Surpopulation carcérale : le nombre de détenus (encore) en hausse, de près de 7 % en un an

Selon un rapport, au 1er janvier 2026, la France compte désormais 86 100 personnes incarcérées dans des établissements pénitentiaires, y compris dans les collectivités d’outre-mer. La majorité des détenus purgent une peine dont la durée restante est inférieure ou égale à cinq ans.


mercredi 21 janvier4 min

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L’entrée de la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis. ©Philippe LOPEZ / AFP

La population carcérale poursuit sa hausse en France. C’est ce que met en évidence le dernier rapport Infos Rapides Justice publié le 15 janvier par le service de la statistique, des études et de la recherche (SSER) du ministère de la Justice.

Au total, au 1er janvier 2026, le nombre de personnes détenues a progressé de 6,8 % sur un an. Cette progression concerne à la fois les condamnés et les prévenus. Par ailleurs, au cours du seul quatrième trimestre 2025, près de 19 900 personnes ont été placées en détention.

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Au total, au sein des établissements pénitentiaires, y compris dans les collectivités d’outre-mer, la population détenue atteint désormais 86 100 personnes, contre 79 300 un an plus tôt, révèle le rapport.

À ce chiffre, s’ajoutent aussi les 17 600 personnes exécutant une peine d’emprisonnement ferme hors détention, dans le cadre d’un aménagement de peine, que ce soit à domicile sous surveillance électronique ou en placement à l’extérieur dans une structure habilitée. Leur nombre progresse de 9,8 % sur un an.

Une évolution qualifiée de « saisonnière » par le rapport, marquée par une hausse en début d’année et un reflux durant l’été. Là encore, la tendance est nette : en 2021, moins de 12 500 personnes exécutaient leur peine hors établissement pénitentiaire.

Plus de 54 000 détenus purgent une peine inférieure ou égale à cinq ans

Le rapport s’intéresse également à la situation des personnes condamnées actuellement incarcérées. Au 1er janvier 2026, 54 300 détenus purgent une peine dont la durée restante est inférieure ou égale à cinq ans, un chiffre en hausse de plus de 5 %.

Parmi eux, 2 600 sont susceptibles de retrouver la liberté dans le mois. À l’inverse, 2 200 personnes demeurent confrontées à des peines particulièrement longues, avec au moins dix années d’emprisonnement encore à exécuter. Le SSER rappelle toutefois que ces durées ne tiennent pas compte d’éventuelles évolutions ultérieures, telles que des réductions de peine ou de nouvelles condamnations.

Dans le détail, la répartition des peines restantes met en évidence un nombre important de condamnations de moyenne et longue durée. Près de 15 000 personnes devront ainsi purger entre un et deux ans d’emprisonnement en 2026, tandis qu’environ 13 000 ont encore entre deux et cinq ans à exécuter. Près de 5 000 détenus se situent dans une tranche comprise entre cinq et dix ans, et un peu plus de 2 000 restent condamnés à plus de dix ans de détention.

La population carcérale demeure majoritairement incarcérée pour six grandes catégories d’infractions : homicides volontaires, viols ou agressions sexuelles, violences, vols, infractions à la législation sur la santé publique, ainsi que celles liées à la circulation et aux transports.

A noter, une progression des infractions les plus graves : 5 000 personnes sont détenues pour homicide volontaire (+ 1,7 % sur un trimestre), et 7 800 pour viol ou agression sexuelle (3,8 %).

« En totale déconnexion avec l’urgence de la situation »

Une énième augmentation du nombre de population carcérale qui a suscité de vives réactions de la part de l’Observatoire international des prisons (OIP), celui-ci estimant, dans un communiqué en date du 9 janvier, que face à cette hausse « incontrôlée, aucune mesure de déflation carcérale n’est envisagée ».

L’OIP fustige également le projet de loi visant à assurer une sanction utile, rapide et efficace (dit SURE), qu’elle considère comme « totalement dépourvu de dispositions visant à limiter les entrées en prison ou à réduire la place de l’incarcération dans la réponse pénale ».

L’Observatoire dénonce enfin la position du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, « insultante pour les plus de 86 000 personnes exposées quotidiennement à des conditions de détention indignes ». Il ajoute que ces détenus « resteront légion quand bien même plus personne ne dormirait par terre fin 2027 », « en totale déconnexion avec l’urgence de la situation », et appelle à la mise en place « d’un mécanisme de régulation carcérale contraignant ».

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