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Si l’apposition du drapeau d’un pays étranger victime d’une agression militaire ne méconnait pas le principe de neutralité des services publics, une telle décision doit être prise en conseil municipal, ce qui n’a pas été le cas ici selon le TA.
Le drapeau ukrainien présent
sur l’hôtel de ville de Saint-Germain-en-Laye doit être retiré. Ainsi en a jugé
le tribunal administratif de Versailles dans
une décision rendue le 20 décembre dernier, infirmant une
décision prise par le maire de la commune, Arnaud Péricard.
La bannière avait été apposée
en février 2022, dès le début de l’invasion russe en Ukraine. Selon un
post publié sur Facebook, l’édile entendait montrer « [le]
soutien et [la] solidarité au peuple ukrainien, mais aussi à la paix qui doit
être la seule issue ».
Mais ce n’est pas au nom du
principe de neutralité des services publics que le tribunal a basé sa décision.
Si la juridiction a rappelé que ce principe « s’oppose à ce que soient
apposés sur les édifices publics des signes symbolisant la revendication
d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques », elle a
également fait remarquer que ce geste, partagé par de nombreuses autres
communes françaises et encouragé par le ministre alors en charge de la cohésion
des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, visait à
« exprimer symboliquement sa solidarité envers une nation victime d’une
agression militaire ».
Ainsi, ce choix « ne
saurait donc être regardé comme symbolisant la revendication des opinions
politiques de son maire », a estimé le tribunal administratif, qui a
également ajouté que l’apposition du drapeau ukrainien ne constituait « pas
plus une ingérence caractérisée et illégitime dans une affaire relevant de la
politique internationale de la France qu’il appartient seul à l’Etat de
conduire dès lors qu’elle reste dans l’ordre du symbolique ». Le
contexte de soutien diplomatique, humanitaire et matériel de la France auprès
de l’Ukraine a en ce sens été souligné par le TA.
Une décision « édictée
par une autorité incompétente »
Plus que le fond, c’est en
fait sur la forme de la prise de décision qui est reprochée au maire de
Saint-Germain-en-Laye. Car le tribunal administratif a expliqué qu’aucune
délibération n’avait été adoptée par le conseil municipal de la commune, ce qui
entre en contradiction avec l’article
L2121-29 du Code général des collectivités territoriales qui
dispose que « le conseil municipal règle par ses délibérations les
affaires de la commune. Il donne son avis toutes les fois que cet avis est
requis par les lois et règlements, ou qu'il est demandé par le représentant de
l’État dans le département ».
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s’impose aux populations de son territoire et à l’étranger
L’article
L2122-21 du même code, qui liste les prérogatives de tout maire –
notamment de conserver et d’administrer les propriétés de la commune, de
diriger des travaux communaux ou de procéder aux enquêtes de recensement –, n’a
lui non plus pas été respecté selon le TA, qui en a conclu que « la
décision du maire de Saint-Germain-en-Laye […] en l’absence de toute délibération
ou délégation du conseil municipal en ce sens a ainsi été édictée par une
autorité incompétente ».
Le tribunal a donné à la
commune trois mois pour retirer le drapeau de l’édifice, et a proposé au
conseil municipal, « s’il s’y croit fondé, de prendre une délibération
ou une délégation autorisant son maire à pavoiser l’hôtel de ville du drapeau
ukrainien ».
Alexis
Duvauchelle
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