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En dix ans de mise en service sur le territoire, le TGD s’est imposé comme un outil « incontournable » pour la protection des victimes de violences qui y voient « une première écoute aux violences subies ».

En 2016, le département des Hauts-de-Seine devenait l’un des premiers départements à déployer le téléphone grave danger (TGD), expérimenté une première fois en 2009 en Seine-Saint-Denis.
10 ans après la signature d’une convention entre l’association l’Escale, qui prend en charge les victimes de violences, le parquet de Nanterre et le département, l’heure est au premier bilan.
Premier constat : « la flotte de TGD sur le territoire n’a cessé d’augmenter », affirme la procureure adjointe et coordinatrice du pôle violences intrafamiliales (VIF) au tribunal judiciaire de Nanterre, Virginie Deneux, lors d’une table ronde à l’ordre du barreau des Hauts-de-Seine sur la protection des victimes de violences au sein d’un couple.
En dix ans, le nombre de téléphones est passé de 45 à 115. Parmi eux, 112 sont actuellement attribués à des victimes, hommes comme femmes, même si ces dernières sont davantage concernées.
Cette augmentation de la flotte s’explique entre autres par la hausse du nombre de dossiers VIF enregistrés à Nanterre (+9 % entre 2024 et 2025). La procureure adjointe nuance toutefois : « Les chiffres augmentent chaque année, sans qu’on puisse dire de façon certaine s’il s’agit d’une augmentation des faits ou de la connaissance des faits. C’est ce qu’on appelle les chiffres gris. »
En tout état de cause, depuis 2016, plus de 800 victimes ont pu bénéficier d’un téléphone attribué soit en support d’une mesure d’interdiction, soit lorsqu’une situation d’urgence a justifié la mise en place d’un dispositif de protection le temps des investigations.
Hausse également du côté des orientations formulées par le parquet, qui permettent ou non l’octroi d’un TGD. En 2024, celles-ci ont bondi de 261 %, selon la directrice générale de l’Escale Anna Schwarzkopf, qui insiste également sur les échanges « permanents » avec le parquet.
Quels retours après dix années de déploiement ? Si le procureur du TJ de Nanterre Yves Badorc a insisté sur le caractère « indispensable » du téléphone, l’avocate au barreau des Hauts-de-Seine Camille Martini évoque quant à elle un outil « véritablement incontournable », tant pour la profession que pour les victimes.
Selon elle, le TGD permet par exemple une meilleure coordination entre tous les partenaires d’un accompagnement global intégré. « Les victimes voient dans ce dispositif une première écoute aux violences subies, et une première réponse de la justice », ajoute l’avocate. Il confère par ailleurs une protection immédiate renforcée, avec une intervention très rapide des policiers, ce qui rassure les victimes.
Et pour cause : dès qu’un déclenchement est réalisé, une patrouille est immédiatement dépêchée sur le lieu du signalement. « Le TGD est considéré comme l’intervention la plus prioritaire. Si une équipe est sur autre chose, elle lâche tout pour aller au signalement », développe le commissaire de police De Ménibus, chef de circonscription à Rueil-Malmaison et référent 92 sur les VIF.
Avant de compléter : « Le parquet signale au commissariat l’attribution d’un TGD dans sa circonscription avec une fiche complète sur le lieu de domiciliation de l’auteur et de la victime. »
Au-delà de la souplesse du dispositif qui peut être reconduit selon les résultats des évaluations menées avec les victimes bénéficiaires, le TGD s’avère également fiable pour ce qui est des déclenchements, contrairement au bracelet anti-rapprochement (BAR) qui a essuyé plusieurs critiques ce matin de mars.
« Contrairement au bracelet anti-rapprochement, les déclenchements intempestifs du TGD sont extrêmement rares. Quasiment tous les déclenchements sont pertinents. »
Malgré l’aspect sécurisant, le TGD montre certaines limites. D’après Camille Martini, le dispositif couvre à peine 2 % des violences conjugales ou intrafamiliales, au regard des 213 000 plaintes déposées chaque année.
« Il faudrait des mesures complémentaires à intégrer dans une stratégie plus globale des violences faites aux femmes », estime l’avocate. Elle a également évoqué la charge mentale et le stress liés à la possession d’un TGD, qui doit être chargé au minimum à 70 %, être en permanence avec la victime, laquelle s’engage à tester le matériel tous les quinze jours et à répondre aux sollicitations de l’association.
Autre ombre au tableau, selon Camille Martini, les conditions d’attribution : « Les craintes exprimées par les victimes envers un potentiel agresseur ne sont pas un critère suffisant pour octroyer le TGD, ce qui les perturbe. »
Mais pour la vice-procureure, l’octroi d’un TGD « ne peut pas être fait sur les seules déclarations de la victime, c’est un principe de droit. Il faut pouvoir caractériser les faits ».
Virginie Deneux reconnaît néanmoins la difficulté de retirer le TGD, qui représente pour les victimes un filet de sécurité. « Ce dispositif d’urgence a vocation à être remplacé quand la justice a fait son travail, a-t-elle souligné. Il faut voir sa restitution comme une nouvelle page qui se tourne, c’est a priori aller vers du mieux ».
Anna Schwarzkopf admet que la question de la restitution devrait être abordée dès le départ ; rappelant que la sortie du dispositif se faisait avec un accompagnement psychologique.
Une circulaire de politique pénale du ministère de la Justice du 6 mars sur la lutte contre les VIF préconise d’ailleurs une présentation détaillée du dispositif dès le début de l’accompagnement.
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