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Avec la guerre russo-ukrainienne d’une part, et le recul du soutien militaire états-unien d’autre part, la question de l’armement prend de l’ampleur en Europe, matérialisée par des budgets militaires en hausse. Mais certaines entreprises peinent encore à voir l’effet concret de ces investissements.

« L’effort de défense, un poids ou une chance pour l’économie européenne ? » Telle est la question posée par la table ronde organisée au Conseil économique social et environnemental, dans le cadre de la 14e édition du Printemps de l’Économie, vendredi 20 mars.
Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, les pays européens ont revu à la hausse leurs budgets militaires. Y compris en France, où la défense échappe au gel budgétaire observé ces dernières années, souligne Dorothée Rouzet, cheffe économiste à la Direction générale du Trésor.
Le budget des armées pour 2026 est de 57 milliards d’euros, soit un peu plus de 2 % du PIB, en augmentation de 13 % par rapport à 2025. Objectif : atteindre 2,6 % du PIB en 2030, année de fin de la Loi de programmation militaire, votée en 2024.
Le relèvement des crédits publics pour la défense est commun en Europe, notamment en Allemagne. Ce mouvement s’inscrit dans une rupture plus profonde avec les choix budgétaires des décennies précédentes.
Il marque la fin d’une ère post-guerre froide où la défense faisait office de « variable d’ajustement » dans les choix budgétaires, avec des fermetures de casernes ou encore la fin du service militaire en France, relégué au second plan au profit d’autres priorités, notamment européennes.
Mais le contexte des relations avec les États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche pousse les États européens à accélérer la hausse de leurs budgets militaires.

« L’an dernier, au sommet de l’OTAN à La Haye, il a été décidé que les pays de l’alliance devaient dépenser non plus 2 % du PIB, comme c’était le cas standard appliqué depuis une vingtaine d’années, mais 3, 5 % du PIB. Voire 5 %, si on inclut d’autres dépenses pour la défense civile » rapporte Julien Malizard, titulaire de la Chaire Économie de défense de l’Institut des hautes études de défense nationale.
Un niveau qui correspond à celui atteint par la France durant la guerre froide. Julien Malizard précise toutefois qu’aucun pays européen, « excepté les pays baltes et la Pologne », ne l’a atteint à l’heure actuelle.
L’Europe est ainsi engagée dans un rattrapage rapide. Elle est « la région du monde où les dépenses militaires augmentent le plus vite » affirme Julien Malizard, citant le think tank suédois SIPRI, spécialisé dans les questions d’armement.
Toutefois, dans un contexte de déficit public élevé, comme c’est le cas en France, la question de réduire d’autres dépenses publiques se pose. « Cela relève de choix politiques, de courage politique » indique Dorothée Rouzet, qui estime par ailleurs qu’il faut dégager des marges en rationalisant les dépenses.
Au-delà des budgets, la question est désormais celle des retombées concrètes pour l’industrie. La réorientation publique, favorable au secteur de la défense, se traduit-elle concrètement dans les entreprises et l’emploi ?
Certaines firmes du secteur, spécialisées dans la fabrication de munitions, ont vu leurs carnets de commande fortement augmenter ces dernières années, portés par la demande publique, à l’étranger comme en France, deuxième exportateur mondial d’armement en 2024.
Pourtant, pour les PME et ETI, ces commandes supplémentaires ne sont pas encore systématiques. L’absence de retombées concrètes de la commande publique freine encore les embauches et l’accès au financement.
C’est le cas de Factem, PME normande de 70 salariés spécialisée dans la fabrication de micros, d’écouteurs, de combis radio et de casques pour les forces armées. « Le financement, jusqu’à 2025, c’était compliqué. Les organismes financiers avaient classé la défense dans les domaines à éviter. Depuis un an, la situation a évolué. Tout le monde est convaincu qu’il faut réinvestir dans la défense, car cela va être rentable sur plusieurs années », explique Alain Dulac, PDG de l’entreprise.
Malgré ce retard, le PDG ne s’inquiète pas pour l’emploi : dès que les carnets de commande se rempliront, des recrutements interviendront, même si un temps de formation devra être prévu, estime-t-il.
Pour le PDG de Factem, le « vrai problème » réside dans l’approvisionnement en matières premières, en particulier les terres rares et les aimants venus de Chine. « L’essentiel aujourd’hui, c’est d’être autonome à l’échelle européenne pour disposer de ces ressources », insiste-t-il. Une dépendance qui relance, selon lui, la question de la réindustrialisation en France et en Europe.
Cela suppose une coopération renforcée entre pays européens pour produire et s’équiper entre eux. Un moyen de limiter la dépendance aux États-Unis, alors que certains pays, comme le Danemark, continuent d’y acheter leur matériel militaire.
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