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Dans
un rapport publié le 6 décembre, la juridiction financière souligne également certaines dérives, comme le tutoiement, « systématiquement
utilisé dans la police alors qu’il est censé être proscrit ».
47 millions. C’est le nombre annuel moyen de contrôles
d'identité réalisés par les forces de l'ordre, soit environ neuf contrôles par
patrouille et par jour, apprend-on dans le rapport sollicitée par la Défenseure des droits et présenté
par la Cour des comptes ce mercredi 6
décembre. Une estimation confirmée comme « vraisemblable » par
la police, la gendarmerie et la préfecture de police, interrogées à ce sujet. En
réaction à ce chiffre, la Défenseure des droits a invité ce même jour le
gouvernement à « mettre en place une politique publique qui apporte les
garanties nécessaires pour encadrer cette pratique, aujourd’hui massive »,
comme elle le souligne dans un communiqué.
Le document pointe par ailleurs que les forces de
l’ordre ne recensent pas systématiquement et de manière précise les motifs de
leurs contrôles. Selon les rapporteurs, le manque de données détaillées poserait
un vrai problème de compréhension des motivations derrière ces interventions,
laissant ainsi de l'incertitude quant à la fréquence des contrôles au faciès
opérés par les forces de l'ordre ou encore de certaines dérives, comme le
tutoiement dont la Cour constate qu’il est « systématiquement utilisé
dans la police alors qu’il est censé être proscrit ». Or, « la
traçabilité constitue un outil indispensable permettant la contestation d’un
contrôle discriminatoire. Outre la possibilité d’un recours, l’enjeu est de
favoriser le changement des pratiques », réagit, de son côté, la
Défenseure Claire Hédon.
236
signalements concernant les conditions des contrôles d’identité
Autre
constat : alors que le comportement d’un policier ou d’un gendarme considéré
comme inapproprié pendant un contrôle d’identité peut être signalé par la
personne concernée sur le site internet de signalement de l’Inspection générale
de la police nationale, l’efficacité
de cette mesure – qui pourrait potentiellement servir à dénoncer les abus – demeure
néanmoins limitée. En 2022, seulement 236 signalements ont ainsi été transmis à
la Défenseure des droits et aux inspections générales.
Par
ailleurs, les magistrats de la Cour notent que même si ces signalements
faisaient l'objet d'une enquête, l'analyse des dossiers demeurait restreinte.
Cette situation entrave la possibilité d'avoir une vue exhaustive sur le
respect des règles éthiques au sein des forces de l'ordre, un constat déploré
par la Cour. Des évolutions ont pourtant été introduites pour faciliter les
signalements, comme en 2014 avec le port par les policiers et les gendarmes
d’un numéro d’identification, dit RIO. Toutefois, « cet identifiant
reste encore, dans de nombreux cas, peu visible », d’après le rapport.
La
formation des forces de l’ordre toujours sujette au questionnement
La
Cour pointe également du doigt la formation des jeunes recrues au sein des
forces de l'ordre. Les magistrats de la Cour des comptes préconisent un
renforcement de cette formation, soulignant la nécessité d'accorder davantage
d'importance à l'évaluation de la pertinence des contrôles, ainsi qu'à leur
déroulement. D’autant plus que la formation sur la question n’attire que 300
policiers par an, ce qui est relativement peu. Toujours selon ce même rapport,
il est expliqué que ces derniers préfèrent laisser leur collègue s’en charger
une fois sur le terrain…
Bien
que le rapport ne se soit pas focalisé sur la question du maintien ou non du
contrôle des identités, Pierre Moscovici a d’ores et déjà donné son avis sur la
question lors de la présentation du rapport à la presse. Pour lui, l'abolition
des contrôles reviendrait à « se désarmer », exprimant ainsi une
position en faveur du maintien de ces pratiques.
Romain
Tardino
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