleinement associées aux négociations, à l’image des femmes afghanes, qu’elle refuse de réduire à des victimes. Son message s’est voulu global : « Pas de paix sans droit, et pas de paix sans les femmes ».
De son côté, Eleonore Caroit, qui a travaillé de nombreuses années en tant qu’avocate, a alerté sur ce « sexisme ordinaire délétère » qu’affrontent les femmes dans le monde professionnel. La ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français à l’étranger a assuré que « la France se bat pour l’égalité pour la dignité partout dans le monde. Nous menons depuis 2019 une diplomatie résolument féministe, et assumée en tant que tel ».

En dernière partie de soirée, la présidente du CNB a remis à Maura Derivan, ancienne présidente de la Law Society of Ireland, le tout premier Trophée de l’Egalité du Women Leaders in Law Summit. « Ce n’est pas mon trophée, c’est celui de toutes les femmes qui m’ont précédées », a déclaré la lauréate.
Après une deuxième organisée au Conseil national des barreaux, qui a porté sur des enjeux comme les biais de l’IA, les inégalités de représentation et de rémunération ou le recul des droits des femmes à l’international, le Sommet s’est conclu par une déclaration solennelle : transformer ces réflexions en avancées concrètes pour l’égalité professionnelle.
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