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AVEC AFP. « Pas là juste pour les paillettes » mais pour répondre à l’« isolement » : militants, élus et employés municipaux ont inauguré cette semaine, au point d’accès au droit d’Evry-Courcouronnes, la première permanence du Centre LGBTQI+ de Paris et d’Île-de-France hors de la capitale.

Un lieu plutôt inédit pour l’Essonne, qui manque de ressources pour les usagers concernés.
Le 5 mars dernier, militants, élus et employés municipaux ont inauguré la première permanence du Centre LGBTQI+ de Paris et d’Île-de-France hors de la capitale au point d’accès au droit d’Evry-Courcouronnes.
« Paris, il y a des gens pour qui c’est loin, donc c’est important d’être présent au plus près », résume auprès de l’AFP Clément Messence, le directeur de l’association, pour qui « cela passe notamment par animer des permanences dans des villes de banlieue » parisienne.
Désormais, chaque premier jeudi du mois, les habitants d’Evry et des communes environnantes pourront se rendre au point d’accès au droit, dans la mairie de la ville, où les attendront deux salariés du centre.
Outre un espace de convivialité avec des boissons chaudes, un coin plus intime a été créé avec des paravents, où deux poufs orange sous un drapeau LGBT+ permettent aux usagers de s’entretenir confortablement avec les permanenciers.
Dans le département, deux des problèmes majeurs sont « l’isolement social » et l’accès aux soins, identifie Tetuàki, président de l’association locale Fiert’Essonne (dont les militants préfèrent rester anonymes), partenaire de cette permanence.
« Lorsque vous êtes LGBT sur le territoire, vous n’avez strictement rien, énumère Tetuàki. Pas d’éducation particulière, pas de plans de santé et pour tout ce qui a rapport avec l’homosexualité, le sida ou une transition hormonale, la réponse a toujours été la même : il faut aller à Paris. »
« J’ai été voir cinq médecins avant de devoir en prendre un sur Paris », déplore Isabelle, trentenaire trans membre de Fiert’Essonne. Or trouver des médecins formés sur la transidentité passe souvent par le bouche-à-oreille, moins efficace hors de Paris, pointent les bénévoles de l’association.
Lui-même bénévole pendant plusieurs années au Centre LGBTQI+ de Paris, à une heure et demie de RER de là, Pierre-Alexandre, le secrétaire de Fiert’Essonne, dit toute l’importance « des solutions locales ». « On n’est pas juste là pour les paillettes », souligne-t-il.
Le partenariat entre le centre et la mairie a été conclu fin 2025. Et ce pour répondre à deux envies, explique Khedidja Guesraoui, chargée de mission de la ville qui a porté ce projet : celle d’Evry-Courcouronnes d’offrir à ses administrés « un lieu de vie, d’accueil, d’orientation et d’information pour les personnes concernées », dit-elle. Et celle du Centre LGBTQI+ de Paris et d’Île-de-France de « vraiment incarner son nom », sourit Hélène Germain, salariée du centre venue assurer la première permanence.
Alors que les associations LGBT+ françaises dénoncent un contexte « délétère » marqué par la multiplication des discours discriminants, « être soutenu par la mairie a un impact fort », estime pour sa part Daevy Techec, 25 ans, qui assurera la permanence aux côtés de Mme Germain.
La « régression (sur les droits LGBT+) est possible, y compris dans notre pays, et je pense qu’il faut qu’on en soit collectivement conscient », a d’ailleurs déclaré le maire sans étiquette Stéphane Beaudet lors de l’inauguration.

La permanence « vise aussi à faciliter l’accès à l’information, aux droits et au ressources du territoire », précise l’édile. « Ainsi, le public pourra être aiguillé vers les services et acteurs compétents (CCAS, professionnels du Point Justice ou encore professionnels de santé) qui ont été formés par l’association OUTrans aux enjeux d’identité de genre, de transidentité et d’orientation sexuelle. »
Reste le besoin de communiquer davantage sur cette permanence selon les militants locaux, qui estiment que la mairie a pu craindre des critiques ou des « débordements ».
Il a fallu « du temps aussi pour sensibiliser », explique Virginie Villemin, déléguée notamment à la lutte contre les discriminations, évoquant des « différences culturelles et cultuelles » locales vis-à-vis des questions LGBT+. Une inquiétude « complètement déplacée » cependant, estime Tetuàki, originaire d’un quartier populaire d’Evry.
Militants et mairie s’accordent à dire que les campagnes d’affichage pour les droits LGBT+ n’ont en tout cas pas fait l’objet de vandalisme particulier.
Pour Amandin, la première à venir en ce jeudi matin, la permanence est en tout cas une « très bonne idée ». Elle a d’ores et déjà le projet de « mettre en lien » la permanence et l’université d’Evry, où elle étudie.
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