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Après la publication, dans le média Frontières, d’un dossier questionnant son impartialité, le premier vice-président adjoint du tribunal judiciaire de Bobigny fait de nouveau l’objet d’attaques sur les réseaux sociaux. Le magistrat, qui dénonce une « campagne personnelle » liée à la condamnation en juin dernier du directeur du média, Erik Tegnér, a reçu le soutien du monde judiciaire.

« Vous pouvez répéter partout que je suis un juge politisé : je ne le suis pas ». Après une accalmie durant l’été, Youssef Badr, premier vice-président adjoint du tribunal judiciaire de Bobigny, a répondu sur X aux nombreuses attaques dont il fait de nouveau l’objet depuis le début de la semaine.
En cause : la parution du dernier numéro du média d’extrême droite Frontières. Dans cette édition, son directeur, Erik Tegnér, condamné en juin dernier à six mois de prison avec sursis pour doxing d’avocats, par une chambre présidée par Youssef Badr, s’en prend directement au magistrat. Le média lui consacre ainsi un dossier de quinze pages intitulé « Justice politique », qui remet en cause son intégrité. Cette publication a immédiatement ravivé sur les réseaux sociaux une virulente campagne de cyberharcèlement et d’attaques personnelles, accusant notamment le magistrat d’être un « juge rouge ».
Attaques qui ont, à leur tour, suscité de nombreuses réactions du monde judiciaire, notamment celle du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, jeudi 15 octobre : « J’ai appelé Youssef Badr […] qui fait l’objet d’insultes et de menaces sur les réseaux sociaux, pour lui apporter mon soutien. Aucun magistrat ne doit être menacé ou insulté dans une démocratie fière de son état de droit. » a tancé le garde des Sceaux.
Même son de cloche du côté du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), lequel a condamné une campagne de haine qui, « au-delà des implications personnelles majeures pour le magistrat concerné, comport[e] un risque de déstabilisation et de discrédit de l’institution judiciaire ». La Conférence nationale des présidents de tribunaux judiciaires a également soutenu Youssef Badr et souligné « que dans une démocratie, la critique d’une décision de justice s’exerce dans le respect de l’indépendance juridictionnelle des magistrats ».
De leur côté, Frontières et son rédacteur en chef, Jules Laurans, justifient leur enquête par la potentielle nomination du magistrat à la tête de l’École nationale de la magistrature (ENM). Ils affirment notamment avoir voulu « interroger les idées que [Youssef Badr défend] publiquement, leur rapport à [sa] fonction et les conséquences possibles de celle-ci ».
Sur la politisation du magistrat, le média maintient ses accusations à l’encontre du magistrat : « Vous défendez l’idée que la justice est trop blanche et qu’il faut y faire davantage entrer de personnes issues de l’immigration. Vous l’avez notamment dit, le 27 août 2025, sur France Inter. Votre association, La Courte Échelle, a été créée dans cette perspective de rééquilibrage. Lorsqu’une association comme la vôtre accompagne des étudiants tout en poursuivant un tel objectif d’introduire des personnes issues de l’immigration dans une institution publique, cet engagement a une dimension politique ».
Frontières estime enfin que la question se pose d’autant plus que Youssef Badr pourrait être chargé de former les futurs magistrats. Le média rappelle également que le juge expliquait dans Le Monde, le 20 octobre 2025, avoir le réflexe de repérer les noms à consonance arabe dans les résultats d’admission au concours de l’ENM.
De son côté, Youssef Badr relève que depuis le jugement rendu par la chambre qu’il présidait en juin dernier, Frontières semble avoir développé envers lui « un intérêt éditorial tout particulier ». Et de rappeler qu’« un jugement se conteste par les voies de droit, pas par une campagne personnelle ».
Quant à son engagement associatif, le magistrat revendique son indépendance : « Je n’ai jamais eu de carte nulle part, je ne suis même pas syndiqué. Je suis magistrat. » Depuis cinq ans, il assume consacrer une part importante de son temps libre à La Courte Échelle, « qui accompagne des étudiants en droit en demande, quels que soient leurs origines sociales et géographiques, leurs convictions ou leurs moyens ».
Ses prises de parole en faveur de l’égalité des chances s’inscrivent, selon lui, dans cette même démarche : un sujet aussi fondamental qui « mérite mieux que le silence ».
Sur les accusations liées au racisme et aux discriminations, Youssef Badr rappelle qu’il s’agit d’« infractions pénales », avant de lancer : « Reprocheriez-vous à un magistrat de combattre les violences conjugales ou le trafic de stupéfiants ? »
Le magistrat déplore également une chasse à l’homme et une instrumentalisation qu’il juge dangereuses : « On ne se contente plus de critiquer une décision ou de discuter des idées. On affiche une personne qu’on qualifie de politique. »
Evoquant enfin la venue d’une équipe de Frontières au tribunal de Bobigny, qu’il n’a pas souhaité recevoir, Youssef Badr persiste et signe : « Je ne répondrai jamais à un média qui dispose d’un groupe Facebook dont je suis – et pas le seul – régulièrement la cible d’insultes et de menaces, et qui contient des insultes racistes et antisémites ayant par ailleurs justifié l’ouverture d’une enquête pénale. »
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