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Auditionné par la commission des Lois de l’Assemblée
nationale mardi 8 octobre, le nouveau garde des Sceaux a livré une feuille
de route qui ménage vision personnelle de la justice et exigences
gouvernementales, et sur laquelle plane la menace de coupes budgétaires.
« Mon rôle est de mieux faire connaître et de
mieux faire comprendre la justice, mission régalienne, pilier de l'État et un
fondement de notre démocratie ». Avant de livrer sa feuille de route,
Didier Migaud a procédé au recadrage politique de son action. Auditionné devant
la commission des lois de l’Assemblée nationale hier, il s’est posé en ministre
pédagogue souhaitant redonner à la justice sa place fondamentale et lutter
contre la défiance grandissante à l'égard des institutions.
« La justice mérite notre estime et notre
reconnaissance, d’être davantage respectée, appréciée et aimée. C'est une
institution complexe et mal connue, (deux facteurs) qui alimentent les préjugés
et les phrases faciles, ainsi que le dénigrement du travail des hommes et des
femmes de justice », a estimé en préambule le garde des Sceaux. Une
référence à peine voilée au duel qui l’a opposé au ministre de l’Intérieur,
Bruno Retailleau, lequel dénonçait récemment le laxisme de la justice.
Sortir de l’opposition
Justice-Police
Alors
que certains syndicats de magistrats craignent « une OPA administrative de la
place Beauvau sur la place Vendôme », le ministre de la
Justice a affirmé sa volonté de « sortir de l’opposition
Justice-Police, du climat anti-juges et de l’idée que l’autorité judiciaire ne
serait pas assez sévère ». « Contrairement à un sentiment
général qui ne reflète pas les chiffres, la réponse pénale est ferme »,
a martelé une nouvelle fois Didier Migaud (ndlr : selon des chiffres récemment
avancés par de la Chancellerie, le taux de mise à exécution des peines
d'emprisonnement ferme a atteint 95% en 2023).
À
lire aussi : Didier Migaud, nouveau ministre de la Justice
Et de
poser son diagnostic qui rejoint les observations de terrain : 30 années
d’abandon de la justice qui ont conduit à une chaîne pénale sous-dimensionnée,
engorgée et qui explique « une réponse pénale trop lente avec des
risques d’erreur ». « Les procédures s’amoncèlent, les
créneaux de procès sont indisponibles, la justice rendue dans des délais
inacceptables. Entre 2013 et 2023, le stock de dossiers criminels en attente de
jugement a presque doublé, et la durée d’écoulement est passé 11 mois et demi à
16 mois », a rappelé le garde des Sceaux.
Toucher à la marge à la
justice des mineurs
Reste
qu’en matière de réponse pénale, Didier Migaud va mettre en œuvre la
déclaration de politique générale du premier ministre Michel Barnier, en ce qui
concerne notamment la justice des mineurs. Sur la question de la comparution
immédiate pour les mineurs délinquants de plus de 16 ans déjà connus de la
justice, le garde des Sceaux indique vouloir « aller plus loin que
l’audience unique » et revenir sur « l’excuse de minorité dans
le respect des principes constitutionnels ».
Dans
le détail, le ministre souhaite étudier la possibilité « d’écarter au
cas par cas cette excuse, d’étendre le droit face à des situations d’extrême
violence ». « On ne fera pas disparaître la spécificité du
traitement des mineurs - je ne le souhaite pas et notre constitution ne le
permet pas », a-t-il assuré, « mais nous travaillerons sur les
marges qui existent ».
Exécution des peines et
surpopulation carcérale
Sur
la question de l'exécution des peines de prisons, également consacrée par le
gouvernement Barnier, le ministère de la Justice s’est dit favorable à la
solution des peines courtes, tout en « diversifiant les solutions
d’enfermement et de surveillance, en fonction des profils et des peines
prononcées, et en étudiant la possibilité de créer de nouveaux établissements
pour les courtes peines ».
La
révision des conditions d’octroi du sursis et la limitation des possibilités de
réduction et d’aménagement de peines sont également à l’étude. Questionné sur
la surpopulation carcérale, le nouveau garde des Sceaux n’a pas avancé d’autres
solutions que celle de la construction de nouveaux établissements, déjà prévu
par le plan 15 000 places.
La menace de coupes
budgétaires
La
mise en œuvre de cette feuille de route destinée à renforcer l'efficacité de
l'action de la justice, « ne sera possible que si les moyens sont
préservés », a averti le garde des Sceaux. Rappelant que des
arbitrages sont en cours, - le projet de budget 2025 sera présenté ce jeudi 10
octobre avec un retard inédit de neuf jours et 40 milliards d’euros d’effort
annoncés sur les dépenses publiques -, Didier Migaud a dit vouloir tout mettre
en œuvre pour sanctuariser le budget de la justice.
À
lire aussi : Maîtrise de l’immigration, hausse du SMIC, taxation des
plus fortunés… Quelles sont les ambitions de Michel Barnier pour la France ?
Le
ministre a cependant reconnu un problème d’exécution du budget pour 2024 avec
des gels et surgels, tandis que la lettre-plafond adressée à ses services
annonce une baisse de 487 millions d’euros pour le budget de la justice en
2025. Devant les élus inquiets sur la capacité à poursuivre les engagements de la
loi orientation pour la justice, le garde des Sceaux a affirmé qu’il
travaillait à un réajustement de l’enveloppe allouée afin de préserver l'embauche prévue de 1 500
magistrats supplémentaires, 1 800 greffiers, et de plus de 1 100 contractuels.
Des chantiers personnels :
égalité femme/ homme, probité et modernisation du droit
Didier
Migaud a également mis en avant quelques marqueurs personnels, en se redisant
favorable à l’inscription de la notion de consentement dans le définition du
viol. Conscient des enjeux juridiques (inversion de la charge de la preuve,
insécurité juridique), il plaide pour « un
regard transpartisan » sur cette question.
L’ancien
président de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique souhaite
aussi lancer une réflexion sur les contours de la prise illégale d’intérêts et
les atteintes à la probité, en sortant rapidement le plan national de lutte
contre la corruption « qui a pris deux ans de retard et qui doit être
présenté aux parlementaires ».
Enfin,
le garde des Sceaux compte poursuivre les efforts engagés en faveur d’un droit
plus clair et de procédures plus simples : refonte du Code de procédure pénale
en cours, du droit des entreprises en difficulté et du droit des sociétés,
réécriture du code de procédure civile sur les modes de règlement alternatif
des différends.
Delphine
Schiltz
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