Article précédent


Cette
proposition de loi pourrait, si elle est adoptée, donner aux maires les mêmes droits que l’État afin
de pouvoir réquisitionner les logements « vacants, inoccupés ou
insuffisamment occupés depuis plus de six mois ».
Alors
que les températures continuent de chuter, la question de loger les sans-abris,
particulièrement vulnérables pendant l'hiver, est de plus en plus présente dans
le débat sociétal, avec la mort depuis le début de l’année d’au moins trois personnes
dans domicile fixe, à Carpentras (Vaucluse), à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
et Saint-Priest-en-Jarez (Loire).
Une
situation préoccupante suscitant l'inquiétude, en particulier au sein du groupe
communiste au Sénat, qui prévoit de déposer une proposition de loi
prochainement. Selon le texte transmis à l'AFP, cette proposition vise à
autoriser les maires à réquisitionner les logements « vacants,
inoccupés ou insuffisamment occupés depuis plus de six mois » dans les
villes où il existe « d'importants déséquilibres entre l'offre et la
demande de logement », un pouvoir qui était, jusqu’à présent,
uniquement réservé à l’État.
Le
sénateur du Parti communiste français (PCF), Ian Brossat, a souligné ce jeudi 11
janvier sur RMC que la proposition vise à « permettre aux
communes de réquisitionner elles-mêmes » des « bâtiments qui
sont vides depuis parfois 10 ans, 15 ans ». Il est toutefois important
de noter qu'une telle possibilité existe déjà en vertu d'une ordonnance datant
de 1945, permettant la réquisition de logements moyennant le versement d'une
indemnité au propriétaire. Néanmoins, dans la pratique, cette mesure est
rarement mise en œuvre, selon l'élu, qui déplore qu’aujourd’hui, « le
préfet ne réquisitionne que si le propriétaire est d’accord, et je connais
assez peu de propriétaires qui disent “d’accord, réquisitionnez mon logement” ».
Pourtant,
cette mesure a bel et bien été appliquée en France : une première fois après la
Seconde Guerre mondiale, puis dans les années 1960 pour accueillir les
rapatriés d'Algérie, une troisième fois en 1994 par Jacques Chirac, alors maire
de Paris, qui avait ordonné la réquisition de plus de 1 000 bureaux pour
héberger des familles en difficulté, et enfin une dernière fois en 2001. À
cette époque, Marie-Noëlle Lienemann, secrétaire d'État au Logement du
gouvernement Jospin, avait annoncé la réquisition de 147 logements vides dans
la capitale et entre 70 et 80 en province. Cependant, depuis lors, plus aucune
utilisation de cette mesure n'a été constatée.
Toujours
sur RMC, Sylvain Grataloup, avocat et président de l’Union nationale des
propriétaires immobiliers (UNPI), a qualifié de honteux le fait de faire
supporter aux propriétaires une carence de l'État, ajoutant que « la
vacance d'un bien n'est pas souhaitée par les propriétaires, car ce n'est pas
un moyen de gérer son patrimoine ». De son côté, Ian Brossat a assuré
qu'« il ne s'agit pas de réquisitionner des logements vides depuis
quelques mois », mais bien « depuis des années », en
commençant par les « bâtiments vacants », tels que les bureaux
ou les anciens parkings, qui sont « beaucoup plus faciles à
réquisitionner qu'un appartement vacant dans une copropriété ».
À lire aussi : JO Paris 2024 : le Conseil d’État valide la
réquisition des logements étudiants du Crous
Selon
le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre publié le 1er février
2023, le nombre de « personnes sans-domicile, à la rue ou dans des
hébergements d’urgence » serait estimé à 330 000, soit près de
30 000 de plus que les données du rapport de 2022. Par ailleurs, 4,15
millions de personnes en France seraient mal logées, toujours selon la
fondation.
D'après une récente étude de l'Agence parisienne d'Urbanisme (Apur), en 2020, 128 000 logements
parisiens étaient inoccupés, représentant près d'un logement sur dix. Lorsqu'on
inclut les logements occupés de manière occasionnelle ou utilisés comme
résidences secondaires, Paris se positionne comme la deuxième ville avec le
plus grand nombre de logements « inoccupés » (19 %), après Nice (28
%) et devant Grenoble (17 %) et Nancy (16 %). En outre, la capitale compte
également un nombre important de personnes sans-abris, avec plus de 3 000
personnes en situation de rue recensées lors de la Nuit de la Solidarité en janvier 2023, soit 417 personnes plus qu’en 2022.
Romain Tardino
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *