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74 % des répondants au baromètre CEVIPOF déclarent ne pas faire confiance au président de la République et une large majorité remet en cause la légitimité des représentants politiques taxés de ne pas être à l’écoute des citoyens Français. Ces derniers démontrent néanmoins un attachement au système démocratique malgré ses dysfonctionnements.
Une « enquête qui
donne le vertige, avec un constat un peu chirurgical et accablant ».
Le 12 février dernier, Luc Rouban, chercheur au Centre national de la recherche
scientifique (CNRS), a présenté le 16e baromètre de la confiance
politique du centre de recherche politique de Sciences Po (CEVIPOF) qui a
suscité l’inquiétude. Cette nouvelle enquête témoigne en effet d’une « dégradation
très sérieuse du rapport à la politique et d’une manière plus générale aux
politiques », a déploré le chercheur, qui a vu là l’un des premiers
enseignements du baromètre.
La directrice déléguée du
CEVIPOF Anne Muxel a pour sa part souligné un « net approfondissement
de la crise de la représentation politique et de la défiance constitutionnelle
qui saisit le pays voire le bloque depuis de nombreuses années ».
La France, pays « malade
de l’Europe »
Donnée notable de cette
nouvelle enquête, 74 % des Français affirment ne pas avoir confiance dans
la politique, un chiffre en progression de quatre points par rapport à l’année
précédente. En Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas, le pourcentage dépasse les
50 % mais reste en deçà du niveau de la France, avec respectivement, 53 %,
61 % et 57 % de répondants suspicieux. La France « se situe très
singulièrement en retrait par rapport à l’Italie pendant très longtemps
considéré comme le pays malade en Europe » a commenté Luc Rouban.
À lire aussi : Le parlementarisme
comme solution à la crise politique ?
Les institutions politiques
nationales suscitent peu d’adhésion, puisque le Sénat, le Parlement européen et
les institutions présidentielles perdent plusieurs points aux yeux des
Français, qui sont seulement, respectivement, 32 %, 29 % et 26 % à leur faire
confiance. Les trois quarts des sondés disent en particulier n’avoir aucune confiance
dans le gouvernement. En cause notamment, a expliqué le chercheur, « le
chaos institutionnel que l’on connait depuis la dissolution de l’Assemblée
nationale ».
Fait « classique »
toutefois, selon Luc Rouban, les institutions locales semblent avoir plus de
crédit pour les citoyens, malgré un léger recul sur le long terme, et une
érosion plus l’échelle s’élargit : 58 % pour le conseil municipal, 50 % pour le
conseil départemental, et 49 % pour le conseil régional.
C’est donc logiquement que le
degré de confiance dans les personnalités politiques de proximité telles que
les maires de communes, les conseillers départementaux et régionaux obtiennent
de meilleurs résultats. À l’inverse, 77 % des Français indiquent ne pas
avoir confiance dans le président de la République actuel et 73 % dans le
premier ministre. Deux données en régression par rapport à 2024, qui placent
une nouvelle fois la France derrière les trois pays voisins susmentionnés.
Une malaise démocratique causé
par les figures politiques
Au-delà du manque de
confiance, 26 % des sondés disent même ressentir « du dégoût »,
un avis en hausse de 7 points, et 6 % admettent ressentir de la peur.
Finalement, il y a une sorte de « divorce avec le monde politique et la
politique considérée comme une activité non seulement inefficace mais aussi
immorale » qui n’assure plus ses missions essentielles ni ne répond
aux attentes les plus importantes des Français, comme l’a analysé Luc Rouban.
En effet, la perception de la
démocratie et son fonctionnement sont largement remis en cause bien qu’il
ressort un attachement très fort au système et à ses valeurs. La moitié des
sondés en France indiquent ne pas être fiers de ce système démocratique et 71 %
estiment qu’il fonctionne mal.
En cause notamment, a
illustré Luc Rouban, des figures politiques qui sont perçues comme n’étant pas
à l’écoute de leurs citoyens. Ces derniers sont 45 % à penser que les
responsables politiques ne sont absolument pas en mesure de les écouter, et
83 % estiment qu’ils ne se préoccupent pas de ce qu’ils pensent. « On
est loin des résultats de l’Allemagne ou l’Italie. C’est une situation assez
tragique », a regretté le chercheur.
Selon l’enquête et les
réponses des sondés, la démocratie gagnerait à associer les citoyens de manière
directe à toutes les grandes décisions politiques pour son bon fonctionnement. Et
malgré des records d’abstention dans diverses élections ces dernières années, la
plupart des Français considèrent qu’il est utile de voter, car cela permet de
faire évoluer les choses.
Par ailleurs, la légitimité
des représentants politiques est elle aussi remise en cause. Plus des 3/4 des
Français s’accordent à dire que le gouvernement actuel n’est pas légitime et que
les élus n’ont pas le droit de décider de leur vie. Près d’un tiers estiment
même qu’ils ne méritent pas de respect.
La confiance en la justice
régresse
Du côté des services publics,
il ressort de l’enquête une confiance très forte notamment dans la gendarmerie
pour 75 % des Français, suivie des hôpitaux (76 %), de l’armée (74 %)
ou encore de la police (71 %). Des statistiques en progrès au regard de
l’année dernière.
Les réseaux sociaux quant à
eux arrivent bon derniers avec seulement 16 %, précédés des partis
politiques (20 %). La justice, une nouvelle fois, peine à atteindre la
moyenne (44 %) et perd même un point par rapport à 2024. « C’est assez
significatif, a pointé Luc Rouban, car c’est en France que l’on
considère que la justice est politisée, la
moins impartiale et la moins efficace ». L’Italie n’est pas
en reste, puisqu’elle enregistre elle aussi un taux similaire à celui de
l’Hexagone.
Pour la 16e vague
du baromètre sur la confiance de la politique, des questions pour définir une
société juste ont par ailleurs été ajoutées. Pour la moitié des sondés, celle-ci
se définirait ainsi par une revalorisation salariale pour ceux qui travaillent
plus que les autres. La question de la méritocratie a en effet été soulevée
lors de la présentation de l’enquête.
La majorité des personnes
interrogées ont le sentiment que les efforts déployés dans le cadre de leur vie
professionnelle n’ont pas été reconnus. « Il est vrai qu’en France, le
travail est peu reconnu et récompensé », a indiqué Luc Rouban. Et de
compléter : « On est dans un pays où la méritocratie n’est pas
respectée et où, dans le fond, s’est développé le sentiment que la promesse
républicaine n’est pas respectée non plus. »
Allison Vaslin
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