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Soucieux, l’Ordre des experts-comptables vient de lancer une nouvelle campagne publicitaire visant à mieux vulgariser les enjeux de la réforme. Car le temps presse : alors que la première phase de la généralisation de la facturation électronique approche, et que la loi prévoit une amende rondelette en cas de non conformité, deux tiers des entreprises jugent encore le processus obscur. Au-delà, une majorité d’entre elles redoutent une augmentation des factures impayées.

Le 1er septembre 2026 approche à grands pas. À cette date, la première phase de la généralisation de la facturation électronique, à savoir l’obligation pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire d’émettre des factures électroniques et l’obligation pour toutes les entreprises d’en recevoir, sera mise en place.
Pour l’occasion, l’Ordre des experts-comptables diffuse depuis le 26 janvier et pour six semaines une campagne nationale ayant pour ambassadeur le journaliste et vulgarisateur scientifique Jamy Gourmaud. Via des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, le présentateur de l’ancienne émission culte C’est pas sorcier sort ainsi de ses thématiques de prédilection et décrypte, fidèle à son sens de la pédagogie, les enjeux de la facture électronique.
« N’attendez plus », presse par ailleurs l’instance représentative de la profession sur ses autres supports de com’, de façon plus protocolaire cette fois-ci. Un dernier appel aux entreprises qui ne semblent pas toutes prêtes à s’y mettre.
La sixième édition du baromètre commandé par le Conseil national de l’Ordre des experts-comptables publiée en septembre dernier indiquait en effet que 3 entreprises sur 10 estiment n’être pas du tout prêtes. 61 % des entreprises se disent pourtant confiantes dans leur capacité à passer à la facturation électronique. Un taux qui monte à 89 % pour celles ayant déjà lancé un plan.
Plus ennuyeux encore, si 78 % ont connaissance de cette obligation à venir, seuls 36 % jugent le processus clair. Seules 21 % des entreprises savent d’ailleurs quelle plateforme agréée (PA, nouveau nom pour plateforme de dématérialisation partenaire ou PDP) choisir. L’un des problèmes majeurs réside dans la notoriété des plateformes : une entreprise sur deux n’en connaît aucune.
Pourtant, « l’enjeu est considérable, d’autant que la loi de finances pour 2026 prévoit jusqu’à 15 000 euros d’amende annuelle pour les entreprises non conformes », alerte l’Ordre.
Autre risque de ce réveil tardif : « Si tout le monde attend la fin du mois d’août 2026, il y aura trop de monde dans les tuyaux. Démarrer le plus vite possible est la meilleure solution », estime Dominique Périer, chargé de mission du secteur « grands projets numériques » du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables (CNOEC), organe national dirigeant de l’Ordre.
Et pas question de retarder une nouvelle fois la mise en œuvre de la réforme. « Nous devrons de toute façon y passer d’ici 2030, car cette réforme sera obligatoire au niveau européen », assure Damien Charrier, président du CNOEC, qui considère que « la facture électronique n’est pas une réforme pour les experts-comptables, mais une réforme pour l’économie ». Une réforme qui a déjà eu lieu et qui fonctionne en Italie et en Côte-d’Ivoire, selon le président de l’Ordre.
Un premier test de grande ampleur sera effectué ce premier semestre 2026.
L’enjeu étant de rassurer des entreprises particulièrement inquiètes. D’après une étude de la fintech française Clearnox parue en 2024, 60 % des entreprises craignent une augmentation des factures impayées.
Pour Hajar El Mountassir, product manager chez cet éditeur de logiciel de recouvrement, « cette peur est compréhensible car la réforme, bien qu’essentielle pour la lutte contre la fraude à la TVA, la réduction des coûts administratifs et le renforcement de la traçabilité, n’est pas une solution miracle au comportement de paiement ».
Hajar El Mountassir souligne aussi les « limites opérationnelles » de la réforme, au sujet des litiges ou des problèmes de réception de factures. « On le voit concrètement en Italie où on n’a pas constaté d’amélioration dans les retards de paiement moyens », assure-t-elle.
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Car les textes se limitent à la simple transmission de données accompagnée du flux fiscal, sans prendre en compte le recouvrement. « Toute la partie suivi, relance, recouvrement, qui aurait pu être un vrai levier pour accélérer les encaissements, n’est pas du tout couverte », regrette la spécialiste. Autre limite : la réforme ne couvre que la partie B2B en France, sans s’attarder sur les transactions B2C ou internationales.
Pour rassurer les entreprises, Hajar El Mountassir préconise de se servir de cette réforme comme d’un catalyseur de modernisation : « Il faut profiter de ce contexte pour digitaliser toute la partie order-to-cash et tout le cycle de vie d’une facture, avec un outil qui permet de gérer le suivi, la relance et le recouvrement. » Selon l’experte, coupler la réforme avec un outil de suivi va permettre aux entreprises d’avoir une meilleure traçabilité et une visibilité accrue sur l’encours client et sur sa situation de compte consolidée.
La réforme pourrait ainsi devenir un levier de trésorerie pour les PME… à condition de s’y prendre à temps. En complément, l’utilisation de solutions dédiées permet de « muscler toute la partie qui permet d’accélérer le recouvrement », assure Hajar El Mountassir, qui prêche pour sa paroisse, et pourrait ainsi « fai[re] diminuer l’encours client jusqu’à 30 % et la durée de traitement jusqu’à 50 % par l’automatisation des tâches répétitives ou chronophages ».
« Ce qui peut d’ailleurs permettre aux entreprises de financer une partie de la réforme, car elle a un coût qui peut être conséquent », souligne la spécialiste. Car les plateformes agrées ont un coût, et le Conseil national de l’ordre des experts-comptables, dont l’ancienne présidente avait promis la mise en place d’une plateforme gratuite pour les petites entreprises, est finalement revenu sur ses pas.
Mais c’est bien le timing qui pourrait poser problème aux entreprises retardataires. « Être prêt n’arrive pas du jour au lendemain, car il faut passer par plusieurs phases : un audit des flux financiers et des processus internes, le choix d’une plateforme agréée, puis l’intégration technique avec l’écosystème existant », rappelle Hajar El Mountassir. En Belgique, où une réforme similaire est entrée en vigueur le 1er janvier dernier, 43 % des entreprises n’étaient pas prêtes, deux semaines avant la date fatidique.
En attendant septembre, la Direction générale des finances publiques a publié mi-janvier la liste des 101 plateformes déjà agréées, depuis passée à 105. Une trentaine d’autres plateformes sont en attente de leur immatriculation définitive. En fin d’année dernière, la DGFiP a également présenté sa marque « Plateforme agréée – Facturation électronique » et son label « Solution compatible – Facturation électronique », afin d’aider les entreprises à identifier les acteurs de confiance et se protéger des éventuelles arnaques. Un ensemble de dispositions qui permettra, peut-être, aux retardataires de sauter le pas.
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