Tribunal de Versailles : « Le but c’est de prouver, mais de prouver quoi ? Qu’on est capable de détruire ? »

Un jeune majeur comparaissait devant la 6e chambre correctionnelle versaillaise pour avoir mis le feu – et entièrement détruit – une pelleteuse de chantier.


lundi 30 mars à 16:464 min

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Photo via iStock/stopboxstudio

Yannis Z. vient tout juste de fêter ses vingt ans : à trois jours près, il les aurait d’ailleurs passés en garde à vue ou en détention. Il comparaît pour avoir mis le feu – et réduit en cendres – une pelleteuse à 64 000 €. Après avoir nié tout au long de la procédure, il entame l’audience en reconnaissant les faits.

Il faut dire que le dossier était tout de même un peu accablant : la BAC a vu cinq jeunes hommes cagoulés et gantés, à proximité de l’engin qui devait servir à refaire un parc, et n’a pu interpeller que lui, identifié comme celui qui avait mis le feu au réservoir, et qui portait d’ailleurs toujours ses gants imbibés d’essence – et deux briquets. Sa version initiale était qu’il fumait tranquillement une clope avec un inconnu sur un banc, qu’il avait vu courir des gens et qu’il s’était mis à courir à son tour dans la même direction, en ramassant au passage ce que les autres abandonnaient dans leur fuite : il a bien fait de changer de version.

« Il y a d’autres façons de militer, de lutter pour ses idées »

Aucune nouvelle des quatre autres, même si l’on se doute bien que certains au moins doivent figurer parmi le fan club hilare du fond de la salle d’audience. « Je vous pose la question alors que je connais la réponse », entame la présidente : « Vous étiez tout seul à ce moment-là ? ». « Oui ». Les questions rhétoriques se suivent et se ressemblent un peu : « C’est vous qui avez eu l’idée d’allumer le feu ? » – « Oui » – « Et on ne saura pas qui était avec vous ? » – « Je ne les connais pas ».

Elle lui demande s’il a pris conscience des risques : « Oui, 10 ans », répond Yannis Z. « Je pensais plutôt au risque pour les pompiers, au risque de propagation, par exemple aux autres voitures des mères du quartier… », précise la magistrate. « Sur le moment, dans l’euphorie, je n’ai pas pensé à ça. » Elle rebondit : « Ça vous a procuré de la joie de mettre le feu ? ». « Non, c’était pour la reconnaissance », admet le prévenu. « La reconnaissance d’être condamné pour destruction par incendie ?! »

La présidente en remet une couche : « Il y a d’autres façons de militer, de lutter pour des idées. Des façons citoyennes de lutter. […] D’ailleurs, pas un seul des autres ne sera venu revendiquer cet “acte militant”, vous êtes tout seul. Parce qu’il n’y a rien de revendicatif. Il n’y a que la destruction pure et simple ».

« Il nous donne une explication qui n’est pas entendable », enchaîne la procureure. Le but c’est de prouver, mais prouver quoi ? Qu’on est capable de détruire ? Tout le monde en est capable. […] Ça n’a aucun intérêt. […] Alors effectivement il va falloir répondre de ses actes ». Elle demande un an ferme avec mandat de dépôt, mais aménagés ab initio sous forme de semi-liberté.

« On est face à un jeune qui n’est pas encore en perdition, rétorque l’avocate de Yannis Z., et j’ai de gros doutes sur le fait qu’à 20 ans on puisse faire de bonnes rencontres en semi-liberté. Ce ne sont pas les fréquentations que j’espère pour monsieur. […] Il est encadré par sa mère, qui va le surveiller, le pousser ».

Elle poursuit : « Quand il vous dit qu’il a fait ça pour être reconnu par ses pairs, […] même si ce ne sont pas les bons, […] c’est la vérité, même si c’est désolant. Il n’avait pas du tout la conscience que tout allait s’embraser ». Elle estime qu’un sursis probatoire serait « quelque-chose de plus adapté, avec une obligation de soins, pour travailler sur sa confiance en lui, sur son mal-être, et une obligation de travail ».

À la reprise, le tribunal fait un choix plus alambiqué, coupant en quelque sorte la poire en deux : ce sera six mois ferme avec mandat de dépôt, aménagés ab initio en semi-liberté, et six mois de sursis probatoire avec notamment un travail d’intérêt général (TIG) de 280 heures – soit deux mois.

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