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Un Bangladais bouddhiste de 25 ans est persécuté par un puissant homme musulman de sa ville. Il détaille son histoire à la Cour nationale du droit d’asile, à qui il réclame le statut de réfugié.

Par chance, l’interprète bangladaise parle le dialecte de Borua, l’homme assis qui présente une demande d’asile à la cour parce qu’il est bouddhiste et qu’en tant que tel, il est persécuté dans son village d’origine. Voici le point de départ de son histoire.
Mais la France a besoin d’un récit qui raconte une histoire sensée, ce que l’OFPRA a jugé inexistant à la suite de l’entretien ayant conduit à débouter le jeune homme de 25 ans. Borua va alors devoir raconter son histoire au juge qui, seul, examine sa demande d’asile.
Il est né et a toujours vécu dans la ville de Cox’s Bazar, dans le district éponyme. Il travaille dans l’épicerie familiale, dont toute sa famille dépend matériellement. En 2018, à 17 ans, ses parents l’envoient dans un temple où il est intronisé Shramane. C’est une tradition : dans chaque famille bouddhiste, un garçon devient religieux.
Ses parents lui laissent cependant le choix de sa vie, et au bout de quatre mois, il décide de revenir dans sa vie « mondaine », dit la traductrice. « Séculière », reprend le juge. Borua réintègre sa vie de commerçant.
L’épicerie de son père jouxte un centre commercial détenu par un certain Al-Jahrat (le juge prononce ce qu’il croit entendre, personne ne le contredit), qui, en 2021, souhaite s’agrandir. Il propose un prix au père de Borua, qui décline. L’offre n’est pas sérieuse. « Il fait toujours comme ça, explique Borua. Il propose un prix trop bas, on refuse, et ensuite il s’empare du bien par la force ».
Car Al-Jahrat serait un homme influent, de connivence avec les autorités, qui viendrait tout juste d’être désigné chef local d’un mouvement islamiste dénommé El Farah Islam. Comme escompté, il menace le père de Borua, puis envoie des hommes l’agresser dans sa boutique, narre le demandeur d’asile. Une main courante est déposée. En réponse, la famille de Borua subit une perquisition au cours de laquelle les policiers découvrent armes et drogue.
Un coup monté, explique Borua au juge, qui aimerait bien que les échanges soient plus fluides, mais le temps de traduction est long, Borua étant exceptionnellement prolixe en détails.
Borua accélère : il est lui-même agressé et hospitalisé, s’enfuit le 30 mai 2022, arrive en France au début de l’année 2023. L’OFPRA a estimé que « les faits allégués ne sont pas prouvés ». Comme la plupart des demandeurs d’asile, Borua n’a pas pensé à constituer un dossier de ses persécutions au fil du temps.
Ce qui est établi : son appartenance à la religion Bouddhiste, qui représente 0,5 % de la population bangladaise. Dans sa ville, ce sont 35 maisons, contre 40 hindouistes et 400 musulmanes. L’infériorité numérique est criante.
Mais le juge bute sur la raison ayant conduit le « tourmenteur », comme le dit le rapporteur, de la famille de Borua, à les menacer. Pour s’enrichir, répond le demandeur. « Oui, mais pourquoi en 2021 ? Parce qu’il avait été désigné chef de ce mouvement ? » L’avocat dira dans sa plaidoirie : parce qu’il avait décidé à ce moment de réaliser son projet d’agrandir son centre commercial. Il souhaitait pour cela s’emparer du terrain de la famille de Borua, détruire l’épicerie, et agrandir son empire.
« Vous avez des nouvelles récentes de votre père ?
-Seulement de ma mère. Mon père ne parle plus, il est devenu fou.
-Ils ont déménagé dans la ville d’à côté, et ça a l’air d’aller pour eux. Cela signifie-t-il que votre tourmenteur a cessé de vous menacer ?
-Si, ils nous menacent, ils me cherchent.
-Mais il n’y a pas eu de nouvelle agression !
-Que voulez qu’il fasse de pire ? »
Le juge rend sa décision quelques jours après : le statut de réfugié est accordé à Borua.
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