Shiloh, décédée d’un cancer à 13 ans, a-t-elle été victime d’une pollution des sols de son école ? La justice saisie pour « chercher les responsabilités »

Quatre ans après le décès de leur fille Shiloh Diakité, décédée il y a quatre ans d’un cancer du sein très rare, les parents de l’élève ont déposé une plainte contre X et appellent à l’ouverture d’une enquête pénale. Deux autres enfants scolarisés dans cet établissement de Franconville auraient également été victimes de cancers. L’ARS a, de son côté, lancé une enquête sanitaire.


vendredi 10 juillet à 15:593 min

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« En France, on ne peut pas mourir dans ces conditions sans que la justice enquête. » Le 7 juillet, lors d’une conférence de presse donnée avec l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint et les parents de Shiloh Diakité, François de Cambiaire, l’avocat de ces derniers, a réclamé « la vérité » et dit vouloir éclaircir les conditions dans lesquelles est décédée l’adolescente. L’école de la Gare René-Watrelot, à Franconville, fait aujourd’hui l’objet d’une enquête sanitaire menée par l’ARS après trois cas de cancers pédiatriques avérés d’élèves qui y étaient scolarisés.

Construite à proximité d’un ancien site industriel (une activité de chaudronnerie, de traitement de surface et d’entretien de camions transportant du fioul domestique), l’école a déjà fait l’objet de plusieurs rapports, dont un diagnostic réalisé en 2013 et selon lequel « plusieurs substances cancérogènes [auraient] été retrouvées dans le sous-sol de l’établissement (mais pas dans l’air des classes) », cite notamment un article du Monde. Ce premier rapport conclut à une compatibilité du site avec la présence d’un établissement scolaire.

Un enjeu de santé publique ?

Mercredi 1er juillet, appuyés par les avocats, les parents de Shiloh, Diane et Modibo Diakité, ont donc déposé une plainte avec constitution de partie civile pour homicide involontaire, convaincus que le cancer qu’elle a développé (un angiosarcome mammaire, un cancer du sein rarissime en particulier chez les enfants) est lié à son exposition à des substances cancérogènes présentes dans le sol de son école.

Une analyse des cheveux de la jeune fille, conduite par le laboratoire indépendant « Toxseek », y aurait confirmé la présence de métaux lourds de ses 3 ans à ses 13 ans, soit ses dix ans de scolarité dans cette même école. Une première plainte a été déposée par la famille en 2023.  « Depuis, il n’y a eu qu’une audition faite par la gendarmerie, par un seul service non spécialisé, alors que nous avons beaucoup d’éléments en notre possession, relate François de Cambiaire. Aujourd’hui, les parents ne sont pas entendus. Ils ont le souhait d’une enquête pénale approfondie, c’est un enjeu de santé publique ! »

En 2023, une seconde étude a confirmé cette pollution des sols, en recommandant des travaux de dépollution, le maintien en bon état des ouvrages existants et en particulier de la dalle des bâtiments, et liste les précautions à prendre en cas de futurs travaux, d’après la synthèse faite par Le Parisien. L’avocate Hilème Kombila, qui représente la famille de Shiloh devant les juridictions administratives, demande aujourd’hui « l’accès à l’ensemble des documents », « pour savoir si ces recommandations ont été prises en compte ».

L’avocate a par ailleurs mis en demeure le maire et le préfet du Val d’Oise pour une communication des documents concernant l’école, « pour savoir si toutes les mesures ont été prises ». « S’il y a eu des carences, nous demanderons au tribunal administratif des mesures de protection pour la prochaine rentrée scolaire. »

« Une opacité méprisante »

« Il appartient aux autorités compétentes de conduire leurs investigations en toute indépendance. » Dans une conférence de presse donnée également mardi 7 juillet, et à laquelle a assisté Le Parisien, le maire (LR) de Franconville, Xavier Melki, a appelé à la « retenue » et repris les conclusions du rapport de 2023.

L’édile a rappelé que la commune avait mis en place « un plan de suivi environnemental », avec des campagnes de prélèvements en 2025 et 2026, qui estiment une nouvelle fois que le site est compatible « avec son usage d’établissement scolaire ». Enfin, Xavier Melki a mis en avant les arrêtés préfectoraux et le portail national Géorisques, qui montrent que l’école n’est pas implantée sur un secteur d’information sur les sols (SIS).

« Dans tous les enjeux de santé environnementale, il y a plusieurs réactions, a réagi Marie Toussaint. D’abord le déni, puis la décrédibilisation, et enfin une prise au sérieux, plusieurs années après ». Les avocats de la famille déplorent aujourd’hui le « très grand isolement » des familles touchées par les cancers pédiatriques. « Une opacité méprisante », décrit François de Cambriaire. Mais « la jurisprudence montre qu’on peut aller chercher des responsabilités, s’il y en a ».

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