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Vendredi 13 février 2026, le congrès organisé par l’Union nationale des professions libérales a mis l’intelligence artificielle au centre des échanges. L’IA suscite, parmi les professionnels du droit présents ce jour-là, de la prudence : conscients des transformations que son déploiement entraîne dans les pratiques, les cabinets pourraient aussi y trouver de quoi se démarquer dans leurs stratégies.

« Où allons-nous ? » La question a servi de boussole, vendredi 13 février 2026, au congrès des professions libérales : « Le fil rouge de notre journée de réflexion », a ainsi résumé le président de l’UNAPL, l’avocat Denis Raynal, devant de nombreux professionnels réunis au Palais d’Iéna.
Cette édition était consacrée à l’avenir immédiat des professions libérales, un secteur qui représente « un tiers des entreprises françaises », a très vite rappelé l’hôte de l’événement.

C’est désormais un sujet incontournable, et il agite aussi les métiers libéraux : l’intégration de l’intelligence artificielle dans le quotidien des professionnels. Plusieurs intervenants, dont ceux qui pratiquent le droit, ont témoigné d’effets déjà tangibles, comme Juliette Halbout, avocate au barreau de Paris spécialisée en droit social. Observant une diminution du nombre de stagiaires dans certains cabinets, elle a souligné que les conséquences de l’IA sont perceptibles dans le secteur juridique. « Une majorité d’avocats pensent que cela va freiner les recrutements des jeunes », a-t-elle indiqué.
L’IA générative et spécialisée permet en effet « d’effectuer des tâches répétitives à moindre valeur ajoutée » et d’optimiser les coûts. « C’est inquiétant si on reste à ce stade-là », a-t-elle posé pragmatiquement.
L’avocate a toutefois nuancé ce constat : l’attractivité de la profession demeure forte chez les jeunes étudiants, a-t-elle précisé : « Ils sont près de 2 000 à l’École du barreau (à Paris, ndlr), ce qui est un record à ma connaissance. Il y a encore un engouement pour notre profession et c’est tant mieux. » Dans tous les cas, selon Juliette Halbout, avec ce changement de paradigme, les profils recherchés par les cabinets vont évoluer vers des « compétences plus stratégiques, plus transversales ».
Et de préciser que, là où les jeunes avocats consacraient autrefois plusieurs années à des recherches ou à des tâches à faible valeur ajoutée, ils pourraient désormais être associés plus rapidement à des missions stratégiques, au contact des clients, mobilisant également des compétences dites plus « relationnelles et émotionnelles ».
Pour Audrey Chemouli, avocate en droit des affaires et vice-présidente déléguée au droit de l’UNAPL, l’enjeu dépasse la seule question des recrutements. Ce qui l’inquiète davantage, c’est la propre légitimité des professionnels concernés. « La question de demain, c’est : est-ce que l’intelligence artificielle ne va pas faire le travail de production à ma place ? Et là, il y a le gouffre qui s’ouvre devant moi : à quoi je sers ? Est-ce que je continue à me définir par ce que je produis ? » D’après elle, tout dépendra aussi de ce qu’un professionnel accepte – ou non – de déléguer à l’IA.
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Certaines dimensions, a-t-elle soutenu, restent difficilement transférables : « Tout ce qui relève de l’émotion, de la négociation, de la confiance, de la réassurance. » Des éléments qui constituent précisément « l’essence même de nos métiers : l’accompagnement ». L’intelligence artificielle pourrait ainsi transformer en profondeur l’organisation interne des cabinets et le partage de la valeur. « Il faut se rapprocher de ce que l’on est, sans se définir uniquement par ce que l’on fait », a-t-elle plaidé, évoquant également la nécessité de repenser les relations inter-entreprises.
Autre point que l’avocate a jugé insuffisamment abordé : le devenir des collectifs d’associés. « Ces personnes qui ont décidé ensemble de créer une entreprise et de produire de la valeur avec leurs collaborateurs : qu’est-ce que l’intégration de l’IA va changer pour eux ? Et qu’est-ce que l’on va protéger ? »
Ainsi, demain, les cabinets devront-ils protéger leurs « prompts » ? Ces instructions écrites, formulées pour guider une intelligence artificielle générative afin d’obtenir un résultat précis, pourraient devenir des actifs stratégiques. « Est-ce que cet actif va prendre une place hyper importante dans la valorisation de nos cabinets ? » a-t-elle questionné. « Ira-t-on jusqu’à intégrer, dans les pactes d’associés, des clauses destinées à protéger ces prompts, considérés comme le cœur du fonctionnement du cabinet ? »
Reste enfin la question de l’équilibre du marché. L’IA favorisera-t-elle les grandes structures, seules capables d’investir massivement dans ces nouvelles organisations ? Ou, au contraire, offrira-t-elle aux cabinets plus modestes une opportunité de se démarquer grâce à « leur agilité et à des compétences différenciées » ?
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