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Un prévenu de 24 ans, à la tête d’un petit trafic de MDMA, a été interpellé à la sortie d’une discothèque. Il comparaît libre, mais le procureur se demande tout haut si les faits ne méritent pas un mandat de dépôt à la barre.

Kali a eu de la chance : il a été placé sous contrôle judiciaire. Alors qu’il comparaissait détenu dans le box des comparutions immédiates où patientent des mines fatiguées, le 4 février 2026, il aurait pu être placé en détention provisoire. Son affaire a finalement été renvoyée
Mais il avait un travail, un domicile et pas de casier, alors ce lundi 13 avril, Kali, 24 ans, comparaît libre et bien apprêté : veste et pantalon assortis, boucle d’oreille et tresses soignées. Debout à la barre, l’air détendu, il écoute la présidente faire la synthèse de son dossier, qui débute tout près de la porte de la Villette.
Aux policiers qui viennent de la cueillir devant la discothèque « Le Glazart » avec 18,5 grammes d’ecstasy, Marianne explique qu’elle est venue avec un ami prénommé Thibault. Il est 14h30 et « l’after » bat son plein. Les policiers appréhendent Thibault avec 24 grammes de cachets dans les poches. Les policiers leur ont demandé où ils s’étaient procuré cette marchandise, qu’ils admettaient tous deux vendre au détail aux fêtards venus dans ce haut lieu de la fête du XIXe arrondissement, et tous les deux ont désigné Kali. Ils ont fourni son adresse.
Les policiers ont planqué en bas du domicile du suspect. Quand il est sorti, ils l’ont suivi pendant tout son trajet, et il se trouve que Kali se rendait au Louvre. Ils l’ont interpellé, puis l’ont ramené au commissariat. Ils lui ont parlé des témoignages de Marianne et de Thibault, et Kali a admis sans difficulté les avoir fournis. Ses analyses de sang se sont révélées positive à la MDMA. Chez lui en perquisition, les enquêteurs ont trouvé : 9 320 euros en espèces et 159 grammes de cachets de d’ecstasy.
Il a précisé qu’environ 70 % des espèces retrouvées chez lui provenaient de son propre compte, et non du trafic, qu’il admet entretenir depuis quelques mois. Les policiers lui ont demandé pourquoi il vendait des produits stupéfiants. Kali a répondu : « pour le contact humain », car il est timide. Ça l’aide à aller vers les autres, explique-t-il.
La présidente de la 23e chambre n’est pas satisfaite de cette réponse qu’elle interprète comme de l’insolence. Elle répète : « Pourquoi ? » Kali formule une réponse plus convenable : il s’agissait d’abord de payer sa consommation, puis ce fut l’engrenage. Il passait par la messagerie d’Instagram et une autre messagerie, « Potato », à laquelle les trafiquants ont recours depuis le renforcement de la modération sur Telegram. D’un air presque enjoué, la présidente commente : « Parce que pour une première, vous y êtes allé fort. » Elle s’assombrit : « Un de vos clients vous a confié par messagerie qu’il avait été hospitalisé. »
Kali lui avait vendu de la 3MMC coupée à la NEP. « Je ne savais pas qu’elle était coupée, je me suis excusé et je lui ai remboursé ses 30 euros », dit-il la main sur le cœur. « Il y a une chose qu’on peut mettre à votre crédit, c’est que vous reconnaissez. Alors c’est pas glorieux, hein. Parce que l’autre jour j’étais aux assises, c’était un viol par personne sous stupéfiant, et c’étaient des drogues de synthèse », dit la présidente, qui entend par là que la drogue fait des ravages.
Le procureur est au diapason : il rappelle que cette même chambre a condamné un homme à deux ans de prison avec mandat de dépôt pour avoir vendu de la MDMA ayant provoqué une overdose. Il parle d’un « trafic ancré et mortifère ».
Il rappelle une autre affaire, celle d’une « mule » : une femme guinéenne arrêtée à la gare du Nord avec un kilo de cocaïne. Elle avait indiqué avoir passé cette drogue pour 500 euros. Poussée par la misère, appâtée par le gain. A l’audience, le ministère public avait souligné la dangerosité du produit importé pour justifier la peine « extrêmement lourde » prononcée à son encontre.
Le procureur se tourne alors vers Kali : « Quand je vois la gravité des faits, je me demande si ça ne vaut pas un mandat de dépôt à l’audience. »
D’après ses calculs, le jeune homme de 24 ans aurait « dealé » au moins deux kilos de produits, pour un chiffre d’affaire de 60 000 euros – des montants extrapolés (fantaisistes, selon la défense). Il était en train de « structurer un réseau », pense-t-il. Et devant tout le monde, il se demande si, par équité, il ne devrait pas envoyer Kali en prison, comme ceux qui font les mules en provenance d’Afrique et d’Amérique latine.
Heureusement pour le prévenu, dont la jovialité tranquille commençait à s’assombrir, c’est là qu’intervient l’individualisation des peines. Et la situation de Kali est optimale : il a un casier vierge, un contrat en CDI et vit chez sa mère, à Paris. Il présente donc toutes les garanties pour exécuter sa peine en dehors d’un établissement pénitentiaire. Le procureur demande toute même 4 ans de prison, dont un an ferme, aménagé ab initio. Il demande aussi, outre la confiscation des scellés, une amende de 20 000 euros, dont 10 000 euros avec sursis.
L’avocat de Kali pense que, pour une première fois, il faudrait y aller mollo, quitte à y aller crescendo. Il trouve que la peine requise est somme toute disproportionnée.
Kali attendra tout l’après-midi, seul sur un banc, un peu crispé, avant d’être condamné à deux ans, dont un an avec sursis. Il sera détenu à domicile (bracelet électronique). L’amende est réduite de moitié (10 000 euros dont 5 000 avec sursis). L’argent saisi en perquisition est confisqué.
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