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Cette étude sur les services
pénitentiaires d’insertion et de probation, menée au nom de la commission
des lois du Sénat et parue mi-février, apporte un éclairage sur ces services « méconnus »
et « souvent stigmatisés ». Elle formule en outre plusieurs
recommandations, notamment de poursuivre les recrutements de conseillers pénitentiaires - afin
que ces derniers ne traitent plus que 60 dossiers contre 70 aujourd’hui -, mais
aussi d’assistants sociaux, de psychologues, de personnels administratifs et de
surveillants pénitentiaires.
« La
lutte contre la récidive mise à l’épreuve » : tel est l’intitulé du
rapport d’information du Sénat, publié mi-février, qui s’interroge sur l’évolution
des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP). Un an
auparavant, dans le cadre de ses travaux de contrôle et d’évaluation des
politiques publiques, la commission des lois avait nommé Marie Mercier,
sénatrice Les Républicains de Saône-et-Loire, et Laurence Harribey, sénatrice
socialiste de la Gironde, pour se pencher sur le sujet.
D’après la commission, peu de travaux
parlementaires ont été consacrés aux SPIP, bien qu’ils aient été mentionnés
dans le rapport publié par la commission d'enquête de l’Assemblée nationale
visant à identifier les dysfonctionnements et manquements de la politique
pénitentiaire française. L’objectif du rapport est donc « d'apporter un
éclairage » sur un service encore trop méconnu, qui pourtant « joue
un rôle majeur dans la chaîne pénale », précise l'avant-propos. Pourtant,
« les SPIP sont souvent stigmatisés » et « les
professionnels le vivent mal ». Par ailleurs, les sénateurs regrettent
que l’on parle généralement de ce service lorsqu’un drame survient, tel qu’une
récidive après une libération conditionnelle.
La lutte contre la récidive est un des
objectifs centraux des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation
(CPIP). Leur rôle est de poser un « diagnostic sur la situation
de la personne condamnée avant d’élaborer un programme de prévention en
agissant sur les différents facteurs qui peuvent favoriser le passage à l’acte
délinquant. » De plus, « les SPIP assument une mission d’aide
à la décision auprès des magistrats, auxquels ils apportent des informations
sur les personnes placées sous main de justice. Ils veillent au respect des
obligations imposées par le juge, au stade pré-sentenciel ou post sentenciel.
Ils œuvrent enfin à la prévention de la récidive et à la réinsertion des
personnes condamnées », rappellent les rapporteures.
Pour mener cette étude, une cinquantaine
de personnes ont été entendues et une visite de la prison des Baumettes, à
Marseille, a été réalisée. À la suite de ce travail, dix recommandations, proposées
à la commission des lois qui les a adoptées, ont été formulées autour de deux
axes : « poursuivre l’investissement dans les SPIP en veillant à
garantir la pluridisciplinarité des équipes » et « renforcer
les liens avec les acteurs du monde judiciaire et les partenaires extérieurs ».
Continuer les recrutements pour poursuivre
l’effort entamé en 2014
Pour la commission des lois, il était
notamment question dans ce rapport d’information d’évaluer l’impact du
renforcement des effectifs des SPIP depuis 2014. Le gouvernement de Jean-Marc
Ayrault avait créé un millier de postes en 2014. Puis la loi de programmation
2018-2022 du 23 mars 2019 avait prévu 1 500 embauches supplémentaires. En
conséquence, le nombre d’agents est passé d’environ 4 000 à 6 700
entre 2014 et 2023. Pour les rapporteures, bien que des besoins demeurent et que
des améliorations sont toujours nécessaires, les efforts ont commencé à porter
leurs fruits. Ainsi, le nombre moyen de personnes placées sous main de justice suivies
par un même conseiller a été « positivement
impacté » par les recrutements depuis 2018, puisqu’il a connu une
baisse de 11,6 % entre 2018 et 2021, passant de 79,9 à 70,6.
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Les deux sénatrices suggèrent de poursuivre
les recrutements pour arriver à 60 dossiers par CPIP et résorber les emplois
précaires. Le rapport spécifie qu'il s'agit « d’un
objectif approprié au regard des multiples difficultés que cumulent les
personnes placées sous main de justice : faible niveau de formation,
éloignement de l’emploi, problèmes d’addiction, etc. ». Mais cet
effectif restera suffisant seulement si le nombre de personnes sous main de
justice reste stable. Pourtant, le rapport note que le nombre de personnes
emprisonnées « se rapproche des plus hauts historiques [le précédent
record de détenus a été dépassé en novembre dernier, ndlr], et constitue un
motif de préoccupations », d’autant qu’il ne cesse d’augmenter.
Ainsi la majorité de ces améliorations auront un impact mitigé et limité,
car les SPIP se trouvent en difficulté pour assurer un suivi de qualité. « Il
est difficile, quelle que soit la bonne volonté des personnels, d’accompagner
vers la réinsertion les personnes détenues lorsque le taux d’occupation de
l’établissement pénitentiaire atteint 150 % ou 200 % »,
regrettent les rapporteures.
Par ailleurs, elles jugent « difficile »
d’évaluer l’impact qu’a eu l'augmentation du nombre de SPIP sur la récidive
puisque cette dernière « dépend de multiples facteurs et, faute
d’études à la méthodologie rigoureuse, on ne peut isoler l’effet d’un meilleur
suivi par le SPIP ». Ainsi, la direction de l’administration
pénitentiaire envisage de mettre en place une expérimentation basée
sur la comparaison avec un groupe de contrôle, l’objectif étant de « mieux
évaluer les conséquences des peines et de la probation ».
Renforcer la pluridisciplinarité dans les
SPIP
Le rapport précise en outre que la hausse des
effectifs a principalement bénéficié aux corps des conseillers pénitentiaires
et de probation, passés de 3 102 à 3 702. Le nombre d'assistants de
services sociaux est quant à lui de 104 aujourd’hui, contre 64 en 2014. Cela
reste encore insuffisant pour les rapporteures qui estiment, a minima, qu’il
est nécessaire d’atteindre 150 assistants de services sociaux. Ce nombre représente
les « effectifs affichés dans les organigrammes de référence de la
direction de l’administration pénitentiaire ».
Les sénatrices préconisent également de
recruter des psychologues, « afin d’apporter un appui aux
CPIP notamment pour la mise en œuvre des obligations de soin », mais
aussi du personnel administratif et des surveillants pénitentiaires, qu’elles considèrent
tous indispensables au bon fonctionnement des SPIP, car ils accompagnent les
détenus au quotidien, « mettent en œuvre les mesures de contrainte et
apportent un regard complémentaire de celui du CPIP sur le comportement de la
personne condamnée ».
Revaloriser toutes les fonctions
En tant que fonctionnaires, les CPIP ont
bénéficié d’une revalorisation statutaire, passant de la catégorie B à la
catégorie A. Néanmoins, les directeurs pénitentiaires d'insertion et de
probation (DPIP) n’ont pas vu leur fonction revalorisée, ce qui a provoqué une
réduction de l’écart salarial entre les deux fonctions. Ainsi en 2022, 93
postes vacants ont été observés.
Pour les sénatrices, est principalement en
cause le manque d’attractivité de la profession. Celles-ci suggèrent donc, pour
redorer le blason des DPIP, que soit poursuivie la réflexion sur la
reconnaissance de ces directeurs comme hauts fonctionnaires,
avec un passage en catégorie « A+ » et une revalorisation de leur traitement indiciaire. En 2021, le coût d’une
telle évolution avait été évalué à un peu plus
de 4 millions d’euros, précisent-elles.
Les courtes peines : un défi pour les
conseillers
L’étude souligne d’autre part que d’après
les personnes interrogées, les courtes peines s’avèrent un vrai challenge pour
les SPIP, le temps étant trop bref pour amorcer un véritable travail de
réinsertion. Elle renvoie notamment vers le rapport du comité
de pilotage des États généraux de la justice, dit rapport « Sauvé » :
« À ce jour, le bilan que l’on peut en dresser est mitigé : il indique
que le prononcé de peines comprises entre un et six mois d’emprisonnement est
devenu moins fréquent mais que le nombre de peines entre six mois et un an a en
parallèle augmenté. » Alors que la loi de programmation comportait un « bloc
peine » affichant une volonté de diminuer le nombre de courte peine, le
bilan aujourd’hui est jugé « décevant ».
Les rapporteures précisent que bien qu’elles
n’aient pas étudié la politique pénale, « il leur paraît indispensable
de souligner que l’investissement consenti par la Nation dans les SPIP ne
pourra porter complètement ses fruits que s’il s’adosse à une politique pénale
cohérente ».
Tina Millet
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