SÉRIE « LA PROVENANCE DANS LE MARCHÉ DE L'ART » (5). Spoliation et provenance : focus sur la restitution des œuvres d'art


jeudi 15 août 2024 à 11:004 min

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Notre série «La provenance dans le marché de l'art»

Le 19 juin 2024, L’Institut Art et Droit et le CERDI ont organisé un colloque sur la provenance dans le marché de l’art. Cette série d'articles revient sur cette journée consacrée au bouleversement du monde de l’art par la nouvelle règle de provenance. De la théorie à la pratique apparaissent deux réalités bien distinctes, parfois difficiles à concilier.
  • SÉRIE « LA PROVENANCE DANS LE MARCHÉ DE L'ART » (5). Spoliation et provenance : focus sur la restitution des œuvres d'art
  • Connaître l’histoire d’une œuvre d’art est un enjeu majeur pour les musées. En enquêtant sur l’origine, la provenance et l’authenticité d’une œuvre d’art, les gardiens du patrimoine culturel garantissent la légitimité des collections muséales et permettent aux visiteurs de profiter d’une compréhension enrichie et précise du contexte historique et culturel des œuvres qui sont exposées.


    Le 19 juin 2024, L’Institut Art et Droit et le CERDI ont organisé un colloque sur la provenance dans le marché de l’art. Cette série revient sur cette journée consacrée au bouleversement du monde de l’art par la nouvelle règle de provenance. De la théorie à la pratique apparaissent deux réalités bien distinctes, parfois difficiles à concilier :

    • Le marché de l’art est-il bouleversé par les nouvelles règles de provenance ? ;
    • Le regard des experts sur la provenance dans le marché de l’art ;
    • Incompréhensions, difficultés de mise en œuvre comment les marchands d’art appréhendent la nouvelle règle ? ;
    • Code de déontologie des galeries d’art : le chapitre provenance ;
    Spoliation et provenance : focus sur la restitution des œuvres d’art ;
    • La face obscure du marché de l’art à l’international ;
    • Le regard des gardiens du secteur.

     

    « On est conscient des exigences qui nous incombent en termes de provenance »

    Lors de son intervention au colloque du 19 juin 2024 organisé par l’Institut Art & Droit et le CERDI, Christophe Heer, responsable du service des acquisitions du musée des arts décoratifs, a rappelé la précaution des musées dans leurs acquisitions d’œuvres d’art. Ces recherches ont pour objectif principal d’établir la chaîne de la provenance : « On est conscient des exigences qui nous incombent en termes de provenance […] Les musées procèdent à des vérifications sur toutes les œuvres » a-t-il rappelé. Les musées travaillent avec différentes bases de données qui leur permettent d’effectuer des recherches sur la provenance d’une œuvre d’art. Néanmoins, ils regrettent que ces bases de données ne soient pas toujours complètes. Il leur est parfois difficile de reconstituer une partie de l’histoire des œuvres.

    Si les musées voient plutôt d’un bon œil cette nouvelle diligence sur la provenance dans le marché de l’art, ils insistent sur un point : ce travail ne peut se faire que sous certaines conditions. Outre la formation du personnel au travail de recherches de provenance, il faudra revoir les programmes des cursus de formations universitaires.

    La spoliation des œuvres d’art : de l’identification à la restitution

    Entre les années 1933 et 1945, de nombreuses œuvres d’art, appartenant à des familles juives vivant en France, ont été volées par le régime nazi organisant des persécutions antisémites. On estime le nombre de biens spoliés ou vendus sous la contrainte en France à plus de 100 000. Certaines de ces œuvres sont susceptibles d’avoir été acquises par des musées français qui ignoraient leur spoliation. Cette situation n’est pas propre à la France, plusieurs autres pays sont confrontés à cette même situation. En 2012, 1 500 œuvres d’art spoliées ont été retrouvées au domicile du collectionneur germano-autrichien Cornelius Gurlitt.

    Pour Laurence Mauger Vielpeau, professeure à l’université de Caen-Normandie, « il faut une coopération internationale » sur ce sujet. La professeure évoque l’histoire de la collection Simon Bauer, qui s’est pourvue en justice pendant de nombreuses années. Les héritiers de Simon Bauer, juif déporté, dont la collection a été confisquée par le régime nazi durant la seconde guerre mondiale, ont obtenu la restitution du tableau « La Cueillette des pois » peint en 1887 par Camille Pissaro et commandé par Theo Van Gogh. Ce tableau spolié a été acheté aux enchères par un couple américain dans les années 90 après avoir disparu pendant plusieurs années. Dans cette affaire, si les acheteurs pensaient avoir été de bonne foi, ils ont pourtant été mis en cause par la justice.

    Comment retracer l’histoire d’une œuvre restituée ?

    D’un point de vue juridique, les biens spoliés sont régis par l’ordonnance du 21 avril 1945, qui donne compétence aux juridictions civiles statuant en la forme des référés pour connaître des demandes de restitution. Les collections juives ont été les principales cibles des nazis, cependant toutes les collections privées d’œuvres d’art peuvent être concernées.

    Si la question de ces spoliations alimente régulièrement l’actualité, les restitutions des biens spoliés sont souvent trop longues et trop complexes. À l’heure actuelle, il est encore compliqué de retracer l’histoire d’une œuvre et d’obtenir sa restitution malgré l’existence d’un cadre légal et institutionnel spécifique. Le faible nombre de restitutions effectuées ces dernières années témoigne de ces carences administratives

    Pour retracer l’histoire d’une œuvre d’art spoliée, il faut bien souvent combiner le travail de la mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945, des conservateurs de musées, des chercheurs de provenance mais également des descendants des artistes et des collectionneurs. L’histoire du célèbre tableau de Max Pechstein « Nus dans un paysage » est un exemple concret de ces difficultés à retracer l’histoire d’une œuvre restituée. Le tableau qui a été peint en 1938 a été retrouvé dans les sous-sols du Palais de Tokyo en 1966 sans que l’on connaisse son histoire durant ces nombreuses années. Le tableau spolié qui appartenait à Hugo Simon, banquier juif allemand et collectionneur d’art de l’époque, est entré dans les collections du Musée national d’art moderne après sa découverte. À la suite de l’ouverture d’une enquête en 2005, le tableau a été restitué à l’arrière-petit-fils d’Hugo Simon en 2021.

    Mélanie Pautrel

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