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Jean-David Cavaillé appelle à une augmentation des effectifs de police et de gendarmerie formés à la matière judiciaire afin de faire face à l’augmentation continue du nombre et de la durée des procédures.
Moins d’un mois après son
installation officielle au tribunal judiciaire de Versailles, Jean-David
Cavaillé a présenté ses priorités, à l’occasion d’une rencontre avec la presse jeudi
17 juillet.
C’est la lutte contre le
narcotrafic qu’a citée en premier lieu le nouveau procureur de la République de
Versailles, bien que « les phénomènes de trafic de stupéfiants soient
moins nombreux et moins publics que dans d’autres départements ».
Autre sujet abordé : le traitement des violences graves de tous types, des
violences d’appropriation aux violences intrafamiliales, en passant par les
actes commis contre les élus, les pompiers et les forces de l’ordre.
Mais le principal sujet
abordé longuement par Jean-David Cavaillé concerne l’ensemble des atteintes
sexuelles, notamment la prostitution des mineurs, particulièrement pratiquée
par les enfants placés. Une question d’époque, selon lui : « Comment
travailler face à des jeunes aculturés à la pornographie sur les réseaux
sociaux et voulant vivre ce qu’ils ont vu ? », s’est demandé le
procureur, qui redoute que ces pratiques se traduisent par du harcèlement.
Les enquêtes pour
pédocriminalité parmi les plus longues
Sur la pédocriminalité, le
travail s’est complexifié avec la multiplication des outils numériques utilisés
par les pédocriminels. « À l’époque, on pouvait analyser un ordinateur,
un disque dur et un téléphone durant les 48 heures de garde à vue. Maintenant,
nous avons besoin d’environ six mois », a expliqué le procureur. A
Bordeaux, Jean-David Cavaillé avait eu, en tant que substitut, « trois
semaines pour boucler un dossier d’hommes prenant photos d’enfants de quelques
mois à une quinzaine d’années ».
Pour pouvoir agir dans de
meilleures conditions et améliorer la réactivité de la justice, Jean-David
Cavaillé a appelé à avoir « des services de police et de gendarmerie en
nombre suffisant, formés à la matière judiciaire et efficaces », afin
de faire face à l’augmentation du nombre et de la durée des procédures.
À
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« 42 % des victimes mineurs de France sont recensées en
Seine-Saint-Denis »
Le procureur souhaite aussi
s’occuper de la question des consommateurs, qu’il juge également
responsables : « Quand on voit certaines images, on se dit qu’ils
ne peuvent pas ne pas savoir qu’elles sont mineures. » a-t-il martelé.
Le chef du parquet de Versailles s’est félicité de l’instauration en 2021 d’une
présomption de non-consentement.
Tous ces sujets sont traités
par la section mineurs/famille du parquet de Versailles. « C’est une
section très engagée sur ces sujets, et le tribunal est mobilisé », a
assuré le procureur.
La situation de Bois-d’Arcy « nécessite une réflexion »
La question de la
surpopulation carcérale a aussi été longuement évoquée par Jean-David Cavaillé.
Le procureur a visité le mois dernier la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, tristement
connue pour ses conditions de détention. Au 1er juin
2025, la densité carcérale atteignait 207,4 %, contre 181 % à la même
période l’an dernier. Un taux d’occupation parmi les plus élevés de France, et
le plus haut d’Île-de-France.
À
lire aussi : La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté alerte
sur l’état des prisons : « On a vu les choses se dégrader »
« Quand vous êtes
confrontés à cette situation, vous comprenez qu’elle nécessite une réflexion »,
a témoigné l’ancien
procureur de Perpignan. Jean-David Cavaillé a invité à
réfléchir à augmenter les recours à la probation, « réponse judiciaire capable
de répondre à l’enjeu de réinsertion et de prévention de la récidive ».
Un recours plus régulier à ce type de peine pourrait permettre selon lui de réduire
les délais d’audiencement actuellement extrêmement longs, de l’ordre de 15 à 16
mois.
Conséquence de ces lenteurs
: les « petits » délits ne sont plus envoyés en audience. « Il
y a quelques années, on pouvait mettre deux gros dossier et trois petits à
l’audience, et tout arrivait à passer. Aujourd’hui, on n’envoie que les gros
dossiers extrêmement tendus et qui prennent plus de temps, et on traite les
petits dossiers d’autres manières. »
Le procureur a également
affiché son ambition de développer « le maximum d’outils possibles, des
alternatives à la détention, pour avoir un panel de réponses appropriées »,
comme le travail d’intérêt général, déjà très utilisé. Il a indiqué vouloir « trouver
un équilibre entre la mise hors de la société ceux qui présentent un danger et
l’anticipation de la fin de peine afin de prévenir la récidive, et la mise en
place des réponses à caractère éducatif et même, sur le bas du spectre ».
Depuis la prise de fonctions
de Jean-David Cavaillé, plusieurs réunions se sont tenues entre le procureur,
le juge d’application des peines et les services pénitentiaires. Objectifs :
être plus efficace dans le traitement des dossiers d’incarcération, faire
évoluer les critères d’aménagement de peine, et améliorer la gestion des
entrants.
Mais cela ne serait pas
décisif pour la réduction de la surpopulation carcérale, de l’aveu du
procureur : « Puisque nous sommes confrontés à une augmentation et
un durcissement des faits, on ne peut pas arrêter d’envoyer des gens en
prisons. »
Alexis
Duvauchelle
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