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Juristes et avocats s’emparent de plus en plus des outils d’intelligence artificielle dans leur pratique du droit. Mi-février, la première édition de « Jinov », salon spécialisé, a réaffirmé l’importance de replacer l’humain au centre de l’accompagnement, et de garder ces outils pour les tâches les plus « rébarbatives ».

Sans surprise, l’intelligence artificielle a servi de fil rouge pour la toute première édition de JINOV, jeudi 12 février, durant laquelle experts et professionnels se sont interrogés : évolution ou révolution pour la pratique du droit ?
Paul Warnier, responsable des affaires publiques de l’éditeur de solutions IA Doctrine, y voit une révolution côté édition, et évoque un changement de paradigme entre 2016 – début de Doctrine –, et l’arrivée en 2022 de l’IA générative, avec Chat GPT notamment. En face, François Girault, avocat et président de la commission prospective innovation au sein du Conseil national des barreaux (CNB) : pour lui, l’IA est à considérer comme une évolution.
« Les outils d’IA ont progressivement été appréhendés ces deux dernières années par les avocats », qui utiliseraient autant les outils généralistes que spécialisés dans le juridique.
Wafa Ayed, responsable juridique au sein de l’association française des juristes d’entreprises (AFJE), s’est montrée plus nuancée : « C’est une révolution sur le plan technologique, mais dans la pratique que j’observe pour les juristes, c’est plutôt une évolution. »
En guise d’illustration, la responsable juridique a évoqué quelques chiffres issus d’une étude menée de concert avec l’éditeur juridique Lamy Liaisons. Résultats : en 2025, 74 % des juristes et avocats auraient régulièrement recours à l’IA, (respectivement 81 % et 65 % dans le détail), contre 53 % en 2024. « On voit que l’IA s’ancre progressivement dans leur usage professionnel », a-t-elle commenté.
« Avant, l’IA était principalement utilisée pour la recherche juridique. En 2025, les juristes, avocats et magistrats recherchent le droit, analysent et rédigent des documents », a rebondi Paul Warnier. Et d’illustrer : de plus en plus de tribunaux, d’avocats et de directions juridiques privées demandent à être équipés d’outils IA.
Il est néanmoins observé une distorsion entre petites et grandes structures, avec 86 % de gros cabinets comportant plus de 100 avocats qui utilisent l’IA, contre 50 % pour les autres, a pointé François Girault. Une situation qui s’explique par le coût impliqué pour les plus petites structures qui ne peuvent l’assumer.
Evolution aussi du côté de la confiance « croissante » accordée aux outils d’IA, avec un taux d’usage hebdomadaire en hausse. Selon l’étude susmentionnée, sur un échantillon de 100 avocats et juristes, 65 % et 81 % d’entre eux affirment utiliser l’IA au moins une fois par semaine – des chiffres là encore en progression.
Globalement, « la confiance entre les différentes IA augmente, a souligné Wafa Ayed, exception faite des IA américaines ». La question de la souveraineté s’avère d’ailleurs un enjeu « important » et « essentiel » pour le CNB, a insisté François Girault.
À lire aussi : « Est-ce que je suis encore ce que je produis ? » : au congrès des professions libérales, les avocats face au vertige de l’IA
Les interlocuteurs se rejoignent sur un point : « garder la main mise sur un système ». « Il y a énormément d’outils anglo-saxons ou chinois, mais quid de la position de l’Europe ? En France, on a un droit continental avec un historique et un héritage à conserver. Si demain, l’ensemble des solutions sont développées sur du droit anglosaxon, on va tourner avec des algorithmes et une logique conformes à ce droit qui va infuser le nôtre et porter atteinte au droit continental », a ainsi développé l’avocat.
L’évolution ne va pas s’arrêter là ; l’IA agentique se développe et doit désormais être appréhendée par le secteur. « Si on le fait déjà un peu de manière silotée, en tant qu’éditeur, c’est la prochaine chose qu’il faut viser », a concédé Paul Warnier.
Cette « nouveauté », qui permet l’automatisation des chaînes de travail et déleste les avocats et juristes de toutes les étapes chronophages, va également continuer de modifier la manière de travailler des avocats et juristes, a souligné Wafa Ayed. « Le tout, c’est de comprendre comment elle fonctionne, d’apprendre à interagir avec la machine, le prompting, etc. »
Des compétences indispensables, selon la responsable juridique. qui s’est également voulue rassurante (malgré les craintes persistantes évoquées lors du Congrès des professions libérales début février) : « L’IA ne va pas nous remplacer, c’est une certitude. »
Pour Paul Warnier, il faut y voir « une évolution complémentaire qui va changer nos modes de fonctionnement », et des façons de travailler davantage en équipe, plus proche de celles des consultants et ingénieurs.
Toutefois, a insisté François Girault, « que ce soit en entreprise ou en cabinet, il est primordial en tant qu’humain de se repositionner ».
Pour l’avocat, les nouveaux outils IA sont des alliés qui vont permettre de faire gagner du temps sur les tâches répétitives et ainsi laisser plus de temps pour se recentrer sur le client. « Le ressenti humain et les compétences d’accompagnement feront la différence pour avoir une vraie expertise et une stratégie adaptée au client », a-t-il avancé.
La présence de legal ops s’avère également une force pour la relation client, de l’avis de l’avocat : si l’IA peut tourner en rond sur des datas qui s’autoalimentent et donc « sans plus d’originalité », l’avocat, le juriste lui, peut innover, tester et ainsi nourrir l’IA.
« L’idée avec l’IA est avant tout de décharger les juristes et les avocats des tâches les plus rébarbatives. »
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