Le TJ de Créteil acte la fin d’un chantier de dix ans

Lors de l’audience solennelle qui s’est tenue en début de semaine, la présidente Catherine Mathieu a consacré cette étape clé dans l’histoire de la juridiction, sans oublier de tracer les grandes orientations judiciaires pour l’année à venir.


mercredi 21 janvier6 min

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Catherine Mathieu a précisé que d’autres travaux de rénovation seront effectués © Loris Le Graët

« Dix ans d’études et de travaux : c’est à peu près le temps qu’il aura fallu pour mener à bien la rénovation d’une partie seulement de ce tribunal. »

Lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire de Créteil, lundi 19 janvier, le traditionnel bilan de l’année écoulée n’a, pour une fois, pas occupé le devant de la scène. La présidente de la juridiction, Catherine Mathieu, a tenu à marquer la clôture d’un long chapitre ouvert il y a une décennie : l’achèvement des travaux de la grande tour du palais de justice de Créteil, édifiée en 1978.

Un chantier d’envergure, chiffré à 38 millions d’euros, qualifié par la présidente de « l’un des investissements immobiliers les plus importants de l’immobilier judiciaire de ces dernières années ». L’occasion, a-t-elle souligné d’emblée, de « marquer les étapes positives de la vie de la juridiction », estimant qu’il était « important pour la communauté judiciaire de s’arrêter un instant, avant que le quotidien n’en efface le souvenir ».

Cette rénovation , Catherine Mathieu l’a rappelé, « était indispensable ». Le bâtiment, a-t-elle expliqué, « concentre toutes les caractéristiques de l’immobilier de son époque », à commencer par la présence de matériaux amiantés, « notamment dans les colles des sols et dans le célèbre télélift ».

La situation a longtemps nourri les inquiétudes des personnels, jusqu’à devenir une source d’émotion légitime lorsque les causes du décès d’un agent technique détaché du conseil général, puis d’une magistrate, ont été questionnées. Période que la présidente n’a pas hésité à qualifier de véritable « crise de l’amiante », survenue « en 2018 et 2019, sous la présidence de Noël et la procureure Beccuau ».

Quatre nouvelles salles d’audience

Ces travaux ont ainsi permis de « repenser l’adaptation des lieux aux évolutions des méthodes de travail des magistrats, des fonctionnaires et des équipes qui les entourent », mais aussi de « valoriser des espaces de convivialité pour tous ».

Concrètement, trois nouvelles salles d’audience civiles ont été créées au rez-de-chaussée, ce qui permettra d’accélérer les délais de traitement des dossiers. Une quatrième salle, dédiée aux audiences pénales et située sur la mezzanine, doit être inaugurée le mois prochain.

Le chantier a également favorisé le développement d’espaces pensés pour le travail collectif, à l’image de la grande salle de permanence qui réunit, sur un même plateau, magistrats, greffiers et attachés de justice.

Catherine Mathieu a ainsi mis en avant « la résilience de l’ensemble des personnels de la juridiction », confrontés pendant plusieurs années au bruit, à l’indisponibilité des ascenseurs et à de nombreux déménagements – chaque service ayant changé de locaux au moins deux fois en cinq ans – sans que l’activité des services ne soit jamais interrompue.

Pour autant, l’achèvement de la tour principale ne marque pas la fin des travaux. Le désamiantage du site reste incomplet et concerne désormais le bâtiment dit « audience », confronté aux mêmes contraintes et aux mêmes besoins que l’immeuble de grande hauteur.

Une nouvelle phase de chantier, « tout aussi ambitieuse », est donc envisagée. Elle devra notamment intégrer des études d’agrandissement du tribunal, afin de créer de nouvelles salles d’audience et de répondre à l’augmentation de l’activité juridictionnelle.

Des délais de traitement « en nette diminution »

Côté parquet, la présidente de la quatrième juridiction de France a livré son « court bilan » de l’année 2025, rappelant que, l’an dernier, cette dernière avait mis l’accent sur la justice de proximité et sur la mutualisation des audiences, démarche visant à garantir une égalité de traitement entre les justiciables, quel que soit le tribunal de proximité saisi.

Cette politique « toujours en cours » aurait, selon elle, « déjà porté ses fruits ». Les délais de traitement dans les juridictions les plus sollicitées, notamment à Sucy-en-Brie et à Ivry-sur-Seine, sont ainsi « en nette diminution ».

Catherine Mathieu a également exprimé l’espoir que la réforme de la procédure judiciaire du contentieux aérien, applicable à compter du 1er février, vienne encore renforcer cette dynamique.

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En matière familiale, la présidente a reconnu que si l’absence du dixième cabinet sur l’ensemble de l’année 2025 aurait pu peser sur l’activité, « l’investissement des magistrats et des greffiers » a permis de maintenir des délais raisonnables, voire de les améliorer s’agissant des demandes en divorce.

Catherine Mathieu a néanmoins déploré la persistance de « stocks importants », estimant qu’ils justifient plus que jamais la création d’un dixième cabinet de juges aux affaires familiales.

Augmentation de l’activité du JLD

Parmi les évolutions notables de l’activité, la magistrate a également relevé « l’augmentation de l’activité du juge des libertés et de la détention », en particulier en matière d’hospitalisation sous contrainte, notamment pour les mesures d’isolement et de contention, ainsi que la hausse du contentieux de la rétention et des zones d’attente.

Celle qui est devenue la première femme à la tête du tribunal judiciaire de Créteil lors de sa prise de fonction en 2024 a par ailleurs souligné que l’activité du service de l’application des peines demeure fortement affectée par la surpopulation carcérale, qui s’aggrave au centre pénitentiaire de Fresnes.

Cette dernière a également évoqué la pression persistante pesant sur les juges des enfants, confrontés à un niveau toujours très élevé de situations concernant des mineurs non accompagnés, relevant toutefois la mise en place d’une convention avec le barreau du Val-de-Marne, permettant d’assurer à ces enfants « une meilleure défense ».

Reste que, faute de moyens suffisants et en l’absence du renfort d’un juge supplémentaire, le tribunal pour enfants ne peut, à ce stade, traiter l’ensemble de ces situations dans des délais raisonnables, a-t-elle déploré.

« Mettre la victime au cœur de la Justice »

En 2025, la juridiction a par ailleurs « poursuivi son investissement dans la lutte contre les violences intrafamiliales », en s’appuyant sur un réseau de partenaires associatifs et institutionnels. En outre, les délais de jugement des affaires pénales se sont améliorés en fin d’année et le délai de six jours pour la délivrance des ordonnances de protection « est désormais une réalité », a affirmé Catherine Mathieu.

Une formation commune a également été organisée avec le barreau autour de ces ordonnances, permettant de revenir sur les fondamentaux des violences conjugales. « Avec ces mêmes acteurs, nous poursuivons notre action pour mettre la victime au cœur de la Justice », a rappelé la présidente, soulignant que « la vulnérabilité des victimes exige beaucoup de nous : il ne suffit pas d’être disponible, il faut être proactif. »

Dans cette perspective, un conseil de juridiction thématique a été organisé, au cours duquel une victime est venue témoigner de son parcours judiciaire. Témoignage que la magistrate a qualifié de « particulièrement éclairant » pour les professionnels, en mettant en lumière les limites du dispositif actuel.

« La bonne volonté de chaque acteur n’est pas encore suffisante pour permettre à une victime de s’approprier pleinement ce parcours judiciaire et d’en tirer une véritable réparation », a-t-elle reconnu, appelant à « aller plus loin » et à assurer une continuité réelle de l’accompagnement, au-delà du seul jugement correctionnel, mais jusqu’à l’indemnisation. « Nous nous y employons », a-t-elle assuré.

La présidente a enfin affiché son souhait de « mieux accueillir la victime à l’audience », notamment en lui offrant la possibilité d’attendre dans un espace dédié, distinct de celui du prévenu.

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