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Dans un contexte marqué par la forte dépendance aux énergies fossiles importées, l’exécutif fait le pari d’une électrification massive de la France assortie d’une relance du nucléaire. Avec cette PPE3, le gouvernement affiche l’ambition d’inverser la structure de la consommation énergétique française d’ici 2035 pour porter la part d’énergie décarbonée à 70 %… tout en prévoyant une clause de revoyure en 2027.

Alors que Sébastien Lecornu, en déplacement hier dans le Jura, a pointé un « décalage de plus en plus préoccupant entre la situation internationale et la vie politique intérieure », le gouvernement publie ce vendredi 13 février, par décret, sa nouvelle feuille de route énergétique, après presque trois ans de retard et de tensions entre pro-nucléaire et pro-énergies renouvelables.
Ce troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui fixe la stratégie énergétique de la France pour la période 2026-2035 en se basant sur les scénarios énergétiques de RTE, et trace la trajectoire vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, était justement présenté hier par le Premier ministre, au cœur de la salle des machines du barrage hydroélectrique EDF de Saut-Mortier.
Le texte a pour ambition de « bâtir un système énergétique souverain, décarboné et compétitif », tandis que la France dépend encore fortement des énergies fossiles importées, dont les deux principales représentent un coût de 60 milliards d’euros par an. Le premier ministre l’a d’ailleurs assuré hier : il y a « urgence à tracer un chemin » vers l’indépendance. Gaz russe – et aujourd’hui américain -, hydrocarbures du Moyen-Orient… « Jusqu’à quel point veut-on rester dépendants d’un certain nombre de régions du monde ? », a-t-il interrogé.
Bonne nouvelle toutefois, a estimé Sébastien Lecornu : pour la première fois, nos intérêts climatiques correspondent à nos intérêts géopolitiques et « aux intérêts du consommateur ; à sa facture d’électricité ». Et de mettre en avant la « corrélation essentielle entre l’offre et la demande, surtout au moment où des chocs industriels sont à venir en matière de consommation énergétique ».
Dans le détail, la PPE aspire à « inverser la structure de la consommation énergétique du pays », en passant de 60 % d’énergies fossiles dans la consommation finale française aujourd’hui à 60 % d’énergie décarbonée dès 2030 et 70 % en 2035.
Puisque la France produit actuellement plus d’électricité bas carbone qu’elle n’en consomme, la programmation mise sur un « grand plan d’électrification » voué à accélérer la conversion des secteurs toujours tributaires des énergies fossiles. Le ministre de l’Economie Roland Lescure a annoncé le 11 février un soutien de 1,6 milliard euros pour électrifier 7 sites industriels parmi les 50 plus émetteurs de France : dans cette logique, l’industrie fait partie des quatre chantiers identifiés, devant le numérique, le bâtiment, et les mobilités.
Mais comment peut-on électrifier plus vite ? En rompant visiblement avec les choix effectués jusque-là. Tandis que la précédente programmation prévoyait, en 2019, la fermeture de pas moins de 14 réacteurs, la nouvelle stratégie prévoit à l’inverse une véritable relance du nucléaire, comme l’a assumé Roland Lescure hier, lors de la présentation de la PPE3 : « Il faut enterrer les querelles de famille, on a besoin du nucléaire (…) il est essentiel, c’est la colonne vertébrale de notre production ».
Dans les tuyaux, donc, la construction de six EPR2 – et huit supplémentaires dont le sort devrait être prochainement décidé – mis en service dès 2038, la consolidation et la prolongation des 57 réacteurs existants et une « optimisation du parc » visant une production de 380 TWh dès 2030, précise un communiqué.
Quid alors des énergies renouvelables ? Le nouveau plan convoite un « équilibre ». Pas question d’y aller tous azimuts : le gouvernement penche pour la « poursuite raisonnée et réaliste du développement des énergies renouvelables électriques terrestres ».
Les objectifs d’installations des énergies renouvelables électriques ont ainsi été « ajustés », et la PPE fixe une « évolution raisonnée », lit-on, du photovoltaïque, soit 48 GW (gigawatt-heure) en 2030 et 55-80 GW en 2035, contre près de 30 GW en 2025. S’agissant de l’éolien terrestre, c’est la remotorisation de parcs existants qui devrait être la solution « privilégiée », avec une cible de 31 GW en 2030, 35-40 GW en 2035, contre environ 24 GW en 2025.
En revanche, l’éolien en mer sera pour sa part « accéléré », affirme le gouvernement, qui fixe un objectif de 15 GW pour 2035. De son côté aussi, l’hydroélectricité jouit d’un coup de boost, et doit notamment bénéficier d’une augmentation de 2,8 GW des capacités de barrages (soit +11%).
Une hausse qualifiée d’« énorme » par Roland Lescure jeudi 12 février, « surtout dans les moments de pointe où on a besoin de plus d’électricité : 750 000 foyers pourront être directement approvisionnés sans pression sur les réseaux », a auguré le ministre, qui a évoqué l’investissement dans les STEP, des pompes qui permettent de mieux gérer les pointes électriques.
Trajectoire soutenable ou horizon incertain ? En tout cas, le gouvernement semble faire preuve de prudence : souhaitant « garantir l’adaptation de sa trajectoire », il souligne que sa programmation intègre « pour la première fois » une clause de revoyure (déjà) en 2027.
Par ailleurs, si le plan d’électrification chiffré secteur par secteur est, de son côté, prévu pour courant avril, Sébastien Lecornu a annoncé jeudi qu’il y aurait également des « déclinaisons des stratégies [exposées] » en Corse et dans les outre-mer, « car paradoxalement, dans ces territoires où ne manque ni mer, ni vent, ni soleil, il y a encore une dépendance aux hydrocarbures préoccupante ».
Au total, la mise en œuvre de la PPE3 pourrait générer plus de 120 000 emplois supplémentaires à horizon 2030 – c’est ce que promet le gouvernement -, notamment dans le nucléaire, le photovoltaïque et l’éolien en mer. Elle vise aussi une réduction progressive de la dépense budgétaire consacrée au soutien aux énergies renouvelables : moitié moins à horizon 2040… Si tout se passe bien.
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