Jugé pour harcèlement et agressions sexuelles, Jean-Vincent Placé présente ses excuses sans reconnaître les faits

AVEC AFP. Attouchements, remarques sexistes, humiliations : deux ans de prison avec sursis ont été requis vendredi à Paris contre l’ancien secrétaire d’Etat Jean-Vincent Placé, qui a nié avoir harcelé et agressé sexuellement son ancienne collaboratrice, tout en lui présentant ses «  excuses sincères  ».


samedi 31 octobre à 11:503 min

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Jean-Vincent Placé s’adresse aux journalistes en quittant, le 11 juillet 2018, la salle d’audience du tribunal de Paris à l’issue de son procès devant le tribunal correctionnel pour agression et propos racistes, après une soirée fortement alcoolisée à Paris en avril 2018. Le procès, au tribunal judiciaire de Paris, de l’ancien secrétaire d’État écologiste Jean-Vincent Place pour des agressions sexuelles présumées s’est tenu à Paris le 29 octobre 2026. Photo par JACQUES DEMARTHON / AFP

Également jugé pour l’agression d’une seconde femme, dont il dit ne pas se souvenir, l’ancien sénateur écologiste de l’Essonne a reconnu des « excès » lors de ses derniers mots à la barre, « dix ans après les faits », et juré qu’il avait « beaucoup changé ».

« Mettre une main sur la cuisse ou les fesses » n’était « pas plus admissible » à l’époque des faits qu’aujourd’hui, avait auparavant souligné le ministère public, dénonçant le comportement de « propriétaire » de l’ancien numéro 2 des Verts envers son employée de l’époque.

Jeudi, son ancienne collaboratrice a dénoncé avec précision l’atmosphère de « sexualisation » permanente du cadre de travail entretenue par l’ancien secrétaire d’Etat.

La jeune femme décrit « l’admiration politique et intellectuelle » qui l’anime au départ pour son ancien patron, alors « extrêmement puissant au sein des Verts ».

Mais sa voix soudain se casse. Le 14 juillet 2016, au Palais Farnèse à Rome, elle est tirée du lit par son supérieur en pleine nuit, qui lui « ordonne » de danser un slow avec un sénateur français sur cette musique qu’elle ne plus entendre, le morceau-phare du film La Boum.

« J’arrive dans ce milieu avec des convictions, au service d’un projet politique » avec « des compétences aussi » et « j’en suis réduite » à être « agrippée par cet homme qui me dégoûte et qui pourrait être mon père », détaille-t-elle.

« Je me suis sentie sale », explique la jeune femme, qui « encaisse » pendant des mois, avant de se mettre en arrêt maladie en décembre 2016 et de démissionner le mois suivant.

« Evolution de la société »

Ses qualités professionnelles, Jean-Vincent Placé ne les nie pas à la barre, au contraire. « Efficace, intelligente, honnête et loyale », mais aussi « très protectrice et maternante » avec lui, il décrit une relation fusionnelle à 1 000 lieues du témoignage de son ancienne employée.

« Évidemment j’ai autorité sur Madame », répond-t-il au président, mais c’était un « poste d’alter ego », veut-il croire, décrivant une femme « extrêmement fine politiquement » et « autoritaire ».

Sur une photo projetée d’eux jeudi à l’audience, tous sourires, la main de l’ancien secrétaire d’Etat l’enserre, dans un restaurant italien où il fête sa nomination au secrétariat d’Etat, en 2016, sous la présidence de François Hollande.

« C’est trop proche probablement », admet Jean-Vincent Placé qui « ne le referait pas » vu « l’évolution de la société ». D’ailleurs aujourd’hui, il ne « fait plus de bises » et « serre la main à tout le monde ». 

Il reconnaît être « lourd », « insistant », avec un comportement « inadéquat », mais certainement pas de l’avoir « agressée », ni de lui avoir touché les seins dans une voiture. « Ce n’était pas ma meilleure période », précise-t-il.

La seconde plaignante, absente du procès, lui reproche également une agression sexuelle en Corée du Sud à l’arrière d’une voiture où l’homme politique lui aurait touché les cuisses, l’entrejambe et la poitrine.

Jean-Vincent Placé n’en n’a aucun souvenir. Il buvait trop à l’époque et reconnaît à la barre une période « d’alcoolisme maladif » pour laquelle celui qui est devenu conseiller dans la transition écologique voit toujours un addictologue.

M. Placé a reconnu « des comportements de drague lourde », mais « le récit qui (a) été écrit n’est pas la réalité du dossier », a estimé l’une de ses avocates, Me Jade Dousselin, qui a plaidé la relaxe.  Le 1er mars 2021, M. Placé avait été condamné à une amende pour harcèlement sexuel sur une gendarme en 2016.

En 2018, il a aussi été condamné à trois ans de prison avec sursis pour violences, outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique et injure raciale. Dans les deux cas, il était en état d’ébriété.

La décision sera connue le 10 décembre.

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