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Auditionné à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie a averti sur l’impact économique du conflit, tout en mettant en avant les atouts énergétiques de la France face à ses voisins.

« Je ne suis là ni pour vous rassurer, ni pour vous inquiéter […] L’hypothèse d’une crise passagère, dont les conséquences économiques s’effaceraient avec la fin des bombardements, n’est désormais plus d’actualité. »
Auditionné à l’Assemblée nationale, à l’invitation du président de la commission des finances Éric Coquerel (LFI), ce mardi 24 mars, le ministre de l’Économie Roland Lescure a dressé un constat lucide des conséquences de la guerre au Moyen-Orient, à la suite de l’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. « Cette situation constitue un nouveau choc pétrolier », a-t-il averti.
Selon lui, « si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l’économie », avec déjà « une hausse de 60 % du prix du pétrole et de 70 % du prix du gaz depuis le début du conflit ». En cause, des perturbations majeures de l’approvisionnement mondial : « Avec la crise, ce sont 15 à 20 % du pétrole et 20 % du gaz naturel liquéfié qui n’arrivent plus sur les marchés. »
Et de prévenir : « nous faisons face à un choc énergétique d’ampleur […] 30 à 40 % des capacités de raffinage du Golfe sont affectées ». Un choc d’offre qui touche à la fois les volumes et les prix, avec à la clé « 11 millions de barils en moins par jour pour l’économie mondiale ».
Sans céder au catastrophisme, Roland Lescure a relativisé les effets de ce choc pétrolier, jugés « moins violents qu’il y a cinquante ans », soulignant que « l’économie mondiale dépend moins du pétrole ». « Pour produire un euro de PIB mondial, nous consommons aujourd’hui 2,4 fois moins de pétrole qu’en 1973 », a-t-il illustré, en mettant en avant les gains d’efficacité énergétique et le développement des énergies décarbonées.
Le ministre a également écarté le risque de pénurie en France, du moins « à court terme », rappelant que « seuls 20 % » de la consommation de pétrole brut dépend du Moyen-Orient. Et de souligner un niveau d’inflation relativement contenu, à 0,7 % en France contre 2 % en Allemagne, mettant en avant une moindre dépendance aux énergies fossiles que certains voisins européens.
« Le gaz représente 45 % du mix électrique en Italie et en Grèce, 17 % en Allemagne et 14 % en Espagne. C’est à peine 5 % en France », a-t-il détaillé, insistant sur la poursuite de « l’électrification des usages » pour renforcer la souveraineté énergétique. Le ministre a également rappelé les prévisions de Insee, qui anticipent un ralentissement de la croissance à 0,2 % au premier comme au deuxième trimestre de 2026.
Pour autant, 60 % de l’énergie consommée en France reste d’origine fossile – un tiers de gaz et deux tiers de pétrole -, ce qui se traduit déjà par une hausse des prix à la pompe. Depuis le 27 février, le gazole a augmenté de 45 centimes par litre et l’essence de 23 centimes, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et les coûts des entreprises.
« Jamais une crise énergétique n’a été une bonne nouvelle pour les finances de l’État », a reconnu le ministre, qui a toutefois estimé qu’il était « un peu tôt » pour envisager un projet de loi de finances rectificative, comme le réclame notamment Éric Coquerel. Le locataire de Bercy s’est engagé à donner régulièrement des informations sur « l’impact de la crise en temps réel sur les finances publiques », notamment à l’occasion du Comité d’alerte des finances publiques prévu le 21 avril.
Roland Lescure a enfin évoqué des mesures d’accompagnement « ciblées », encore en cours d’arbitrage, pour soutenir certains secteurs comme les transporteurs, l’agriculture ou la pêche, tout en fermant la porte à des dispositifs plus larges, qualifiés d’« aides passe-partout », à l’image d’un chèque énergie universel.
Interrogé sur un éventuel blocage des prix via une baisse des taxes sur les carburants – une mesure récemment mise en œuvre en Italie -, le ministre s’est montré sceptique, en raison du coût pour les finances publiques. Cela risquerait également d’alimenter l’inflation et d’accentuer les tensions sur l’approvisionnement.
Le gouvernement mise en revanche sur des leviers déjà activés : le recours aux stocks stratégiques d’hydrocarbures pour contenir les prix, l’appel à augmenter les capacités de raffinage, malgré des marges de manœuvre limitées, le suivi des marges des distributeurs, ainsi que des aides ciblées aux filières « les plus exposées », notamment dans la chimie.
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