Les centres éducatifs fermés commencent à disparaître dès aujourd’hui, remplacés par les unités judiciaires à priorité éducative

L’ensemble des CEF publics est remplacé dès aujourd’hui. Ceux du secteur associatif disparaîtront progressivement jusqu’en 2028. Ces nouvelles structures devraient permettre plus de souplesse dans la mise en place du contrôle judiciaire pour le juge.


mardi 1 septembre à 10:054 min

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Les CEF (ici celui de la périphérie de Valence) avaient été pointés du doigt par le garde des Sceaux comme ne tenant pas leurs promesses. Photo par Philippe Desmazes / AFP

C’était une volonté de Gérald Darmanin : l’ensemble des centres éducatifs fermés (CEF) publics sont remplacés dès ce mardi 1er septembre par des premières unités judiciaires à priorité éducative (UJPE). La quasi-totalité des foyers de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) prend également cette nouvelle appellation.

Une concrétisation des annonces faites en novembre dernier par le garde des Sceaux, qui jugeait que les CEF ne tenaient pas leurs promesses. Une circulaire ministérielle avait été envoyée en février dernier aux procureurs, directeurs et éducateurs de la PJJ, officialisant ce changement.

Au total, 85 établissements changent de statut : 19 anciens CEF publics, et 66 unités éducatives d’hébergement collectif (UEHC) gérés par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). L’ensemble de ces structures accueille aujourd’hui environ 850 jeunes. Le changement s’opère sans déménagement : les UJPE s’inscrivent dans « la continuité institutionnelle et immobilière de leurs prédécesseurs », c’est-à-dire aux mêmes adresses, souligne la Chancellerie.

Le cadre a été posé par une circulaire de politique pénale et éducative du 11 février 2026, complétée par un décret du 12 mars et un arrêté du 14 avril fixant le cahier des charges de ces structures.

Le juge décide du niveau du contrôle judiciaire

Au-delà d’un changement de nom, c’est un changement de logique qui intervient. Jusqu’à présent, la gradation de la réponse pénale reposait sur le lieu : le CEF, structure privative de liberté adossée notamment au contrôle judiciaire, d’un côté, et le foyer, plus ouvert, de l’autre.

C’est désormais au magistrat de définir, pour chaque mineur, son régime judiciaire, son niveau de contenance, son niveau d’encadrement, et la structure s’adapte aux injonctions judiciaires.

Conséquence principale attendue : la fin de certaines ruptures de parcours. Auparavant, un juge estimant qu’un jeune n’avait plus besoin d’être en CEF devait le transférer en foyer, avec changement d’établissement et d’équipe éducative. Désormais, le mineur pourra rester au même endroit, avec les mêmes professionnels, en voyant simplement son contrôle judiciaire allégé, voire supprimé, si son évolution est jugée positive.

Une transition qui ne s’est pas traduite par des transferts de mineurs, assure la Chancellerie. Depuis février, les juridictions connaissaient le devenir de chaque structure et l’ont intégré à leurs décisions : soit le jeune a été placé d’emblée dans un CEF associatif, appelé pour l’heure garder cette appellation, soit dans une future UJPE, avec un régime judiciaire tenant compte de la souplesse du nouveau modèle.

Des profils différents qui se côtoient, une pratique déjà existante

De fait, des mineurs aux parcours très différents sont réunis dans un même établissement. La Chancellerie l’assume, expliquant que la répartition théorique entre profils lourds en CEF et profils moins complexes en foyer « ne correspondait pas à la réalité de la pratique judiciaire », avec des jeunes ayant sombré dans la délinquance qui pouvaient se trouver en foyer, sans « les éléments professionnels et de contenance permettant un bon encadrement », quand d’autres étaient placés en CEF sans que cela réponde à une gradation de la réponse pénale.

Côté organisationnel, cela risque en revanche d’être un défi complexe. Faire cohabiter un mineur sous contrôle judiciaire strict, interdit de sortie, avec d’autres autorisés à participer à des activités extérieures suppose d’aménager les emplois du temps et d’assurer une permanence dans l’unité. Des référentiels de pratique professionnelle ont été élaborés et diffusés cet été, et des guides méthodologiques suivront en octobre.

Un professeur technique et un infirmier dans chaque unité

Chaque UJPE compte 12 places, comme les CEF et les foyers avant elle, pour une équipe type de 22 professionnels, dont 14 éducateurs. Deux fonctions font leur entrée dans l’ensemble des 85 structures : un professeur technique et un infirmier, la réforme mettant l’accent sur l’insertion scolaire et professionnelle ainsi que sur la santé.

Cette homogénéisation s’est faite par redéploiement : près d’une centaine d’emplois ont été transférés des anciens CEF publics vers les foyers. Sans mouvement de personnel imposé, précise la Chancellerie – les postes supprimés dans les CEF étaient vacants ou occupés par des contractuels en fin de contrat.

Certains postes pourraient rester vacants au jour de l’ouverture. La Chancellerie reconnaît qu’« il y en aura forcément », les recrutements de contractuels étant en cours.

Moins cher qu’un CEF et plus cher qu’un foyer

Ce changement ne devrait pas peser sur le budget du ministère. Une journée de placement en UJPE coûte un peu moins de 500 euros, soit environ 20 % de moins qu’en CEF, mais davantage qu’en foyer. « On fait converger les deux modèles », explique-t-on place Vendôme. « Il s’agit d’une question d’efficience de la dépense publique plus que d’économie ». Le budget global des 85 structures n’a pas été communiqué.

Si les CEF publics disparaissent tous ce 1er septembre, les 39 CEF du secteur associatif habilité disposent d’un calendrier propre, négocié structure par structure. Quatre d’entre eux deviendront des UJPE au 1er janvier 2027, et les 35 autres au plus tard le 1er janvier 2028. Des centres éducatifs fermés continueront donc d’exister pendant plus d’un an, aux côtés d’autres dispositifs comme les centres éducatifs renforcés, qui obéissent à un régime distinct.

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