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Réunis à Paris avant le sommet du G7 d’Évian, les ministres des Finances des grandes puissances ont cherché à prévenir une nouvelle secousse mondiale. Roland Lescure a notamment appelé à préserver les routes maritimes stratégiques face au risque d’un choc énergétique et alimentaire.

« Je veux être clair : le détroit d’Ormuz doit être ouvert, et ce gratuitement. » C’est avec gravité que le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, s’est exprimé mardi 19 mai 2026 lors d’une conférence de presse organisée à Bercy, en amont de la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs de banques centrales du G7, en prévision du sommet d’Évian.
Le ton se voulait à la hauteur des enjeux économiques mondiaux. Entre les conséquences persistantes de la guerre en Ukraine, la hausse du prix des engrais et surtout la fermeture du détroit d’Ormuz liée aux tensions entre les États-Unis et l’Iran, l’exécutif redoute une nouvelle flambée des prix de l’énergie susceptible de menacer la croissance et la stabilité des prix.
« Plus on attend, plus cela va être compliqué pour nos économies », a prévenu le ministre, rappelant que la France a déjà mobilisé ses réserves stratégiques en mars et fait le choix de ne pas instaurer d’interdictions d’exportation, privilégiant « des mesures ciblées et temporaires » pour soutenir entreprises et ménages les plus vulnérables.
« Nous pensons tous que la guerre doit se terminer au plus vite, et que l’Iran ne se dote pas de la bombe atomique. Mais cela ne doit pas se faire au prix d’un péage dans le détroit », a relativisé Roland Lescure, insistant sur le fait que le libre passage des navires dans le détroit d’Ormuz permettrait aussi d’éviter une crise alimentaire liée à la pénurie d’engrais.
« Si on ne fait rien, ce sont 50 millions de personnes qui risquent de se trouver en situation d’insuffisance alimentaire », a-t-il alerté, avant d’annoncer la présentation d’un plan d’action à Évian le mois prochain. « Il faut agir le plus rapidement possible », a-t-il également insisté.
Concernant le prix du kérosène, un enjeu clé pour le trafic aérien à l’approche de la saison touristique, l’ancien président de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale s’est dit « confiant » sur le fait que les avions pourront voler cet été en France.
Une perspective rendue possible par l’augmentation des capacités nationales de raffinage et la diversification des approvisionnements, notamment en provenance des États-Unis, qui ont accru leur production de kérosène.
Le ministre a par ailleurs soutenu « la volonté » des pays du G7 de « maintenir la pression sur la Russie » afin d’éviter qu’elle ne tire profit des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Cette déclaration intervient alors que les États-Unis ont annoncé la prolongation temporaire de la suspension des sanctions sur le pétrole russe stocké en mer afin de modérer la flambée des prix du brut provoquée par la guerre au Moyen-Orient.
Les ministres du G7, rejoints par leurs homologues indien, brésilien, sud-coréen et kényan, ont par par ailleurs évoqué les déséquilibres économiques mondiaux : la Chine, dont les exportations représentent 20 % du total mondial, « exporte trop », les États-Unis « consomment trop » et l’Europe « n’investit pas assez ».
« Tout le monde a sa part de responsabilité dans ces déséquilibres, et pas seulement la Chine », explique-t-on à Bercy, tandis que les États-Unis et l’Europe restent toujours en désaccord sur l’utilité des droits de douane pour corriger ces écarts.
Roland Lescure a toutefois évoqué «des discussions franches, parfois difficiles, directes pour trouver des solutions de long terme et de court terme aux gros enjeux économiques mondiaux afin de garantir la stabilité économique », et ajouté que « même avec les États-Unis, qui le reconnaissent, parler peut aider ».
« Un nouveau choc pétrolier » : Roland Lescure alerte sur les répercussions de la guerre au Moyen-Orient
Les ministres et banquiers centraux ont ainsi réaffirmé « leur engagement envers une coopération multilatérale » face aux risques pesant sur l’économie mondiale, soulignant la volonté de « promouvoir la résilience, le développement et la croissance économique afin de garantir une prospérité partagée ».
« Cette réunion a été particulièrement importante […] Nous connaissons nos responsabilités, il s’agit d’un moment critique. Il y a de grands déséquilibres économiques, de grandes dépendances. Et c’est pourquoi le multilatéralisme n’est pas une option. Il s’agit de notre outil le plus puissant, puisque la loi du plus fort, cela ne fonctionne pas », a conclu le ministre.
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