Article précédent

Le SNA représente une niche « en souffrance », selon son président. L’ambition de Mathias Ary Jan : créer une confédération de toutes les places parisiennes dotée d’un poids politique.

Mathias Ary Jan siège à la présidence du Syndicat des négociants en art (SNA) depuis 2016. Invité à débattre à l’institut Art & Droit, il détaille ses priorités : défendre la profession auprès des pouvoirs publics, la former aux évolutions du marché, multiplier les échanges avec les institutions et le public.
Né en 1901, le syndicat national des antiquaires (SNA) crée la foire des antiquaires de France en 1956, qui devient par la suite sa manifestation phare, la Biennale. L’impact culturel mondial de l’évènement connait un succès grandissant pendant plus de cinquante ans.
Aujourd’hui, le SNA soutient toujours des rencontres à Paris, en province, voire à l’étranger, mais il s’est surtout remis en question pour diffuser une image moderne de ses membres et les aider à s’adapter aux transformations du marché de la seconde main.
Biennale, Art Basel ou Maastricht, en 2026, certains marchands d’art travaillent peu dans leurs locaux. Ils se développent dans les salons. Le marché de l’Art a atteint 5 milliards d’euros en 2024. La place de Paris veut maintenir ce rang, face à la concurrence de Hong Kong, New York, ou encore Abu Dhabi.
Les galeries qui ont les moyens d’exposer à l’international prennent un risque financier, prévient Mathias Ary Jan. Elles comptent parfois sur la présence de musées locaux pour établir un contact, mais est-ce un bon calcul ? Réponse mitigée du président : « Souvent ces musées en cours de construction – je crois qu’à Abu Dhabi, il y en a 24 qui vont apparaître dans les 3 prochaines années – sont demandeurs de collections. Ils viennent généralement se sourcer en France ou dans les grands rassemblements ».
Cependant, la multitude des galeries sont des microentreprises. Les records mondiaux de vente médiatisés revenant à des Français concernent juste les grosses entités parisiennes et ne sont pas représentatifs. « En réalité, la majorité des acteurs emploient un ou deux salariés, et font un chiffre d’affaires de moins d’un million », souligne le président. « Généralement passionnés de culture, il faut les accompagner », notamment s’agissant du millefeuille règlementaire.
Pour les activités de formation, le SNA s’est entouré d’experts en comptabilité et en droit. Avec eux, il propose des réunions pour entrainer les membres aux contraintes juridiques, comme la loi LCBFT ou les licences d’importation.
Côté dialogue, un programme de conférences a été mis au point avec le Journal des Arts via Zoom et en présentiel. Chacune fédère près de 1200 participants. Le coût d’adhésion –50€ par mois – reste marginal par rapport au service apporté, estime le président. 60 galeries supplémentaires se sont d’ailleurs inscrites ces 3 dernières années.
Le syndicat a aussi lancé un magazine afin de véhiculer une image plus moderne. Il s’agit du journal des antiquaires et des galeries, lui aussi conçu en partenariat avec le journal des Arts. Il s’adresse aux collectionneurs et comporte une rubrique juridique et fiscale très suivie.
Autre volet essentiel, le nom. Le syndicat national des antiquaires a décidé d’en changer, car il ne correspondait plus exactement à l’identité de ses membres. Mais, pour conserver sa notoriété et l’historique du dialogue avec les pouvoirs publics, il était important de rester sur le même acronyme. SNA est un terme connu au ministère de la Culture, à l’Élysée, à l’Assemblée nationale. Il est donc devenu le syndicat des négociants en art.

« Aujourd’hui, nous avons plus de 250 adhérents, à jour de cotisation. Nous avons un petit trésor de la guerre, grâce à la vente de nos bureaux boulevard Haussmann. Désormais sans locaux, 100% de nos revenus sont alloués à notre journal, aux conseils donnés par nos avocats et à l’organisation de conférences. »
La France représente 60% du marché européen, indique le président, et 80% de ce volume se passe à Paris. Il est essentiel de mobiliser les professionnels du secteur, par exemple sur le dossier des licences à l’importation, « dramatique, pour la France », considère Mathias Ary Jan.
Les licences à l’importation instaurées par l’UE en juin 2025 ont fait réagir l’institut Art & Droit par la voie de son président Gérard Sousi, les maisons de vente, le comité professionnel des galeries d’art, le syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art, etc. Elles inquiètent les experts.
De quoi parle-t-on ? Si un client achète un bien culturel hors de l’Europe, il doit, depuis juin 2025, demander une licence au pays d’origine qui atteste que l’objet n’a pas été spolié. Pour le président du SNA, « toutes ces mesures partent toujours d’un très bon sentiment, mais elles pénalisent terriblement nos actions. Et aujourd’hui, le collectionneur qui verrait un bel objet à New York dans une vente, n’achète plus parce qu’il ne veut pas prendre le risque de ne pas obtenir son paquet ».
Le dispositif, prévu comme une sécurité, verrouille le marché en sens unique dans des proportions qui augurent le siphonnage des œuvres en Europe. « J’ai interrogé le ministère de la Culture. Il y a 7000 demandes de certificats pour exporter des biens culturels depuis la France, et ils ont reçu 14 demandes de licence à l’importation. Et donc, cette mesure dévitalise totalement le marché. À terme, les collections françaises, il n’y en aura plus. Et in fine, ce sont nos institutions qui seront pénalisées puisque sans collectionneur, il n’y aura plus de donation non plus ».
Tunisien, Chinois, Américains, Européens, le syndicat accueille des galeristes étrangers dans ses rangs. L’expérience de ce réseau lui donne du recul. Elle permet d’une part de connaitre les différentes pratiques administratives par pays et d’autre part d’exercer une veille sur les réglementations pour alerter les membres sur les évolutions obligatoires.
Avec une sorte de résignation, les clients voient les marchands de biens culturels se raréfier dans les capitales étrangères du marché de l’art.« J’ai la chance de voyager. A New York, il n’y a plus une galerie sur rue. A Londres, c’est un désastre. Il n’y a plus que le petit secteur de Sotheby’s Christie’s, avec une dizaine de galeries. Tout le reste, c’est fini. On a la chance d’avoir des quartiers dans Paris dédiés à l’art, le carré Rive-Gauche, Saint-Honoré, le village suisse, les puces de Saint-Ouen. », constate Mathias Ary Jan.
Le président s’oppose au fatalisme. Il entend bien sauvegarder ce discret tissu économique « en souffrance », qui retient moins l’attention que les grandes enseignes avec leurs ventes à sensation.
Son ambition serait de créer une confédération de toutes les places parisiennes dotée d’un poids politique. Cette force représentative serait légitime pour réclamer un code NAF qui lui soit propre. Sans ce code, l’apport économique des galeries, des antiquaires, des marchands de tableaux est difficile à valoriser précisément.
Une confédération puissante pourrait infléchir les décisions concernant son secteur, fragilisé par des initiatives comme celles des amendements Matéi ou Brun, relatifs à la taxation des œuvres d’art. Ce genre de mesures qui a priori ciblent les hauts patrimoines, agissent comme des repoussoirs pour le moindre amateur « qui voudrait acheter dans une maison de vente un objet à 1000€. Il se dit : je ne vais pas acheter, ce n’est pas le moment. Demain la totalité des œuvres d’art sera peut-être taxée ».
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *