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Les commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat ne se sont pas opposées ce mercredi à l’arrivée à la tête de la Banque de France de l’ancien secrétaire général de l’Elysée, Emmanuel Moulin, choix d’Emmanuel Macron pour occuper ce poste. Ce proche du président prendra ses fonctions en juin prochain dans un contexte marqué par l’inflation rampante et la dette française.

Voilà un gouverneur de la Banque de France plutôt mal « élu ». Emmanuel Moulin, haut fonctionnaire et rouage-clé de la Macronie, va devenir gouverneur de la Banque de France. Malgré des accusations de « recasage », ce haut fonctionnaire a réussi mercredi à franchir – sans plébiscite franc – l’obstacle de la validation parlementaire, et va donc succéder à François Villeroy de Galhau qui était à la tête de l’institution monétaire depuis 2015.
Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, l’article 13 de la Constitution prévoit qu’en raison « de leur importance pour la vie économique et sociale de la Nation », pour certaines fonctions, dont celle de gouverneur de la Banque de France depuis la loi organique du 23 juillet 2010, le pouvoir de nomination du président de la République s’exerce après avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée.
A l’issue des votes au Sénat et au Palais Bourbon ce mercredi, une majorité des parlementaires des deux chambres s’est prononcée contre la nomination de ce proche du chef de l’Etat. 58 voix contre et 52 pour. Mais en vertu des règles, il aurait fallu que les trois cinquièmes des suffrages exprimés soient défavorables, pour entraver la nomination d’Emmanuel Moulin.
Le président de la République connaît bien celui qu’il a choisi, puisque l’ex-directeur général du Trésor a été au cours de la dernière année son bras droit en tant que secrétaire général de l’Elysée. A 57 ans, l’inspecteur général des finances, également diplômé de Sciences Po et de l’Essec, voit la Banque de France comme le couronnement d’une carrière entamée à la Banque mondiale.
Emmanuel Moulin commence dès 2007 à travailler dans les cercles de l’exécutif, sous la droite, un passé qu’il a mis en avant ces derniers jours pour relativiser l’étiquette macroniste et gagner la confiance des élus Les Républicains.
Après un passage dans le privé – Eurotunnel puis Mediobanca – pendant le quinquennat de François Hollande, il revient dans la machinerie de l’Etat avec l’élection d’Emmanuel Macron. D’abord au ministère des Finances comme directeur de cabinet de l’ex-LR Bruno Le Maire, puis comme directeur du Trésor fin 2020. Enfin, comme directeur de cabinet de l’ex-Premier ministre Gabriel Attal en 2024.
Une « longue expérience en matière de politique économique » qu’Emmanuel Moulin a fait valoir lors de son grand oral de candidature, se présentant comme un gestionnaire de crises aguerri : « Depuis celle financière de 2008 jusqu’à la crise inflationniste de 2022, en passant par la crise de la zone euro ou encore la pandémie de Covid-19. »
« J’étais en première ligne lors de la crise financière de 2008 aux côtés de Christine Lagarde pour concevoir et mettre en œuvre le plan de sauvetage des banques françaises (…). J’ai également beaucoup œuvré auprès du président Sarkozy lors de la crise de la zone euro pour éviter son éclatement et négocier le mécanisme européen de stabilité », a-t-il mis en avant au Sénat.
Le haut fonctionnaire a également répondu aux critiques sur son profil politique et sa proximité avec la Macronie. Le président de la République est en effet accusé par plusieurs forces politiques de verrouiller des institutions avant son départ de l’Elysée, avec la nomination récente de proches à des postes clés : Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, Amélie de Montchalin à la Cour des comptes. Sans oublier Marc Guillaume au Conseil d’Etat.
C’est « un cadenassage des institutions », a dénoncé le président (LFI) de la commission des Finances de l’Assemblée, Eric Coquerel, le jour du vote. Le sénateur communiste, Pascal Savoldelli, a lui fustigé une « forme de pantouflage déguisé », estimant que le haut fonctionnaire ne présentait pas les garanties d’indépendance politique indispensables à la fonction de banquier central.
« Vous allez quand même cogérer les taux d’intérêt, peser sur le rachat des dettes souveraines, vous occuper de la dette publique. Vous comprendrez que ces éléments politiques justifient un vote défavorable ».
« Je suis un homme libre, un homme du service public qui sert l’Etat depuis 30 ans et qui s’engage à exercer ses fonctions en toute indépendance, en toute impartialité, tant à l’égard du pouvoir exécutif que des intérêts privés », a pour sa part assuré Emmanuel Moulin.
« Jamais je n’ai abdiqué ni mes convictions ni ma liberté de penser ni mon indépendance. J’ai exercé mes fonctions sous différents gouvernements avec pour constante boussole l’intérêt général », s’est-il défendu, avant de présenter son programme pour la Banque de France.
Parmi ses priorités, la stratégie monétaire, « dans un contexte marqué par une résurgence de l’inflation, une croissance faible et une hausse des taux d’intérêt à long terme liés à la guerre du Proche-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz ».
Il y a aussi le projet d’euro numérique qui doit être approuvé en juin au Parlement européen. « J’y suis favorable et j’estime que la Banque de France doit porter ce projet (…), essentiel pour la souveraineté monétaire européenne alors que se développent de nouvelles formes de monnaies privées numériques », a insisté Emmanuel Moulin lors de son audition au Sénat.
« Avec le retour de l’inflation énergétique, la Banque centrale européenne devrait-elle remonter les taux directeurs d’ici à la fin de l’année ? Le cas échéant, dans quelle proportion ? », a questionné Jean-François Husson, rapporteur de la commission des finances du Sénat pour cette nomination.
« Je ne peux pas me prononcer sur ce que fera la BCE au mois de juin, ni même la position que j’aurai, puisqu’elle sera dépendante des données, a éludé Emmanuel Moulin. Notamment celles de l’inflation sous-jacente. La hausse des prix hydrocarbures se transmet-elle aux prix de production ? Je pense que si le choc est persistant et de grande ampleur, il faudra clairement réagir », a-t-il indiqué.
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