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Connaître l’histoire d’une
œuvre d’art est un enjeu majeur pour les musées. En enquêtant sur l’origine, la
provenance et l’authenticité d’une œuvre d’art, les gardiens du patrimoine
culturel garantissent la légitimité des collections muséales et permettent aux
visiteurs de profiter d’une compréhension enrichie et précise du contexte
historique et culturel des œuvres qui sont exposées.
Le 19 juin 2024, L’Institut Art et Droit et le CERDI ont organisé un colloque
sur la provenance dans le marché de l’art. Cette série revient sur cette
journée consacrée au bouleversement du monde de l’art par la nouvelle règle de
provenance. De la théorie à la pratique apparaissent deux réalités bien
distinctes, parfois difficiles à concilier :
• Le
marché de l’art est-il bouleversé par les nouvelles règles de
provenance ? ;
• Le
regard des experts sur la provenance dans le marché de l’art ;
• Incompréhensions,
difficultés de mise en œuvre comment les marchands d’art appréhendent la
nouvelle règle ? ;
• Code
de déontologie des galeries d’art : le chapitre provenance ;
• Spoliation et provenance : focus sur la restitution des œuvres d’art ;
• La face obscure du marché de l’art à l’international ;
• Le regard des gardiens du secteur.
Lors de son intervention au
colloque du 19 juin 2024 organisé par l’Institut Art & Droit et le CERDI,
Christophe Heer, responsable du service des acquisitions du musée des arts
décoratifs, a rappelé la précaution des musées dans leurs acquisitions d’œuvres
d’art. Ces recherches ont pour objectif principal d’établir la chaîne de la
provenance : « On est conscient des exigences qui nous incombent
en termes de provenance […] Les musées procèdent à des vérifications sur
toutes les œuvres » a-t-il rappelé. Les musées travaillent avec
différentes bases de données qui leur permettent d’effectuer des recherches sur
la provenance d’une œuvre d’art. Néanmoins, ils regrettent que ces bases de
données ne soient pas toujours complètes. Il leur est parfois difficile de
reconstituer une partie de l’histoire des œuvres.
Si les musées voient plutôt
d’un bon œil cette nouvelle diligence sur la provenance dans le marché de
l’art, ils insistent sur un point : ce travail ne peut se faire que sous
certaines conditions. Outre la formation du personnel au travail de recherches
de provenance, il faudra revoir les programmes des cursus de formations
universitaires.
Entre les années 1933 et
1945, de nombreuses œuvres d’art, appartenant à des familles juives vivant en France,
ont été volées par le régime nazi organisant des persécutions antisémites. On
estime le nombre de biens spoliés ou vendus sous la contrainte en France à plus
de 100 000. Certaines de ces œuvres sont susceptibles d’avoir été acquises par
des musées français qui ignoraient leur spoliation. Cette situation n’est pas
propre à la France, plusieurs autres pays sont confrontés à cette même
situation. En 2012, 1 500 œuvres d’art spoliées ont été retrouvées au domicile
du collectionneur germano-autrichien Cornelius Gurlitt.
Pour Laurence Mauger
Vielpeau, professeure à l’université de Caen-Normandie, « il faut une
coopération internationale » sur ce sujet. La professeure évoque l’histoire
de la collection Simon Bauer, qui s’est pourvue en justice pendant de
nombreuses années. Les héritiers de Simon Bauer, juif déporté, dont la
collection a été confisquée par le régime nazi durant la seconde guerre
mondiale, ont obtenu la restitution du tableau « La Cueillette des
pois » peint en 1887 par Camille Pissaro et commandé par Theo Van Gogh. Ce
tableau spolié a été acheté aux enchères par un couple américain dans les
années 90 après avoir disparu pendant plusieurs années. Dans cette affaire, si
les acheteurs pensaient avoir été de bonne foi, ils ont pourtant été mis en
cause par la justice.
D’un point de vue juridique,
les biens spoliés sont régis par l’ordonnance du 21 avril 1945, qui donne
compétence aux juridictions civiles statuant en la forme des référés pour
connaître des demandes de restitution. Les collections juives ont été les
principales cibles des nazis, cependant toutes les collections privées d’œuvres
d’art peuvent être concernées.
Si la question de ces
spoliations alimente régulièrement l’actualité, les restitutions des biens
spoliés sont souvent trop longues et trop complexes. À l’heure actuelle, il est
encore compliqué de retracer l’histoire d’une œuvre et d’obtenir sa restitution
malgré l’existence d’un cadre légal et institutionnel spécifique. Le faible
nombre de restitutions effectuées ces dernières années témoigne de ces carences
administratives
Pour retracer l’histoire
d’une œuvre d’art spoliée, il faut bien souvent combiner le travail de la
mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933
et 1945, des conservateurs de musées, des chercheurs de provenance mais également
des descendants des artistes et des collectionneurs. L’histoire du célèbre
tableau de Max Pechstein « Nus dans un paysage » est un exemple
concret de ces difficultés à retracer l’histoire d’une œuvre restituée. Le
tableau qui a été peint en 1938 a été retrouvé dans les sous-sols du Palais de
Tokyo en 1966 sans que l’on connaisse son histoire durant ces nombreuses années.
Le tableau spolié qui appartenait à Hugo Simon, banquier juif allemand et
collectionneur d’art de l’époque, est entré dans les collections du Musée
national d’art moderne après sa découverte. À la suite de l’ouverture d’une
enquête en 2005, le tableau a été restitué à l’arrière-petit-fils d’Hugo Simon
en 2021.
Mélanie
Pautrel
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