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À l’occasion de la REF 2026, l’Ordre des experts-comptables a tenu à faire le point sur la réforme de la facturation électronique et à répondre aux principales inquiétudes des entreprises, alors que les premières obligations entreront en vigueur le 1er septembre 2026.

« Il n’y a pas de raison que, pour 95 % des entreprises, ça ne marche pas directement. » Lors d’une conférence de presse organisée par l’Ordre des experts-comptables, ce 27 août 2026 à l’occasion de la REF 2026, Damien Charrier, président du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables, a voulu se monter rassurant concernant l’entrée en vigueur, le 1er septembre, de la facturation électronique pour les entreprises assujetties à la TVA.
Alors qu’une partie de la classe politique, dont Éric Ciotti, président d’un parti de droite, demande à Sébastien Lecornu de « suspendre » la réforme, le représentant de la profession s’est voulu catégorique : « Le sujet, c’est de faire un double clic sur un coffre-fort [numérique], pour celles qui n’ont pas d’autres besoins ; ça se résume à ça. »
Avec cette réforme, alignée sur les objectifs de la directive européenne ViDA, toutes les entreprises, de la multinationale à la micro-entreprise, devront être en mesure de recevoir leurs factures par voie électronique dès le 1er septembre 2026, via une Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP) ou le Portail public de facturation.
Pour l’émission, l’obligation entrera en vigueur à cette même date pour les grandes entreprises et les ETI, tandis que les PME, TPE et micro-entreprises devront s’y conformer à partir du 1er septembre 2027. Une généralisation qui suscite toutefois plusieurs inquiétudes, notamment concernant les coûts, les risques de cyberattaques ou encore les entreprises qui pourraient rester à l’écart du dispositif.
Pour Damien Charrier, un retour en arrière n’est toutefois pas envisageable. La réforme française s’inscrit dans un mouvement international, plusieurs pays ayant déjà instauré des obligations de facturation électronique, notamment l’Italie et la Belgique. « Ce n’est pas le moment de lui imposer un retard technologique, cette réforme est préparée de longue date, on est prêts et au bout de l’entonnoir », a-t-il estimé.
L’Ordre des experts-comptables, qui rassemble près de 22 000 professionnels et accompagne plus de trois millions d’entreprises, entend faire de cette transition un « sujet d’intérêt général », à l’image du prélèvement à la source en 2019. Une comparaison reprise par son vice-président, Dominique Périer : « Qui serait capable de revenir en arrière et de dire qu’ils vont refaire leurs déclarations de revenus à la main ? »
Reconnaissant que le prélèvement à la source avait « cafouillé » lors de sa première année, ce dernier estime néanmoins que cela « marche bien aujourd’hui » et que revenir sur la facturation électronique serait une « erreur fondamentale ».
Car l’enjeu de la facturation électronique est avant tout, pour Damien Charrier, de permettre aux entrepreneurs « d’être plus efficients ». Le président de l’Ordre national des experts-comptables a mis en avant le gain de temps permis par la dématérialisation.
« Ce que ne fera pas le chef d’entreprise en ayant fermé sa boutique à 19h, rentré chez lui à 20h, après s’être occupé des enfants pour enfin se connecter à 22h pour transmettre l’information, aller chercher les factures, reprendre des fichiers dans un mail et les mettre dans un drive, scanner celle en papier… C’est ça, la vraie vie des entrepreneurs ! », a-t-il lancé.
Autre argument avancé : le coût. Le recours à une plateforme agréée (PA) pourrait, selon lui, revenir moins cher que le système actuel, notamment grâce à « des offres gratuites pour les entreprises qui n’ont pas besoin de plus ». À cela s’ajouterait le temps économisé, permettant de « rationaliser le coût avec le temps gagné ».
Des plateformes proposent ainsi une offre gratuite, tandis que les formules payantes peuvent aller de 20 euros par mois à plus de 500 euros pour les grandes entreprises. Un coût à mettre en regard de l’ancien modèle qui, « avec une facturation de quelques centimes par facture, pouvait également représenter plusieurs dizaines d’euros par an » a mis en exergue Damien Charrier.
La transition ne sera toutefois pas immédiate pour tous les usages. Les représentants de plateformes agréées présents à la REF, notamment Sage et Kolecto, ont rappelé que la gestion de la TVA recouvre près d’une quarantaine de scénarios réglementaires différents, de la vente classique à l’autoliquidation en passant par l’e-reporting. Les plateformes généralistes traiteront dans un premier temps le socle commun, tandis que des plateformes spécialisées pourront se développer sur les cas d’usage plus complexes.
Une période de rodage jugée bienvenue par Arnaud Petit, directeur général de Sage, qui estime « intelligent » de disposer de plusieurs mois pour tester le dispositif, échanger avec les clients et fournisseurs et former les équipes en interne. Une phase qui doit aussi permettre aux entreprises de vérifier si la plateforme choisie correspond réellement à leurs besoins, alors que les offres peuvent être très différentes selon leur degré de spécialisation.
Cependant, pour l’heure, plusieurs interrogations restent en suspens, notamment concernant les micro-entreprises et les auto-entrepreneurs. En particulier pour ceux qui ne seraient pas inscrits sur l’annuaire central de la facturation : ils pourraient être dans l’impossibilité de recevoir certaines factures électroniques et devraient alors contacter directement leurs clients ou fournisseurs pour déterminer par quel moyen les transmettre.
Si Damien Charrier estime que ces petites structures disposent malgré tout de fournisseurs avec lesquels elles devront progressivement s’adapter au nouveau système, cette réponse laisse néanmoins de côté les difficultés spécifiques auxquelles pourraient être confrontés les plus petits acteurs. Difficultés balayées par le président de l’Ordre : « Je n’ai rien contre les auto-entrepreneurs, qui font un complément de revenus dans leur vie, mais ce n’est pas ça qui fait tourner toute l’économie française. »
Autre point de vigilance : le risque de cyberattaques, bien que les représentants des plateformes de dématérialisation partenaires (PDP) aient assuré que leurs systèmes étaient conçus pour sécuriser les données des entreprises et qu’ils disposent de protocoles de continuité et de rétablissement en cas d’attaque.
Ils ont estimé par ailleurs que « la facturation électronique présente moins de risques que l’échange de factures par mail ou dans des drives, notamment grâce à l’identification des entreprises via les plateformes ».
Arnaud Petit a par ailleurs jugé que le principal avantage de la réforme pour les PME résiderait dans l’amélioration des délais de paiement. Si la facturation électronique ne pourra pas empêcher un client « malveillant » de retarder un règlement malgré les obligations prévues par la loi LME, qui encadre les délais de paiement entre entreprises, elle permettra en revanche de sécuriser davantage le processus grâce à une trace numérique.
Les entreprises pourront ainsi plus difficilement invoquer « la non-réception d’une facture » ou son envoi au « mauvais service » pour retarder un paiement, limitant ainsi les abus liés au rapport de force commercial.
Un enjeu particulièrement important pour les petites entreprises, dont la trésorerie fragile peut rapidement conduire à des difficultés, voire à des défaillances. « D’autant que la sous-capitalisation pour les petites entreprises, c’est ce qui crée les défaillances et c’est ce qui fragilise la vie économique française » a conclu Damien Charrier.
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