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Dans son rapport d’activité
2023 publié le 9 juillet, le CSM alerte sur la multiplication des remises en
cause de la justice, et rappelle que le rôle du juge moderne a été défini par
les pouvoirs constituants.
Le Conseil supérieur de la
magistrature (CSM) ne mâche pas ses mots. Dans une prise de position inédite
qui accompagne son rapport annuel d’activité 2023, publié le 9 juillet,
l’institution « s’inquiète vivement de la multiplication et de la
répétition [des] attaques » qui remettent en cause
« l’autorité et même la légitimité des juridictions nationales et
européennes » et « trouvent un écho dans l’opinion publique ».
Loin de s’inscrire dans le
contexte politique actuel puisque le sujet a été choisi il y a de cela un an, a
assuré en conférence de presse le Premier président de la Cour de cassation et coprésident
du CSM, Christophe Soulard, cette contre-offensive des membres du Conseil
dénonce la situation dégradée de l’indépendance de la justice dans les pays
européens illibéraux et les atteintes faites à l’État de droit et aux juges qui
subissent « un procès en illégitimité […] chaque jour
plus intense ».
« Le juge et le droit
seraient-ils devenus les ennemis de la démocratie ? » se
demandent les membres du CSM. Une chose est sûre, les questionnements sur
l’office du juge « ne peu[vent] être balayé[s] d’un revers de
manche, tant les démocraties traversent aujourd’hui une crise quasi universelle
qui interroge les institutions juridictionnelles nationales et européennes et
leur rôle quotidien dans l’élaboration du droit et la préservation de l’État de
droit ».
Le pouvoir constituant a
défini le nouveau rôle du juge
Le CSM attribue ces
contestations à la « nouvelle place du juge » dans les
démocraties modernes. Reprenant les propos de Jean-Marc Sauvé dans l’article « Restaurer
la justice » paru dans la revue Commentaire en 2022, le CSM pointe
le fait que le juge aujourd’hui doive « non seulement interpr[éter] la
loi, mais de plus en plus souvent la juge[r], ce qui le conduit à l’écarter ou
à la censurer, voire à la brider ou à la contraindre ». Or « comment
pourrait-il “juger la loi”, expression de la volonté générale, sans sortir de
son office?? » questionne le CSM. Avant de livrer sa réponse : « Ce
sont bien les pouvoirs constituant, législatif et exécutif qui ont dessiné les
contours d’[un] nouvel office du juge. »
Le CSM récuse ainsi l’idée
que ce serait « le juge seul, dans un accès soudain d’orgueil
corporatiste, qui se serait arrogé de nouvelles prérogatives ».
Plutôt, « le contrôle a priori puis a posteriori de la
loi par le juge constitutionnel », sujet régulier de critiques dans la
sphère politique, « n’est pas né de l’hubris des juges mais de
procédures créées par le constituant au terme de débats nourris ». Et
l’institution d’ajouter que « c’est ce même constituant qui a fait le
choix de proclamer des droits fondamentaux, contribuant ainsi à l’extension des
compétences du juge constitutionnel, qui doit tirer toutes les conséquences de
textes par essence sujets à interprétations ».
Au-delà des considérations
sur le rôle de la justice, « c’est le monde lui-même, dans lequel le
juge rend son office, qui a changé. Les débats s’exacerbent, les crises s’accentuent,
la confiance dans les pouvoirs publics s’érode. Le juge, comme d’autres
acteurs, se retrouve bien souvent malgré lui sommé de répondre à une partie de
la détresse, de la colère et du sentiment de déclassement qu’exprime une partie
de la population », déplore le CSM.
L’arlésienne de la réforme du
CSM
Dans ce contexte tendu, le
CSM et les procureurs renouvellent leur désir d’une réforme qui assurerait un
statut plus protecteur pour les membres du parquet, nommés après avis simple et
non après avis conforme du Conseil, mais qui jusqu’ici n’a pas trouvé d’écho.
« Ne désespérons pas », a formulé en conférence de presse Rémy
Heitz, procureur général près la Cour de cassation et coprésident du CSM depuis
un an, et ce malgré le fait qu’une telle réforme suppose « une volonté
politique » et « une majorité au Parlement ». Soit
des conditions pour l’heure absentes de l’équation politique actuelle.
A l’heure où le pays s’enlise
justement dans un blocage institutionnel inédit sous la cinquième République et
génère des incertitudes, la prise de position du CSM vient rappeler que « la
démocratie pluraliste n’a […] de sens, à notre époque, qu’étroitement
associée à la protection des droits fondamentaux et à l’État de droit ».
Lequel « ne se résume pas à des prises de parole sporadiques en cas de
raidissement du débat public [mais] s’incarne dans une pratique du
quotidien [dans laquelle] les juges, procureurs et avocats œuvrent dans
le souci du bien commun et dans le respect de ce que le droit commande ».
Afin de trouver des solutions
à la « crise actuelle » traversée par l’autorité judiciaire, le
CSM appelle à un « dialogue » avec les autres pouvoirs, auquel
« il entend participer pleinement », « dans le strict
respect de l’office de chacun ». Dans ce cadre, le CSM devait se
rendre à l’Élysée ce mois-ci, mais la visite a finalement été reportée.
Allison
Vaslin
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