La Cour de révision et de réexamen des condamnations pénales annule la condamnation de Dany Leprince pour meurtres et ordonne un nouveau procès

AVEC AFP. L’homme avait été déclaré coupable en 1997 par la cour d’assises de la Sarthe d’un quadruple homicide commis 3 ans plus tôt. Un nouveau procès se tiendra devant la cour d’assises du Maine-et-Loire, à Angers.


jeudi 2 juillet à 10:444 min

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Dany Leprince (au centre, accompagné de ses avocats Olivier Morice et Missiva Chermak Felonneau) avait passé 18 ans en prison. Photo Thomas Samson via AFP

Dans une rarissime décision, la Cour de révision a annulé jeudi 2 juin la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince et ordonné qu’il soit rejugé pour un quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994, coup de théâtre dans ce célèbre dossier criminel.

« La Cour de révision et de réexamen juge que deux des éléments susceptibles d’avoir été retenus à charge par la cour d’assises se trouvent fragilisés par des éléments inconnus de la juridiction, ce qui est de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince », a déclaré son président Nicolas Bonnal.

Dany Leprince, 69 ans, a accueilli la décision les larmes aux yeux et est tombé dans les bras de ses proches au milieu de la chambre criminelle de la Cour de cassation.

« C’est une victoire mais c’est aussi extraordinaire d’obtenir cette révision », s’est félicité Dany Leprince à la sortie de l’audience.

« Le combat continue et je suis déterminé non seulement pour le procès en révision mais aussi pour la vérité qui doit éclater. Il faut que la vérité éclate », a-t-il déclaré à la presse.

Aujourd’hui libre après 18 ans passés derrière les barreaux, l’ancien employé d’une usine de boucherie clame de longue date son innocence des meurtres de son frère, sa belle-sœur et deux de leurs filles dans leur maison de Thorigné-sur-Dué, voisine de la sienne.

La Cour de révision a ordonné que Dany Leprince soit à nouveau jugé lors d’un procès qui se tiendra à Angers, devant la cour d’assises du Maine-et-Loire.

Les pertes de mémoire de la femme du condamné au cœur des interrogations

Pour fonder sa décision, la Cour a retenu d’abord le témoignage de Solène Leprince, la seule rescapée du massacre, 2 ans à l’époque. Cette femme indique n’avoir aucun souvenir du drame, tandis qu’à l’époque de la procédure des éléments donnaient à penser qu’elle aurait vu Dany Leprince en train de commettre le quadruple meurtre.

« Je suis brisée d’avoir perdu mes parents et mes sœurs, mais aussi en colère qu’il reste des zones d’ombre aujourd’hui », a déclaré, émue, la survivante à la Cour de révision le mois dernier, devant laquelle elle est venue appuyer la demande de son oncle.

La Cour de révision a ensuite retenu les « pertes de mémoire alléguées » de Martine Compain, femme de Dany Leprince au moment des faits, sur le déroulé de la soirée fatale. Selon des expertises ultérieures, celles-ci pourraient s’avérer être une « simulation ».

Martine Compain est actuellement placée sous le statut de témoin assisté dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à la suite d’une plainte avec constitution de partie civile déposée au Mans par Robert Leprince, père de Dany.

Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés tués à l’arme blanche dans leur pavillon. Solène, 2 ans, est la seule rescapée.

Pour ces faits, la cour d’assises de la Sarthe avait condamné Dany Leprince en décembre 1997 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans, un arrêt désormais annulé.

L’affaire « Mis et Thiennot » n’obtiendra pas de nouveau jugement

Dans l’affaire « Mis et Thiennot » en revanche, la Cour de révision a rejeté la demande de réhabilitation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, alors que la juridiction avait été saisie par deux héritiers.

Dans ce vieux dossier criminel d’après-guerre aux protagonistes aujourd’hui morts, devenu une légende locale dans le Berry où 31 communes ont des espaces publics à leurs noms, les chasseurs Mis et Thiennot ont été condamnés à 15 ans de travaux forcés pour le meurtre du garde-chasse Louis Boistard à Saint-Michel-en-Brenne (Indre) à la suite d’une altercation, en 1946.

« La Cour de révision relève que s’il est manifeste que les enquêteurs n’ont pas exploré toutes les pistes envisageables, les raisons pour lesquelles leurs soupçons se sont rapidement portés sur ce groupe de chasseurs ressortent des pièces du dossier », même récemment expurgé de certaines pièces-clés obtenues sous la violence par les policiers, a déclaré son président Nicolas Bonnal. Une fin de non-recevoir aux décennies de campagne pour leur réhabilitation.

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