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Quand un homme est mis en cause pour des violences conjugales, il est fréquent qu’il oppose à ses gestes les propres violences de sa compagne. Elles sont souvent balayées par l’enquête, car pas suffisamment étayées et disproportionnées, mais il arrive qu’elles soient prises en compte. Cela donne un dossier de violences réciproques.

Devant la 6e chambre correctionnelle d’Evry, Olivier et Léa*, 39 ans et 33 ans, sont à la fois prévenus et partie civile.
Le 26 juin 2025, une patrouille de police aperçoit Olivier, torse nu dans une rue de Savigny-sur-Orge, griffé jusqu’au sang, un petit couteau à la main. Il est assez logiquement appréhendé.
Il raconte qu’il est venu au domicile de son ex-conjointe après avoir appris qu’elle fréquentait un autre homme. Puis, il explique qu’il était venu chercher ses affaires. Enfin, il confesse qu’il ne sait plus trop, car il avait énormément bu ce soir-là. Il dénonce les violences dont il a lui-même été victime – blessures à l’appui. Le lendemain, l’ex-compagne est appréhendée et placée en garde à vue.
Elle ne boit pas une goutte, mais son récit n’est pas très clair non plus. Elle est atteinte d’une déficience mentale qui lui vaut une curatelle renforcée ; c’est une petite femme qui parle très forte, car elle est sourde, et dit ses pensées à haute voix, car elle ne « se rend pas compte ».
La présidente lui demande si elle reconnaît les faits. Elle met ses mains en cornet et demande de répéter, mais la juge n’arrive pas à parler suffisamment fort. C’est donc l’avocat qui répète ses propos à l’oreille de Léa. Il en sera ainsi toute l’audience.
En fait, Léa ne sait plus ce qu’elle a fait. Peut-être, sous le coup de l’énervement, a-t-elle retiré son t-shirt, ou alors c’est Oliver qui le lui a arraché. « Et vous l’avez mordu ?
-Je ne sais plus, ça fait un moment. Je suis en dépression, j’en peux plus. Je suis handicapée, j’ai deux maladies, j’ai peur de la justice et de la police, je suis trop stressée, la situation je ne la supporte plus. »
Léa ne supporte pas la pression et commence à divaguer. Sa curatrice, bloc de sérénité bienveillante, s’approche d’elle pour la rassurer.
« Madame, y’a aucune raison d’avoir peur de la justice.
-JE N’ENTENDS PAS ?
-Le tribunal aimerait comprendre ce qu’il s’est passé.
-Je ne me souviens plus (elle pleure).
-Vous vous êtes défendue ?
-Oui, parce qu’il m’a arraché mes affaires. »
Un témoin a en effet vu Oliver empoigner Léa, la secouer, et peut-être même la frapper. Elle n’a pas d’ITT constatée, mais les violences sont admises par le prévenu.
Oliver n’a pas grand-chose à dire. L’alcool est la cause de son comportement, et c’est aussi la cause de leur rupture, après une relation de 18 mois, dont Léa paraît nostalgique. « Il devient fou quand il boit, mais quand il boit pas, c’est un ange. Jamais quelqu’un pourra s’occuper de moi comme ça. » Elle met la main sur son cœur : « Il est encore là. »
Sous curatelle renforcée depuis 2012, elle touche 1 360 euros d’allocation adulte handicapé, est porteuse du VIH (sous thérapie), souffre de la maladie de Berneuil et affiche un taux de cholestérol très élevé. Elle est très angoissée et, dit-elle, traumatisée par une enfance sous le signe de la violence paternelle et de l’alcool. Et puis, tient-elle à ajouter : « La garde à vue m’a traumatisée. »
Olivier est commis de cuisine et alcoolique. Son casier comporte quatre mentions, toutes liées à l’alcool. Le procureur demande 8 à 12 mois de sursis probatoire contre lui, 4 mois avec sursis simple pour Léa.
L’avocat de Léa plaide. Elle râle. « Quelque chose ne va pas ?
– Ben j’entends rien depuis tout à l’heure, c’est ça le problème ! »
Elle continue à râler. Sa curatrice lui répète la plaidoirie à l’oreille.
Après une très longue attente, Léa, qui se demandait comment elle allait rentrer chez elle, seule de nuit, par le RER D, a finalement écouté la juge lui infliger 3 mois de prison avec sursis, s’est exclamée : « Et voilà, c’est tout ? » et a quitté la salle en criant « au revoir tout le monde ». Olivier a pris 8 mois avec sursis probatoire.
*Les prénoms ont été modifiés
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