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AVEC AFP. Soutenue par le Syndicat des avocats de France, Youssra Marzouq dénonce une banalisation des discours de haine et un usage détourné du principe de laïcité.

Une avocate a déposé deux plaintes avec constitution de partie civile devant le tribunal judiciaire de Paris, lundi 18 mai, après avoir été l’objet de publications sur X l’accusant « islamiser la France » alors qu’elle était apparue voilée lors d’une interview télévisée.
Avec ces plaintes, Youssra Marzouq a affirmé vouloir alerter « sur la banalisation des discours de haine » en France et sur le détournement de la « laïcité comme arme de restriction des femmes musulmanes ».
L’affaire intervient dans un contexte de débats récurrents autour du port du voile dans l’espace public et médiatique. En parallèle, plusieurs associations de lutte contre les discrimination ou encore la Commission nationale consultative des droits de l’homme alertent fréquemment sur la diffusion croissante de discours racistes et islamophobes sur les réseaux sociaux.
Le 4 novembre 2025, un reportage de TF1 avait montré l’avocate en droit des affaires, interviewée dans son cabinet au sujet des fonds de commerce des boulangeries, les cheveux couverts d’un foulard.
« L’islamisation de la France est en marche », avait alors publié sur X Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante anti-radicalisation islamiste ; figure médiatique depuis l’affaire Tariq Ramadan. « En tant qu’ancienne femme voilée, je suis mal à l’aise, devant ce symbole d’oppression des femmes qui se banalise », avait-elle affirmé.
« Je n’ai pas peur de ces femmes qui portent le voile, j’ai peur de l’idéologie qu’elles propagent en imposant leurs tenues islamiques un peu partout dans la société », avançait encore celle qui fait désormais l’objet de l’une des deux plaintes déposées lundi.
L’avocate Lara Fatimi avait ensuite republié son post, en reprochant à TF1 d’avoir interviewé, sur les « 32 000 avocats » du Barreau de Paris, une avocate portant un voile, y voyant un « glissement idéologique » auquel elle appelait à « résister sans trembler ». C’est elle qui est aujourd’hui visée par l’autre plainte, dont le détail n’a pas été dévoilé.
« Aucun texte n’interdit à une avocate portant le voile, ou tout autre signe distinctif, de participer, hors audience, à une intervention médiatique en qualité de professionnelle du droit », rappelle toutefois dans un communiqué la section parisienne du Syndicat des avocats de France (SAF), exprimant sa « pleine solidarité » à la plaignante.
« J’ai été sonnée » à la lecture de ces publications, a par ailleurs confié Youssra Marzouq lors d’une conférence de presse aux côtés de ses avocats, Jérome Karsenti, Kristel Lepeu, Slim Ben Achour et Emmanuel Daoud.
« Je suis présentée comme étant une menace publique, alors que ce que je fais, pendant cinq secondes de reportage, c’est parler de fonds de cession de boulangeries, ce qui relève de mes compétences d’avocate », a-t-elle pointé.
Dans un communiqué, ses avocats soulignent qu’ils entendent « faire constater et sanctionner des propos publics qui, sous couvert de débat, stigmatisent une avocate en raison de son appartenance réelle ou supposée à la religion musulmane ».
Sur X, Henda Ayari a, de son côté, fustigé des plaintes qui chercheraient à « la faire taire », tandis que son avocat, David-Olivier Kaminski, a estimé qu’elle avait, dans son post, « évoqué son expérience personnelle et sa propre opinion ».
Pour sa part, l’avocate Lara Fatimi a indiqué à l’AFP découvrir ces plaintes et ne pas être « en mesure d’apporter de commentaire utile à ce stade ».
Récemment, plusieurs condamnations ont été prononcées pour des propos similaires diffusés sur les réseaux sociaux ou tenus dans les médias, notamment dans les affaires Zemmour et Mila, mais aussi à l’égard d’un chroniqueur de CNews.
En France, l’injure publique à caractère discriminatoire est punie par la loi du 29 juillet 1881, qui prévoit jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.
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