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De nombreux avocats sont présents sur Instagram et investissent plus ou moins de temps et d’argent pour communiquer sur l’activité de leur cabinet, informer les justiciables sur leurs droits, et souvent essayer de gagner des clients… Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

Instagram est le deuxième réseau social le plus utilisé en France. Parmi ses nombreux utilisateurs, des avocats qui communiquent, vulgarisent l’actualité juridique, informent les justiciables sur leurs droit… avec en fond, l’idée de se rendre identifiable et de développer leur clientèle.
Ce qu’ils tentent de faire tout en veillant à rester dans les clous déontologiquement : dans la profession, la publicité personnelle est autorisée, mais elle doit notamment délivrer une information au public, respecter le secret professionnel, la dignité et l’honneur de la profession et ne pas intégrer de comparaison avec d’autres confrères.
Les jeunes, ceux qui exercent en individuel, les Parisiens qui sont particulièrement exposés à la concurrence et à la précarité, voient souvent dans le réseau social un outil pratique pour se démarquer. « Aujourd’hui, à Paris, on est tellement nombreux ! » affirme Margot Faure.
Après deux ans et demi de collaboration, cette avocate au barreau de Paris s’est installée à son compte, début janvier 2026. C’est à ce moment qu’elle s’est lancée sur le réseau, « d’abord dans l’objectif de promouvoir l’accès aux droits puis de développer la clientèle par la suite » explique-t-elle. Objectif : « Augmenter sa visibilité, et susciter la confiance d’un futur client qui se rappelle avoir vu votre visage sur les réseaux. »
Se distinguer, mais à quelles conditions ? Pour « bien marcher » sur le réseau, il faut publier régulièrement, dans la durée, et avec le bon ton, souligne Charlie Capera, qui a fondé l’agence Médiavocats il y a trois ans. « On est vraiment dans l’ère du personal branding, de l’incarnation. Et ça, ça demande plus d’efforts que des carousels ou une communication un peu basique ».
« Il faut garder l’attention de personnes qui n’ont initialement pas cherché à tomber sur cette vidéo. Il faut lâcher son vocabulaire trop complexe, trop juridique », conseille également le spécialiste. Son entreprise propose de produire des vidéos pour les avocats qui voudraient se lancer sur les réseaux sociaux : comptez 3 600 euros pour 10 vidéos par mois pendant trois mois.
Un budget qui peut rebuter. Alors, souvent, les avocats mettent la main à la pâte, avec, à la clef, des retombées variables. Spécialiste du droit public, Rémy Dandan réalise ses contenus lui-même et apparaît souvent face caméra. L’avocat lyonnais, qui affiche aujourd’hui plus de 65 000 followers, passe entre 10 et 20 heures par semaine à rédiger des publications d’actualité juridique, ou, parfois, des posts sur son cabinet. Il dit attirer une quinzaine de clients par mois grâce au réseau social.
Ces chiffres sont cependant loin d’être représentatifs. « Des prospects, il y en a beaucoup. Mais il y en a aussi un certain nombre qui s’imaginent que parce qu’on fait des publications pédagogiques, on va également répondre à leurs questions gratuitement », souligne Margot Faure.
Sur le compte de l’avocate, il y a pour l’instant six publications aux couleurs pastel : sur l’effacement du bulletin n°2 du casier judiciaire, sur l’ordonnance de protection, sur les droits en garde à vue… L’avocate a fait appel à une professionnelle pour définir sa charte graphique. C’est toutefois bien elle qui s’occupe de penser, mettre en forme et publier son contenu. « Ça me tenait à cœur d’avoir la main dessus et de ne pas avoir besoin de faire sans cesse appel à quelqu’un en permanence. Car sinon, ça devient un coût fixe », explique-t-elle.
D’autant que le résultat est, pour l’heure, mitigé. Si Instagram est un bon levier pour se faire connaître, ce biais débouche trop peu souvent sur des rendez-vous pour qu’il s’agisse d’« un moyen très efficace » de développer sa clientèle, nuance-t-elle. Sur ce point, son confrère parisien Quentin Claro partage le même constat : « Je ne pense pas forcément que le jeu en vaille la chandelle », estime-t-il. L’avocat compte pourtant 300 000 abonnés sur différentes plateformes. « Mais parmi ces personnes, il y en a 10 qui auront réellement affaire à la justice pénale, j’en suis conscient », admet-il.
Ce qui, selon lui, ne compense pas le temps et l’argent investis dans le tournage des vidéos qu’il poste plusieurs fois par semaine. « J’ai une personne qui m’aide à m’occuper de mes réseaux sociaux. Je pense que c’est intéressant pour venir alimenter une structure, mais pour un avocat indépendant, ça peut vite devenir un gouffre. »
Mais qu’à cela ne tienne : Quentin Claro explique chercher avant tout de la légitimité. Elise Fabing, avocate chez Alkemist, abonde:« [Être sur Instagram], ça me donne de la force dans mes dossiers et mes prises de position, et ça me permet de faire un peu de lobbying juridique sur des projets de loi. »« Instagram est un outil de sensibilisation ou de militantisme », ajoute l’avocate aux presque 30 000 followers qui indique « féministe » dans sa bio.
La recherche de clientèle est donc loin de constituer l’unique moteur des avocats qui se lancent sur le réseau. « Le bénéfice majeur que je tire des réseaux sociaux, c’est mon équipe au cabinet », explique Rémy Dandan, également à la tête d’une agence de communication dédiée à la profession. Avant de travailler avec lui, l’intégralité de son équipe l’a découvert sur les réseaux. Et est du coup « exactement alignée » sur les valeurs de l’avocat.
De son côté, Joris Schmit, du barreau de Blois, a par exemple choisi de raconter le quotidien de la profession de façon humoristique. Peu après le départ à la retraite de son associée, il se retrouve seul, avec « une charge de travail qui a presque doublé ». Au sein de son « petit barreau », il est « géographiquement éloigné », à 30 kilomètres de Blois. Il crée son compte en septembre 2025, pour « casser une certaine solitude » et s’octroyer des « petits moments de pause, de légèreté ». Six mois après, il le revendique : mission réussie !
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