Tribunal de Créteil : « Vous avez subi des violences en cellule ? »

CHRONIQUE. Un prévenu implorant, mercredi 15 juillet, tente de convaincre la 12e chambre correctionnelle que s’il était sur les lieux de deux cambriolages, commis à un an d’intervalle, il était venu pour dormir et non voler.


mardi 21 juillet à 17:073 min

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Amine a l’air fatigué.

Il était enfermé dans un centre de rétention administrative (CRA), attendant son expulsion vers l’Algérie, quand la police judiciaire a reçu le résultat d’une analyse de traces papillaires qui le placeraient sur les lieux de commission de deux cambriolages, commis en 2024 et 2025, dans des locaux d’habitations, avec effraction. Un mandat de recherche est émis, les autorités de CRA réagissent et le transfèrent aux policiers, jusqu’à ce que le parquet ne le défère en comparution immédiate.

Et voilà donc Amine, 37 ans et le visage déjà raviné par des années d’errance, sur les chantiers le jour, dormant parfois dehors, faute de papiers en règle. Il est épaulé par un interprète qui peine à capter le filet de voix qui émane de lui, les épaules voûtées, la tête inclinée.

Amine est épuisé, et sérieusement blessé : la présidente a repéré la broche qui dépasse de son épaule. Il n’est plus apte à travailler. Il dort sur des bancs ou dans des squats. Il est sous anxiolytique, antidouleur (Tramadol) et prend des somnifères

Il se dit innocent. Son explication est la suivante : il dort dehors, un camarade lui a indiqué à lieu où il pourrait dormir à l’abri, il est allé rejoindre le squat. « Je suis blessé, incapable de blesser ou voler. 

Donc vous dites que vous êtes rentré pour dormir. Pourtant, on a retrouvé votre ADN sur le câble d’alimentation de la caméra de vidéo-surveillance.

C’est un squat, il y a beaucoup de monde qui touchent beaucoup de choses. »

Dans l’autre lieu, son ADN a été décelé sur un mégot de cigarette. « Si je suis un voleur, je ne jette pas un mégot de cigarette à l’intérieur ! »

Il pleure. La présidente ne sait pas quoi répondre, à part que s’il n’a pas volé, il était au moins avec les voleurs, ça ne fait aucun doute. Amine répond qu’il n’a rien vu, qu’il est sous somnifère toutes les nuits. Sa voix est toujours larmoyante.

Un avocat de partie civile demande 13 000 euros de dommages et intérêt en réparation du préjudice matériel de son client (il en obtiendra 3 000, faute de justificatifs suffisants).

La procureure, sobre, demande 12 mois de prison avec mandat de dépôt, et trois ans d’interdiction du territoire français, tandis que l’avocat de la défense plaide la relaxe : son client était sur les lieux des faits pour dormir, pas pour voler.

Après la suspension d’audience, la présidente annonce sa condamnation à 8 mois de prison avec mandat de dépôt, et prend le soin de remplir une fiche individuelle à destination de l’administration de la maison d’arrêt de Fresnes, où Amine aimerait ne pas aller, à cause de la violence qui y règne. « Vous avez subi des violences là-bas, dites-vous, en promenade ou en cellule ?

Les deux.

Par qui ?

Par des codétenus et par des surveillants. »

La présidente note.

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