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PORTRAIT. Sophrologue spécialisée dans la prise en charge des avocats, Anaïs Garcia connaît leurs contraintes, leur culture, leurs silences et l’impact que tout cela a sur leur santé. Celle qui a elle-même vécu un syndrome de l’épuisement professionnel exerce aujourd’hui son métier avec passion, mais elle alerte sur le traumatisme vicariant et les risques suicidaires dans la profession.

Dans les environs de Lyon, les avocats commencent à la connaître : son nom et sa carte circulent depuis 2019, année de lancement de son activité. Anaïs Garcia, elle, s’est forgé une fine compréhension de leur profession.
La sophrologue de 37 ans a travaillé avec l’école des avocats Rhône Alpes, celle du Grand Ouest, le Conseil national des barreaux, le barreau de Lyon, mais aussi plusieurs cabinets de Lyon et de Villeurbanne.
En dehors de ses formations au sein des organismes professionnels ou des cabinets d’avocats, Anaïs Garcia a sa propre structure à Sathonay-Camp (Rhône). Elle y reçoit des personnes en accompagnement individuel, pour des consultations d’une heure, en personne ou en visio. En sept ans, elle a accompagné près d’un millier d’avocats.
Sa discipline, pratique psycho-corporelle fondée par un psychiatre espagnol dans les années 1960, inclut des techniques de respiration et de visualisation, ainsi que des mouvements inspirés du yoga. C’est une « démarche de connaissance de soi » qui permet « d’abolir la monarchie absolue du cerveau » et de se « remettre à l’écoute de ce qu’il se passe dans le corps et dans les émotions », explique Anaïs Garcia.
Elle poursuit : « La sophrologie, c’est très terre à terre, mais ça n’est pas de la médecine. Il faut rester méfiant, car aujourd’hui, c’est une profession qui est non réglementée », met en garde la sophrologue.
Celle qui avait débuté sa carrière dans le marketing, secteur cosmétique, a connu une expérience « douloureuse » mais « fondatrice pour la suite » : un syndrome d’épuisement professionnel. Au plus fort de ce burn out, alors qu’elle est arrêtée, elle découvre la sophrologie. « C’est ce qui m’a été le plus bénéfique pour retrouver de l’apaisement, pour calmer mes pensées ».
En 2016, elle se lance dans des études de sophrologie. Lors de son stage final, elle anime des séances collectives au sein d’un cabinet d’avocats lyonnais. « A la suite de ce stage, ils m’ont demandé de leur faire un devis. Ça a été mes premiers clients », raconte-t-elle.
Par la force des choses, Anaïs Garcia est devenue la sophrologue des avocats. Au sein de son cabinet, environ 70 % de sa clientèle vient de l’avocature. Sa connaissance du métier rassure : « Les nouveaux me disent qu’ils viennent me voir car je connais leurs problématiques », souligne-t-elle.
La pression des délais, celle des clients, la violence entre confrères, avec les magistrats, la détresse émotionnelle de certains clients… ils n’ont pas à l’expliquer. Et quand ils viennent sur conseil d’un autre avocat, un lien de confiance est déjà en place.
« C’est difficile, pour un avocat, de faire aveu de faiblesse. Il y a une culture de l’invulnérabilité, de la performance…, rappelle la sophrologue. Ceux qui me viennent par recommandation arrivent avec l’idée qu’ils peuvent briser la carapace ».
Anaïs Garcia vient de terminer un diplôme universitaire (DU) en pathologies psychiatriques à l’Université Claude Bernard et un stage d’observation en milieu psychiatrique. Elle en a tiré de précieux enseignements : « Ça m’a appris à utiliser les bons mots, à avoir une cartographie précise des différents troubles, à comprendre quand la sophrologie peut être utile, quand elle est contre-indiquée … ».
Elle fait régulièrement passer à ses clients le « test MBI »qui mesure différentes dimensions du syndrome d’épuisement professionnel. « Quand je vois que les scores sont très élevés, je rappelle à ces personnes que ça n’est pas ma compétence de poser un quelconque diagnostic. Je les invite toujours à en parler à un médecin, à un psychiatre ou à un psychologue ».
Majoritairement féminine, sa clientèle couvre un large éventail d’âges ; des jeunes avocats avec quelques années de barre aux professionnels proches de la retraite.
Les avocats qu’elle accompagne la sollicitent souvent « à un moment où le ras-le-bol et le déséquilibre sont tels que continuer dans la direction qu’ils prennent leur coûte trop. Ils ne dorment plus, ils ont la boule au ventre en permanence par exemple » explique la sophrologue, inquiète d’en rencontrer beaucoup alors qu’ils sont déjà au bord du burn out.
« Un grand nombre d’entre eux viennent à moi pour éviter de consulter un médecin, de respecter l’arrêt maladie qui leur a été prescrit ou de prendre des antidépresseurs ». Pour essayer de les raisonner, elle leur demande systématiquement : « Si vous étiez diabétique, vous ne viendriez pas voir une sophrologue pour arrêter de mesurer votre glycémie ? »
Lors de son DU, Anaïs Garcia a réalisé un mémoire sur l’épuisement professionnel des avocats. Si « la parole se libère » sur les différentes problématiques de santé mentale auxquelles les avocats doivent faire face, certains tabous et « modes de fonctionnements » subsistent encore.
La sophrologue a identifié « deux priorités majeures » largement délaissées: la prise en charge du traumatisme vicariant, ce phénomène psychologique qui affecte les professionnels exposés à des situations et des récits choquants, et la prévention de la crise suicidaire.
« Des choses peuvent être mises en place, il faut mettre les pieds dedans ! » lance-t-elle*. Malgré des années de pratique, Anaïs Garcia ne s’habitue pas à la souffrance de celles et ceux qui passent dans son cabinet. « Même si ce sont des choses que j’ai déjà entendues, cela crée toujours un écho douloureux », explique-t-elle. Le jour où cet écho disparaîtra ? « Il faudra que je change de métier ».
*Si vous êtes inquiet pour un proche ou si vous avez des idées suicidaires, vous pouvez appeler le 3114. Gratuit, ce service propose une écoute professionnelle et confidentielle, 24h/24 et 7j/7, par des infirmiers et psychologues spécifiquement formés.
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