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Aux comparutions immédiates versaillaises, un prof de sport un chouia sanguin : ivre mort, il avait fracassé la voiture de l’un de ses clients avec une pelle de jardin.

Patrick C. a la soixantaine bien tassée, et des faux airs de Charlélie Couture. Il y a quelques jours, il est sorti en trombe de la salle de sport dont il est propriétaire, et dans laquelle il donne à l’occasion des cours de krav maga.
Ivre mort – quasiment 3 grammes -, armé d’une pelle de jardin, il a méthodiquement ravagé une voiture mal garée – il y en a pour 5 000 € de réparations -, sans comprendre qu’elle appartenait en fait à l’un de ses clients, justement venu régler sa cotisation : « J’ai cru que c’était une énième provocation du garage d’à-côté, qui laisse tout le temps ses épaves dans la rue. J’ai pris cette initiative malheureuse pour envoyer un message de ras-le-bol », lance-t-il depuis le box.
Arrivés sur les lieux, les policiers n’arrivent à l’interpeller que sous la menace de leurs pistolets à impulsion électrique. « Pendant le transport, poursuit la présidente, vous devenez véhément, agressif verbalement » : « Je vous défonce », « je vais te mettre un coup de tête », « tu vas voir petite salope »… « Je respecte la police, affirme le prévenu, la preuve, c’est que je les ai formés pendant plus de 20 ans au krav maga. J’ai des amis intimes dans la police et la gendarmerie. J’ai toujours été courtois avec eux ». « Ben pas ce jour-là », ponctue simplement la présidente.
Au casier, il a huit vieilles mentions réhabilitées de plein droit, mais aussi de plus récentes, à partir de 2021 : outre des violences volontaires – intrafamiliales -, il y a essentiellement des infractions routières. Lors de son dernier passage au tribunal, il a écopé d’une peine ferme et d’une révocation partielle de sursis probatoire, pour un total de 10 mois, qui devaient être aménagés en bracelet à la mi-avril, mais que le parquet a dans l’intervalle ramenés à exécution.
Au moment des faits, il était donc, non seulement en attente d’un aménagement de peine, mais aussi sous un double sursis probatoire : le juge de l’application des peines (JAP) souligne tout de même qu’il respecte ses obligations, et notamment son suivi au centre de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA).
L’avocate des policiers constitués partie civile souligne simplement que ses clients « ont fait preuve de beaucoup de patience, d’ailleurs au début ils n’entendaient pas relever les outrages ».
La procureure prend le relais : « Vous avez à juger un dossier qui est assez regrettable, et d’ailleurs il a assez honte. […] Il n’a même pas pris le temps de discuter avec le conducteur avant de surréagir et d’avoir des comportements qui ne sont pas admissibles en société. Il a dégradé le véhicule, et il l’a fait très franchement, mais pourquoi ? Parce qu’il était au mauvais endroit, et qu’il n’a rien trouvé de mieux que se faire justice à lui-même. […] Bref, ce jour-là, il a fait n’importe quoi. Il est libérable fin 2026 mais, et j’en suis désolée pour lui, on va devoir rallonger cette peine. »
Elle réclame douze mois ferme, plus six de révocation. « On a une personne qui est en état dépressif et qui connaît des difficultés », répond l’avocate de Patrick C. avant de souligner que « le propriétaire de la voiture n’a pas porté plainte parce que, quand même, il s’est excusé, et il a proposé tout de suite, une fois qu’il a compris son erreur, de réparer les dommages qu’il avait causés ».
Sur la suite, « il m’explique qu’effectivement il a été très énervé quand on l’a menotté parce qu’il a de l’arthrose, et la douleur qu’il a ressentie à ce moment-là a fait qu’il est sorti de toute mesure et qu’il n’a pas pu maîtriser son comportement ». Elle poursuit : « Il n’a jamais fait d’incarcération alors qu’il a 65 ans, et on veut faire dix plus douze plus six mois ?! Ça ne correspond pas du tout à une vie qui devrait être une vie de retraité. »
Le délibéré est un peu plus léger que les réquisitions : huit mois ferme avec maintien en détention et quatre mois de révocation de sursis.
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