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Une jeune femme transgenre, travailleuse du sexe, est prévenue de vol, mardi 21 juillet. Elle est en récidive légale et affirme haut et fort son intention de recommencer, ainsi que des sentiments de haine envers sa famille adoptive.

« On doit vous dire Monsieur ou Madame ?
-Madame s’il vous plaît. C’est la moindre des choses.
-Vous êtes née le 8 sept 1999 au Guatemala. Vous êtes SDF. »
Esteban a une voix rauque et une longue et épaisse chevelure brune qu’elle pétrit maniaquement, mais ce qui frappe en premier lieu, c’est son rire sardonique et le regard haineux qu’elle projette sur le tribunal. Esteban est habitée par une inextinguible colère et un trouble profond qui lui fait dire des choses telles que : « Mes beaux-parents, tant que je ne les aurai pas vu morts … je risque de les tuer, et je sais où ils habitent.
-D’accord.
-Non, mais il faut m’écouter !
-Vous considérez que vous allez bien ?
-Pour moi, c’est la société qui m’a fait ça, les gens se permettent… ces gens-là, je les écrase ! »
De son œil jaillit une lueur noire.
Esteban est prévenue de : vol, escroquerie, filouterie.
Un gérant de l’hôtel où la prévenue séjournait sans payer s’est résolu à appeler la police, qui a fait le rapprochement avec l’affaire de Monsieur K., un homme s’étant fait dévaliser sa chambre d’hôtel (Airpods, cartes bancaires, etc.) et retiré des centaines d’euros sur ses moyens de paiement.
« La vidéo surveillance a été exploitée, et on vous reconnaît. Vous dites que vous faites ça régulièrement : entrer dans les chambres pour voler les touristes. Vous dites que vous ne regrettez pas les faits, que vous êtes consciente de ce que ça peut faire aux victimes.
-Je vais m’expliquer sur ça, car a priori la société ne comprend pas ma personnalité. Il faut remettre les points sur les i. Si je le fais, c’est parce que j’ai besoin d’argent. Vous allez me dire que je pourrais travailler.
-C’est bien, vous faites les questions et les réponses. Vous avez l’air de présenter ça de manière tout à fait normale.
-En fait, je ne peux plus m’arrêter. Ça va être mon choix de vie pendant un très, très long moment.
-Donc ce que vous allez faire, c’est aller en prison et ressortir ?
-Voilà. Personne ne m’aide. »
Arrivé nourrisson en France de son Guatemala natal, Esteban n’a « jamais développé d’attachement à l’égard de ses parents adoptifs ». En 2022, elle a rompu la relation. Depuis 2023, Esteban est travailleuse du sexe et ne souhaite pas exercer un autre métier. Elle consomme : cocaïne, héroïne, amphétamines…
« Vous avez passée combien de temps en prison ?
-Sept ans, je pense. Je m’en rends compte, mais ça ne m’affecte pas. Tant que je ne les aurai pas vus morts, je ne serai pas libre.
-Avez-vous entamé une démarche de soins ?
-Non. Mais il faudrait. J’ai besoin de parler et de ressortir mon venin. Les gens ne me comprennent pas. Une amie m’a dit : ‘tu ne te rends pas compte de l’impression que tu fais, avec ton regard, t’écrases les gens’… et ça me procure un plaisir ! »
Le tribunal correctionnel semble considérer que la haine que la prévenue nourrit à l’égard de ses parents adoptifs est nécessairement causée par un trouble psychique ou de la personnalité, et pas par des évènements de la vie – violences intrafamiliales de toutes sortes, par exemple. Les comparutions immédiates ne sont pas un lieu de confessions (trop chronophage).
Lors d’un procès pénal, la première chose que souhaitent entendre les magistrats de la part du prévenu, c’est leur amendement. Esteban est dans la démarche inverse et semble en tirer une jouissance : « Je sais que je vais continuer. Il faut que je vous le dise, on peut m’incarcérer même 10 ans, je recommencerai.
-Qu’est-ce qu’il faut faire pour que vous compreniez ? On est d’accord que le fait d’avoir un tel discours, ça ne va pas bien dans votre tête. »
Tout en agitant sa chevelure, Esteban dit que oui.
Lucide, le procureur estime que, « compte tenu de son niveau de colère actuel, il paraît difficile d’envisager des soins, le ressentiment est tellement fort ». Il demande la révocation totale d’un sursis de 7 mois, 24 mois de prison dont 12 mois avec sursis probatoire, mandat de dépôt, et c’est cette peine que le tribunal décide d’infliger à Esteban, pour sa 20e condamnation.
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